Ces pays vulnérables qui se dressent face au rouleau compresseur climatique

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Les uns défendent leur droit de brûler du charbon pour se développer, les autres demandent d’arrêter le réchauffement à 1,5°C. Tous s’unissent pour exiger plus d’efforts des pays développés.

Tout un symbole. Quand les petites îles du Pacifique menacées d’engloutissement demandent un plan international pour une "migration digne", l’Australie bloque. Et confirme sa ferme intention de suivre le filon du charbon. Anote Tong, le président de l’île de Kiribati, a un mot pour qualifier cela: "Egoïste."

250 millions
À l’horizon 2050, au moins 250 millions de personnes pourraient être forcées de se déplacer en raison du réchauffement, selon le Haut-commissariat aux réfugiés.

Dans le combat global contre le réchauffement climatique, les plus vulnérables peinent décidément à faire entendre leur voix dans le concert – le brouhaha – des nations. Ce n’est pas faute d’unir leurs voix. Les 44 pays les plus menacés par le réchauffement climatique sont regroupés au sein de l’Alliance of Small Island States (Aosis). Ils plaident notamment pour un objectif global plus ambitieux que celui porté par les Nations unies: le réchauffement global doit se limiter à 1,5°C. Depuis 2009, la trajectoire officielle vise 2°C, un seuil au-delà duquel les scientifiques annoncent des impacts graves et exponentiels à l’échelle planétaire.

Les petits insulaires comme le Kiribati et le Tuvalu demandent donc la création d’un organe international pour coordonner la migration d’une partie de leurs populations que la montée des eaux provoquera sans aucun doute: dans certaines zones du pacifique, les eaux montent déjà de 1,2 cm par an, quatre fois plus vite que la moyenne mondiale. Et l’Australie n’est pas la seule à dire non: les Etats-Unis, le Japon et la Suisse, ne veulent pas d’un tel précédent. Les conventions de l’ONU sur les réfugiés ne s’appliquent qu’aux personnes fuyant les persécutions, non aux "réfugiés climatiques". Or le Commissariat aux réfugiés (UNHCR) estime à au moins 250 millions le nombre de personnes qui pourraient être déplacées par le réchauffement d’ici 2050.

Le gros, le maigre

Les prévisions de l’UNHCR ne concernent évidemment pas que les insulaires: l’avancée des déserts, le tarissement des ressources halieutiques, la salinisation des sols causés par le réchauffement menace aussi les continents. Des pays comme le Costa Rica, l’Ethiopie, l’Afghanistan ou le Vietnam se serrent les coudes au sein du "V20", un groupement qui veut regarder le G20, les pays les plus puissants du monde, dans le blanc des yeux.

Aux négociations climatiques, les Africains aussi se serrent les coudes. Paradoxalement, ils sont ceux qui ont le moins accès à l’énergie alors que leur continent est celui qui a le plus grand potentiel de production renouvelable – le site d’Inga, au Congo (RDC), pourrait produire deux fois plus d’électricité que les Trois Gorges, le plus grand barrage au monde situé en Chine. Le continent vise un accès universel à l’électricité dans les 10 ans, "la COP de Paris peut être une contribution significative", avance le négociateur malien Seyni Nafo, porte-parole de l’Afrique à la COP21.

Des 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 que les pays développés ont promis au monde "en développement", 32 devraient aller à l’Afrique, qui veut voir plus que des promesses pour s’engager dans un accord climatique. Et revendique évidemment le droit de polluer pour se développer. "Si vous avez deux personnes, que l’une est grosse et l’autre maigre, les deux ont un problème de poids. Mais la solution à leur problème n’est pas la même. […] Les pays industrialisés qui ont pollué le monde depuis si longtemps doivent maigrir. L’Afrique n’a contribué en rien au réchauffement. Elle doit donc utiliser toutes les énergies dont elle a besoin pour se développer", arguait le Nigérian Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement, dans une interview au "Monde". Et ce soutien financier au continent est la clé pour la réussite de l’ensemble du processus, souligne l’économiste Jean-Joseph Boillot.

Aujourd’hui, l’empreinte carbone de l’Afrique est négligeable: en 2013, un Congolais (de RDC) émettait en moyenne 54 kg de CO2 quand un Belge en émettait 10 tonnes. Mais à l’horizon 2100, les émissions du continent pourraient atteindre 40 milliards de tonnes par an – un peu plus du niveau mondial actuel – s’il adopte les standards d’émission de l’OCDE.

Dans les négociations onusiennes, les Africains et les autres pays vulnérables se retrouvent au sein du groupe "G77 + Chine", qui représente 80% de la population mondiale. Leurs intérêts divergent souvent, mais pas assez pour déforcer leur message clé: les pays "riches" doivent faire plus d’efforts.

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