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Comment la clim nous enfonce un peu plus dans le chaos climatique

©EPA

En cette période de canicule, chacun recherche un peu de fraîcheur. La solution toute trouvée est d'installer la climatisation dans sa maison et ainsi profiter d'un air frais et agréable toute la journée. On vous dévoile toutefois ce qui se cache derrière cette apparente banale recherche de confort.

De l'air frais à volonté. On en rêve tous en cette période de canicule. Cela fait partie de notre petit confort auquel nous tenons tant. Pour cela, il n'y a qu'un seul moyen: s'acheter un climatiseur. Ces trente prochaines années, il pourrait s'en vendre en moyenne quatre chaque seconde, selon l'Agence internationale de l'énergie (IEA). Mais savez-vous réellement ce qu'il y a derrière cet achat, à première vue totalement banal?

Comment est née la clim?

Tout commence en 1902, dans une imprimerie new-yorkaise. Son directeur est confronté à un problème. L'humidité déforme le papier en cours d'impression, ce qui interfère sur la qualité du produit fini. La solution vient alors de l'ingénieur Willis Carrier, qui invente... le climatiseur. En modifiant l'humidité, la machine refroidit l'air.

Au départ, le climatiseur de Carrier est très cher, mais il intéresse les cinémas car la clim permet de vendre des places en été. Dans les usines aussi, il fait chaud. Pour convaincre les patrons américains d'acheter des climatiseurs, les fabricants diffusent une étude. Celle-ci montre que la productivité des fonctionnaires augmente de 14% avec une clim dans leur bureau. L'air conditionné a donc au départ un intérêt économique et c'est ce qui a favorisé son développement.

 

Actuellement, et les événements météo de ces dernières semaines sont là pour nous le rappeler, la planète devient de plus en plus chaude. Du coup, d'ici 2050, le nombre de climatiseurs vendus dans le monde devrait exploser, ce qui va entraîner une surconsommation électrique, davantage d'émissions de CO2 et au final, encore plus de réchauffement climatique. 

Dans un long rapport intitulé "The future of cooling" (Le futur du refroidissement), l'IEA met en garde contre un "cold crunch" (un choc du froid) imminent. Si on utilise un climatiseur, c'est pour être chez soi par temps caniculaire et pouvoir continuer à vivre dans un espace frais et agréable. Mais de l'autre côté du tuyau, c'est un air très chaud qui ressort dans l'atmosphère de nos villes, ajoutant de la chaleur à un environnement déjà surchauffé. À Phoenix, une étude a montré que la nuit, les climatiseurs seraient responsables d'une augmentation des températures extérieures de 1 à 2 degrés, ce qui oblige à l'intérieur à les faire tourner encore plus.

Mais ce n'est pas tout. En plus d'augmenter la température dans les villes, la généralisation de la climatisation à travers le monde pourrait avoir de graves conséquences sur l'environnement et le climat, dit l'AIE. "Sans intervention, la demande énergétique des climatiseurs va plus que tripler d'ici à 2050 et équivaudra à la demande en électricité actuelle de la Chine", souligne Fatih Birol, le directeur exécutif de l'agence. 

Viser la performance énergétique

D'après l'agence, la terrible croissance de la demande de climatisation mondiale pourrait véritablement tourner à la catastrophe écologique. Actuellement on trouve 1,6 milliard de climatiseurs, surtout aux Etats-Unis, au Japon et en Chine (70% de la consommation totale). En 2050, il y en aurait 5,6 milliards avec le développement économique et démographique de pays chauds et très peuplés comme l'Inde et le Brésil, mais aussi l'Indonésie, l'Arabie saoudite, le Mexique ou encore de l'Afrique du Sud.

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Le marché de l'UE est lui aussi en pleine expansion. Nonante-sept millions de climatiseurs y ont été installés en 2016, soit quatre fois moins qu'aux Etats-Unis, six fois moins qu'en Chine, mais quatre fois plus qu'en Inde et au Brésil.

Conséquence: 37% de l'électricité mondiale serait consommée par les climatiseurs, un rejet de CO2 d'un milliard de tonnes supplémentaires, soit les émissions annuelles de toute l'Afrique. Quant au marché de l'UE, il est lui aussi en pleine expansion. Nonante-sept millions de climatiseurs y ont été installés en 2016, soit quatre fois moins qu'aux Etats-Unis, six fois moins qu'en Chine, mais quatre fois plus qu'en Inde et au Brésil.

Alors, certes, sur le marché des climatiseurs, on a le haut de gamme, économe en énergie. Comptez entre 1.200 et 2.400 euros l'appareil. Pour éviter cette surconsommation, l'agence internationale demande justement aux Etats d'interdire les ventes d'appareils les plus énergivores, ce qui est déjà le cas dans l'Union européenne, au profit de ceux plus coûteux, meilleurs pour l'environnement.

Sauf que dans les pays émergents qui sont ceux qui progressent à vitesse grand V dans l'installation de ces appareils, ceux qui sont le plus couramment vendus sont des appareils de base, qui consomment beaucoup d'électricité. Les climatiseurs vendus au Japon et dans l'Union européenne aujourd'hui s'avèrent ainsi 25% plus efficaces en moyenne que ceux commercialisés aux États-Unis et en Chine.

Pour endiguer cette bombe climatique à retardement, les solutions existent. Outre l'achat de climatiseurs "eco-friendly", on pourrait également envisager de développer l'énergie solaire dont le pic de production, en journée, correspond au pic de consommation des climatiseurs, ou encore améliorer l'isolation énergétique des bâtiments. Pour le directeur de l'étude, une chose est certaine: la question des climatiseurs est "l'angle mort" du débat énergétique actuel.

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