Comment les Etats-Unis veulent asphyxier l'Iran avec leurs sanctions

Le réveil économique de l'Iran se fait attendre. ©EPA

Par un décret présidentiel, Donald Trump ajoute le Guide suprême iranien sur la liste noire du Trésor américain et écrit un nouveau chapitre d'une inimitié datant de 1979.

En février, l’Iran fêtait le 40e anniversaire de sa révolution islamique. En novembre, l’Iran fêtera le 40e anniversaire des premières sanctions américaines imposées au pays en réponse à une prise d’otages de 56 ressortissants américains dans l’ambassade, aujourd'hui fermée, des Etats-Unis à Téhéran.

Sous embargo depuis presque toujours donc, cette République islamique avait pourtant cru en son avenir en 2015 en concluant avec les Etats-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne un accord inédit, la gratifiant de la levée de plusieurs sanctions économiques en échange du contrôle de ses activités nucléaires par un organisme international neutre. En mai 2018, le rêve de renaissance économique de l'Iran s'effritait déjà alors que Donald Trump annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord multilatéral international.

Le Guide suprême dans le viseur

Nouvel épisode ce lundi alors qu'un décret présidentiel cible directement les avoirs financiers de nombreux officiels iraniens, dont le Guide suprême Ali Khamenei. Concrètement, par ce décret, Donald Trump et le Trésor américain (Ofac) espèrent "bloquer l’accès des dirigeants iraniens aux ressources financières contrôlées par le Guide suprême ou par ses équipes" tout en "interdisant à toute entité étrangère de faciliter les transactions financières pour les personnes ou groupes ciblés par le décret". Washington a également indiqué avoir pris le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, pour cible de prochaines sanctions.

"L'imposition de ces sanctions inutiles ferme définitivement la voie diplomatique [entre nos pays]."
Abbas Moussavi
Porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien.

Ces sanctions plus "personnelles" sont considérées comme "inutiles" par Téhéran alors que les Américains évaluent entre 100 à 200 milliards de dollars le réseau international d'entreprises affilié au Guide suprême et à ses Gardiens de la révolution, selon les informations du Wall Street Journal.

Les sanctions américaines touchent bon nombre de secteurs d’activité clés et même si le secrétaire d’Etat Mike Pompeo estime que près de 80% de l’activité économique iranienne sont sujets à des sanctions, l'impact chiffré du retrait de l'accord reste difficile à établir. En 2016, une étude de la Banque mondiale estimait que le bien-être par habitant augmenterait de 3,7% des suites de la levée de l'embargo sur le pétrole et la libéralisation des transactions financières avec l'Iran. Si, sans les Etats-Unis, l'Iran conserve aujourd'hui ses relations commerciales privilégiées avec des partenaires de longue date (Japon, Chine, Russie, Turquie), les ramifications tentaculaires des sanctions américaines grèvent inévitablement les rêves iraniens d'ouverture économique et de conquête de l'Ouest.

Liste noire et extraterritorialité

Les sanctions américaines ont pour but officiel d'enrayer le financement des "activités malignes" du régime iranien. Derrière cette volonté, l'Ofac a mis sur pied une liste noire des entités et des personnes physiques servant de canevas à l'application des sanctions économiques. Parmi ces "indésirables", figurent principalement des banques, des entreprises du secteur énergétique (pétrole et gaz naturel), des groupes industriels et des personnalités militaires et politiques. Cette liste rend virtuellement impossible toute interaction entre des entreprises européennes et l'Iran tant ses membres sont inévitables.

Au total, près de 1.000 organisations et personnes physiques figurent sur la liste noire de l'Ofac et sont, entre autres, sujettes au gel d’actifs financiers sur des comptes bancaires internationaux et à l’interdiction de commercer ou d’interagir avec des entreprises américaines ou étrangères étant "rattachées" au territoire américain. 

Ajoutons que la large notion d’extraterritorialité du droit américain constitue l'une des principales menaces au maintien des conditions de l’accord nucléaire pour les autres parties du deal. En effet, par cette particularité de leurs sanctions, les Etats-Unis se réservent le droit de pénaliser toute entreprise non-américaine, mais "rattachée" au territoire, s’engageant dans des transactions avec toute personne ou entité désignée par l’Ofac comme cible des sanctions. Le mécanisme mis en place par l'Union européenne (Instex, NDLR) afin de contourner les sanctions américaines reste anecdotique face à l'allonge de Washington.

L’Iran se désengage

La tension sur le dossier iranien est encore montée d’un cran mardi lorsque Téhéran a annoncé vouloir s’affranchir davantage de l’accord sur le nucléaire. L’Iran avait déjà indiqué le mois dernier qu’il cesserait de se sentir tenu par les limites que cet accord conclu en 2015 à Vienne impose à ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi. À ce titre, le seuil limite de réserve d’eau lourde doit être symboliquement franchi jeudi.

La République islamique est toutefois allée encore plus loin: à partir du 7 juillet, elle réduira "résolument" ses engagements pris dans le cadre de l’accord, a déclaré dans une note, citée par l’agence Fars, l’amiral Ali Shamkhani, secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale. Le pays cessera ainsi de respecter les restrictions consenties "sur le degré d’enrichissement de l’uranium". Il pourrait en outre reprendre un projet de construction d’un réacteur à eau lourde à Arak.

 

 

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