Dans les coulisses de l'ONU, entre tweets et diplomatie

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Charles Michel en futur président du Conseil, Greta Thunberg en héroïne planétaire, Donald Trump blafard: découvrez les coulisses de l’ONU, entre tweets, shows et vraie diplomatie.

"Prudence, prudence, prudence."

Dans le salon feutré d’un hôtel particulier de la 5e Avenue, Charles Michel me résume sa ligne de communication d’ici décembre, quand il prendra les commandes du Conseil européen. En un mot, discrétion, par respect pour le président sortant Donald Tusk. Pour les plus persévérants, il faudra lire entre les lignes.

L’ouverture de la 74e assemblée générale de l’ONU, de lundi à vendredi à New York, était son dernier tour de piste comme Premier ministre. Par la force des choses, il avait déjà la stature de président du Conseil européen. La métamorphose était perceptible dans les couloirs de l’ONU, lors des accolades et des félicitations.

Un des messages distillés par Charles Michel était le rapprochement entre les Etats-Unis et l’Europe. Dimanche soir, il a dîné de longues heures avec Ivanka Trump et Jared Kushner, le couple le plus puissant de l’administration Trump. L’ambassadeur américain auprès de l’UE Gordon Sondland, initiateur de la sauterie, en fait la publicité sur Twitter. Charles Michel, lui, n’en dit rien.

Les rencontres informelles sont les moments clés de l’événement diplomatique le plus important de l’année. Apaiser les tensions, chercher des compromis, montrer sa bonne volonté. Des dérapages ont pu être désamorcés à l’assemblée de l’ONU par le dialogue. La présence de plus de 3.000 journalistes peut aider à en faire la publicité.

Le président français Emmanuel Macron n’a pas hésité à monter au 28e étage de l’hôtel Millenium, une tour de verre sise face au bâtiment des Nations Unies, bondée d’agents du "secret service", pour y rencontrer le Premier ministre iranien Hassan Rohani et tenter de provoquer une rencontre avec le président des Etats-Unis. Quand il croise Trump par hasard, peu après, il lui en parle.

Rohani refuse. Et Trump, dont la mine blafarde était à la mesure d’un discours sans éclat, mardi à la tribune de l’ONU, se retrouve happé le reste du temps par le trou noir d’un éventuel impeachment.

La semaine de Greta

La vedette de la semaine, ce n’était pas Trump, mais Greta Thunberg, capable de mobiliser des millions de manifestants chaque vendredi à travers le monde. Mal luné, le président américain passe devant elle en l’ignorant. La moue de la jeune fille, choquée, fait le tour de la planète. Le président en rajoute une couche dans un tweet cynique: "Une très joyeuse jeune fille qui espère un avenir radieux et merveilleux. C’est beau à voir!" Greta réplique en renouvelant sa bio sur Twitter: "Une très joyeuse jeune fille qui espère un avenir radieux et merveilleux."

Le discours de Greta Thunberg à l'ONU

Face à la jeune Suédoise, un chef d’État ne pèse plus grand-chose. Mercredi, les "Blue Leaders", huit dirigeants des pays les plus avancés dans la lutte contre le réchauffement, posent dans une salle de l’hôtel Hyatt, avant leur sommet, devant une trentaine de photographes. Dans un coin apparaît soudain Greta, frêle et accompagnée d’un garde du corps. La meute de photographes déserte aussitôt les leaders pour ne plus lâcher la nouvelle arrivée.

"Bien plus de gens verront ce selfie plutôt que d’entendre ce discours."
Nayib bukele
président du salvador

Les discours. On les oublierait presque, tant l’assemblée générale s’est déplacée sur Twitter. Près de cent dirigeants, dont six femmes à peine, se sont succédé en cinq jours à la tribune. Les uns se lançant dans des diatribes messianiques, comme le Brésilien Jair Bolsonaro, ralliant à lui Dieu et la vérité, les autres vantant la grandeur de leur État, tel Donald Trump, certains entamant une ode aux nouvelles technologies, comme le nouveau président du Salvador, Nayib Bukele, 38 ans, qui commence sa prise de parole par un selfie. "Bien plus de gens verront ce selfie plutôt que d’entendre ce discours", dit-il.

Pour saisir l’enjeu de cette "grand-messe", il faut dépasser la superficialité des réseaux sociaux et se plonger dans le travail des diplomates, les vrais héros de la semaine. "Je n’arrête plus, me glisse une diplomate, éreintée. Cela fait des semaines que je travaille sur la Syrie. Près d’un million de civils sont déplacés à cause des bombardements de l’aviation russe. Il faut arrêter ça." Oui. Et un tweet n’a jamais arrêté une bombe.

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