Dans une ambiance de plomb, la COP24 se cherche un second souffle

©REUTERS

Peut-on encore éviter un échec de la conférence de Katowice? Au terme d’une semaine tendue, l’espoir vient du côté de l’Union européenne et de la Chine. Vu le retard pris et la dynamique difficile des négociations, plusieurs participants s’attendaient à ce que la conférence se prolonge au cours du week-end.

À l’ombre du chevalement d’une mine de charbon plantée au bord du site de la COP24, les négociateurs tentaient d’imprimer une nouvelle dynamique à une conférence sur le climat plombé d’entrée de jeu par les États-Unis et l’Arabie saoudite notamment, lorsqu’ils ont refusé de "saluer" formellement le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU, le Giec.

Jeudi, les négociateurs qui s’attendaient à ce que la présidence polonaise propose un projet de texte complet sur la mise en œuvre de l’accord de Paris le fameux "rulebook" ont été refroidis. Les négociations devaient se poursuivre dans la nuit.

"Certains peuvent avoir besoin de plus grandes flexibilités alors que d’autres pourraient volontairement faire plus et accepter des standards uniformes."

Mauvais signe? Pas forcément. Hier soir, le média spécialisé Climate Change News affirmait que l’Union européenne et la Chine avaient formé un tandem à la demande du secrétaire général de l’ONU pour tenter de débloquer les négociations. La Chine aurait fait un pas important vers les pays dits "développés" en reconnaissant que la frontière avec les pays "en développement" sur l’effort à fournir n’est pas nette: "Certains peuvent avoir besoin de plus grandes flexibilités alors que d’autres pourraient volontairement faire plus et accepter des standards uniformes", a indiqué selon le média le représentant spécial de la Chine sur le changement climatique, Xie Zhenhua. Une information que nous n’avons pas pu confirmer auprès de négociateurs jeudi soir alors que les négociateurs européens se réunissaient après le bouclage de cette édition.

Tensions croisées

La promesse de Katowice est de livrer un cadre détaillé de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Il apparaissait dès le début de la conférence qu’il serait difficile d’aboutir à un texte complet, et que la question essentielle serait la taille des trous du gruyère. Le mode de négociation très peu transparent imprimé par la présidence polonaise contraste avec le format de consultation très ouvert de la conférence de Paris. "Ca tient à la présidence, mais aussi au contenu de la négociation: on ne négocie plus un cadre très général, mais les détails qui définiront ce que chacun peut ou non en retirer", remarque un négociateur.

"Le G77 (groupe des pays en développement) a le sentiment de s’être fait flouer à Paris: le lien avec la Convention (-cadre de l’ONU sur les changements climatiques) n’est juridiquement pas clair."

Le climat de négociation est rendu difficile par les tensions entre, d’une part, les pays les plus vulnérables et les plus ambitieux, et d’autre part, les pays dont les intérêts économiques de court terme sont compromis par la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et ceux dont la direction est climatosceptique. Ainsi, les États-Unis, qui prévoient de quitter l’Accord de Paris pour 2020, sont venus en force avec une délégation d’une centaine de personnes qui témoignent de leur volonté de peser sur le processus.

La question du financement de l’adaptation est également un point de tension entre pays riches et pauvres. Au cours d’une réunion, le groupe des pays africains (présidé par un égyptien, dont le pays adopte une position proche de l’Arabie saoudite), a menacé de quitter la conférence, indique un négociateur. En cause: une ambiguïté dans l’Accord de Paris sur les financements. "Le G77 (groupe des pays en développement) a le sentiment de s’être fait flouer à Paris: le lien avec la Convention (-cadre de l’ONU sur les changements climatiques) n’est juridiquement pas clair", indique un autre négociateur.

Outre le "rulebook", Katowice devrait être le lieu d’un engagement collectif à rehausser d’ici 2020 les contributions nationales de réduction des émissions de CO2. Pour limiter le réchauffement à 1,5°C, il faudrait réduire les émissions planétaires de moitié au cours de la prochaine décennie, selon le Giec.

Ce vendredi, les négociateurs attendent le projet de texte de la présidence polonaise. Plusieurs d’entre eux s’attendaient à ce que la conférence se prolonge durant le weekend.

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