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Denis Mukwege et Nadia Murad, héros de la lutte contre les violences sexuelles

©AFP

Le prix Nobel de la paix 2018 a été attribué au docteur congolais Denis Mukwege et à la Yézidie Nadia Murad. Deux héros dont l’action contribue à dénoncer la violence sexuelle utilisée comme arme de guerre.

"Mieux vaut mourir debout que mourir à genoux. C’est tout les jours que les Congolais se font massacrer", nous avait confié Denis Mukwege en mai dernier, craignant plus pour ses patientes que pour sa propre existence. C’est dans son hôpital, en pleine opération, que "l’homme qui répare les femmes" a appris que le prix Nobel de la paix 2018 lui était décerné. "Je peux voir sur le visage de nombreuses femmes à quel point elles sont heureuses d’être reconnues", a-t-il réagi. Le comité Nobel a également choisi d’octroyer son prix le plus prestigieux à la Yézidie Nadia Murad, ancienne esclave des terroristes de l’organisation État islamique (Daech).

Tous deux sont récompensés pour "leurs efforts pour mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’arme de guerre".

"Je peux voir sur le visage de nombreuses femmes à quel point elles sont heureuses d’être reconnues."
denis mukwege
prix nobel de la paix

Denis Mukwege opère dans son hôpital de Panzi (Bukavu) les femmes victimes de viols afin de leur rendre leur dignité. Il en a soigné plus de 50.000. Parmi elles, des femmes violées devant leurs familles et des jeunes filles, parfois des bébés de moins d’un an, attaquées brutalement par des hommes combattant durant ces vingt dernières années. Pour le docteur Mukwege, le viol est devenu "une arme de destruction massive au même titre que les armes chimiques, bactériologiques ou nucléaires".

Menacé de mort à plusieurs reprises et ayant échappé à un attentat, ce gynécologue de 63 ans travaille sous la protection de la police et des Nations unies. Il incarne une lutte contre la barbarie qui règne au Congo et contre un gouvernement impuissant, quand il n’est pas complice de ces terribles exactions.

Les yeux rougis de fatigue, il nous avait confié lors de son passage à Bruxelles combien la situation du Congo se dégradait chaque jour un peu plus, dans l’indifférence du monde: "Au Sud-Kivu, des femmes sont violées chaque jour. Au Nord-Kivu, on torture, on viole, on décapite dans un silence total. En 30 ans, la crise humanitaire n’a jamais été aussi grave."

Plébiscité pour se présenter à la présidentielle congolaise, il a rejeté cette éventualité, préférant réveiller dans le cœur de chacun ce sentiment de "justice qui est l’affaire de tout le monde". Ces derniers mois, il était parti en tournée pour témoigner dans les capitales occidentales de l’état de la République démocratique du Congo et appeler à des élections libres. "Le docteur Mukwege a été le témoin de souffrances humaines inimaginables, et il reste l’une des personnes les plus optimistes que je n’ai jamais rencontrées", écrit Bill Gates, avec qui il a tissé des liens amicaux. "Enfant, il accompagnait son père, un pasteur, de maisons en maisons pour prier pour les malades. Bien qu’admiratif de la foi de son père, il décida d’utiliser le pouvoir de la médecine pour aider à guérir. À l’âge de huit ans, il décida de devenir médecin", poursuit-il.

Nadia Murad, esclave de Daech

Nadia Murad aurait connu des jours meilleurs si Daech n’avait pas massacré, en août 2014, les hommes de son village de Sinjar et réduit en esclavage les femmes et les enfants dans un Irak ravagé par une guerre déclenchée dix ans plus tôt par les Etats-Unis.

Ces Yézidis – une minorité religieuse faisant partie du peuple kurde – ont payé le prix fort leur refus de se convertir à l’islam. Ils furent massacrés par milliers.

Nadia Murad, âgée de 21 ans, fut réduite à l’état d’esclave sexuelle après avoir refusé de se convertir auprès de l’homme qui l’avait choisie.

Battue, violée par des gardes, elle finit par s’évader trois mois plus tard. Elle passe la frontière, après avoir reçu l’aide d’une famille irakienne, et rejoint le Kurdistan irakien. Elle prend le chemin de l’Europe et finit pas se réfugier à Stuttgart, où elle entame une croisade qui la mènera jusqu’aux Nations unies. C’est là qu’elle dénonce les actes de terrorisme commis par l’État islamique contre la communauté des Yézidis.

En 2016, elle sera récompensée par le prix Sakharov décerné par le Parlement européen. Lors d’un entretien à l’occasion de la remise de ce prix, elle avait insisté sur "le génocide" commis par l’organisation terroriste État islamique contre les Yézidis. "Elle a refusé d’accepter les codes sociaux qui obligent les femmes à garder le silence et à avoir honte des abus dont elle a été victime", résume le comité Nobel.

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