Des chercheurs font une percée vers la solidification du CO2

©Aude Vanlathem

Une équipe scientifique australienne dévoile une technique pour transformer le CO2 en carbone solide qui serait réplicable à l’échelle industrielle.

Aurait-on trouvé la pierre philosophale du XXIe siècle, celle qui permettrait de retirer le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère sans risque environnemental? Une équipe de scientifiques est en tout cas parvenue à convertir le CO2 en pastilles solides, et cela en suivant un processus qui pourrait, selon elle, être répliqué à l’échelle industrielle.

"Nous pensons que ce travail est une percée majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique."
Dorna Esrafilzadeh
Chercheuse à la RMIT University (Melbourne)

L’équipe internationale, composée de treize chercheurs allemands, chinois, américains et australiens et menée par Dorna Esrafilzadeh, du Royal Melbourne Institute of Technology (RMIT), a publié ses résultats mardi dans la revue à comité de lecture Nature Communications. En utilisant des métaux liquides comme catalyseurs, ils sont parvenus à convertir du CO2 en feuilles carbonées d’une épaisseur d’environ 3 nanomètres. Ils ont misé pour ce faire sur des alliages à base de gallium, qui ne sont pas toxiques et restent liquides à température ambiante, indiquent-ils. C’est la grande originalité du procédé présenté: des expériences similaires avaient déjà été réalisées à très haute température (plus de 600°C), mais le fait de pouvoir "solidifier" le CO2 à température ambiante rend l’opération potentiellement réplicable à l’échelle industrielle, avancent-ils. "On ne peut pas littéralement remonter le temps, mais si nous pouvons retransformer le CO2 en carbone solide et l’enterrer à nouveau dans le sol, c’est un peu comme remonter l’horloge des émissions. Nous pensons donc que ce travail est une percée majeure dans la lutte contre le changement climatique", nous a indiqué Dorna Esrafilzadeh par courriel.

Stockage d’énergie

Remonter l’horloge, on en est encore loin: ce travail n’est pour l’heure qu’expérimental. Mais selon la première auteure, le processus recèle un potentiel très élevé d’application à échelle industrielle. "À court terme, il peut être appliqué pour capturer du CO2 depuis des sources concentrées, comme des traitements de gaz naturel. À long terme, il est envisageable d’arriver à une conversion du CO2 de l’air ambiant." En tout état de cause, assure-t-elle, le procédé n’occasionnerait pas de dommages collatéraux pour l’environnement. "Il n’y en aurait pas parce que le métal liquide pour le processus catalytique peut être collecté et recyclé. La conversion de CO2 en carbone solide et l’utilisation du carbone dans des dispositifs énergétiques est en outre une voie pour renforcer les technologies d’énergies renouvelables."

Les activités humaines génèrent 40 milliards de tonnes (Gt) de CO2 par an, et la masse totale des émissions présente dans l’atmosphère est de l’ordre du millier de Gt de CO2. Les technologies d’émissions négatives convertissant le CO2 anthropique en produits solides pourraient jouer un rôle crucial dans la stabilisation du climat global, "une fois que la transition de l’économie mondiale vers des sources d’énergie neutres en carbone a été accomplie", écrivent les auteurs. Les recherches sur la capture et le stockage de carbone se sont jusqu’ici essentiellement concentrées sur la liquéfaction du CO2, et butent sur des défis techniques et sécuritaires.

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