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En Tunisie, le président Saïed agit, mais n’a pas encore levé l’ambiguïté

Un officier en faction devant le Parlement tunisien, le 29 juillet, fermé par ordre présidentiel. ©REUTERS

Après son coup de force, le président tunisien a multiplié les initiatives contre la corruption, la pandémie ou pour le développement économique. Mais il n’a pas donné de calendrier de retour à la normale.

La Tunisie attend la suite. Depuis que le président Kaïs Saïed s'est arrogé dimanche le pouvoir exécutif, limogeant le Premier ministre et suspendant l'activité du parlement, il n'a pas donné de perspectives claires sur un retour à la normale. L'ambiguïté continue donc de régner sur les intentions d'un président qui s'est appuyé sur une interprétation très généreuse de la Constitution pour mener son coup de force.

Plusieurs organisations de la société civile réclament un calendrier détaillé et des garanties constitutionnelles - elles ont notamment mis en garde contre tout prolongement "illégitime" de la suspension du Parlement au-delà de 30 jours. La Constitution prévoit que passé ce délai, la Cour constitutionnelle devrait établir si les conditions sont réunies pour une prolongation des mesures d'exception, mais celle-ci n'a pas encore été mise sur pied.

Un président en mouvement

4
milliards d'euros
Fustigeant "ceux qui pillent l'argent public", le président réclame l'équivalent de 4 milliards d'euros à 360 hommes d'affaires, accusés de corruption sous le régime de Ben Ali.

En attendant, Kaïd Saïed ne se prive pas d’user de ses nouvelles prérogatives. Lors d'une rencontre avec le président du principal syndicat de patrons du pays, Utica, il a dénoncé "ceux qui pillent l'argent public", mentionnant 460 personnes qui selon lui doivent à l'État l'équivalent de 4 milliards d'euros. Le président entend proposer aux concernés un arrangement judiciaire : abandon de poursuites contre remboursement - l'argent serait destiné aux régions les moins développées du pays.

Sur le front économique, Kaïs Saïed a par ailleurs appelé à relancer la production de phosphate - dont regorge la Tunisie - pour qu'elle "revienne à son activité passée" (elle a lourdement décliné depuis la révolution).

Il a aussi annoncé la création d'une cellule de crise pour gérer la pandémie, qui a tué 19.000 Tunisiens. Et il a fait limoger le directeur général de la chaîne de télévision nationale, pour avoir limité l'accès à la chaîne - ce dernier a été remplacé par un journaliste qui avait déjà occupé l'intérim.

"Nous sommes prêts à toutes les concessions pour que la démocratie revienne en Tunisie."
Rached Ghannouchi
Président du Parlement tunisien (Ennahda, islamisme)

Alors que le Président a levé l'immunité des parlementaires, le parquet a en outre indiqué avoir ouvert dès le 14 juillet une enquête contre plusieurs partis sur présomption de financement étranger de leur dernière campagne électorale, en 2019. Elle vise singulièrement la première formation du pays, Ennahda.

Celle-ci s'est dite favorable à un double scrutin présidentiel et législatif anticipé, à condition que le Parlement soit rouvert avant. "Nous sommes prêts à toutes les concessions pour que la démocratie revienne en Tunisie", a affirmé le président du Parlement, Rached Ghannouchi, dans une interview à l'Agence France presse.

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