Erdogan agite la diplomatie de la canonnière en mer Égée

Le navire turc de recherche sismique Oruç-Reis, escorté de frégates, en opération près d'une île grecque. ©AFP

Le ton monte entre la Turquie et la Grèce depuis qu'Ankara a envoyé un navire de recherche, escorté de frégates, forer dans les eaux territoriales grecques.

Les tensions entre la Turquie et la Grèce sont montées d'un cran ces derniers jours après l'envoi par Ankara d'un navire de recherche sismique escorté de sept frégates en Méditerranée orientale, près de l'île grecque de Kastellorizo. Athènes affirme que la Turquie mène des recherches d'hydrocarbures illégales dans cette zone située sur son plateau continental. La France a mobilisé deux bâtiments de guerre et deux chasseurs Rafale en soutien à la Grèce.

Depuis lundi, le navire turc Oruç-Reis, du nom du pirate ottoman "Barberousse", est positionné au sud-est de l'île de Crête pour effectuer des recherches de gisements gaziers. Après avoir demandé à la flottille de se retirer, sans obtenir de réponse, la Grèce a mis ses forces armées en état d'alerte, accusant Ankara de "menacer la paix".

La Turquie revendique la souveraineté sur ces eaux de la mer Egée proches de ses côtes, ce que ne lui reconnaît pas le droit international, la présence d'îles grecques compliquant l'établissement d'une zone économique exclusive.

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La France au secours de la Grèce

Le Président français Emmanuel Macron a dénoncé l'attitude de la Turquie et renforcé sa présence militaire dans la zone. En réponse, le Président turc Recep Tayyip Erdogan l'a accusé de "chercher la guerre".

Soufflant le chaud et le froid, Erdogan a appelé jeudi au dialogue. Il s'est entretenu par téléphone avec la Chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil européen Charles Michel.

Ce n'est pas la première fois que la Turquie et la Grèce, éternels frères ennemis, se disputent autour des recherches d'hydrocarbures. En janvier, Ankara lançait ses premières explorations dans les eaux territoriales chypriotes turques, s'attirant les foudres d'Athènes et de Paris.

Eldorado gazier

En dépit de ces échanges musclés, il est improbable que la situation débouche sur un conflit. La Grèce et la Turquie se déchirent régulièrement à propos du partage de leurs eaux territoriales, en particulier depuis l'invasion de Chypre par les forces turques en 1974, scindant l'île en deux parties le long de la "ligne Attila". Mais les deux pays, alliés au sein de l'Otan, retrouvent toujours la voie du dialogue sous la pression des États-Unis et de l'Europe. En outre, la Turquie, candidate pour adhérer à l'UE, pourrait voir ses aides de préadhésion amputées en représailles d'un conflit.

Le Président Erdogan, porté par son rêve néo-ottoman, veut s'imposer comme un acteur dominant dans la course énergétique du sud-est de la Méditerranée, lancée par la découverte de gisements massifs il y a une quinzaine d'années. Une manne évaluée entre 3.000 et 5.000 milliards de mètres cubes de gaz que convoitent les pays de la région (Chypre, Liban, Israël, Égypte, Turquie). Les grands groupes pétroliers ExxonMobil, ENI et Total y sont très actifs.

La fièvre gazière n'explique pas tout. Les prix du gaz étant bas, les forages sont moins rentables. Le coup d'éclat d'Erdogan est aussi dicté par des visées politiques. Le Président turc redoute une réunification de l'île de Chypre, sous les auspices européennes, qui pourrait réduire son emprise sur le territoire maritime chypriote. Or, le processus est bien avancé.

Le Président turc n'hésite pas à jouer la carte militaire pour arriver à ses fins. En novembre 2019, il s'était accordé avec le gouvernement libyen d'union nationale pour redessiner les frontières maritimes en incluant dans la zone libyenne des eaux riches en hydrocarbures revendiquées par la Grèce et Chypre. En échange du droit de forer dans la région, Ankara avait apporté son soutien militaire au gouvernement contesté.

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