analyse

Guerre commerciale: quels risques pour la croissance?

©Bloomberg

L'escalade dans la guerre commerciale pourrait bousculer la fragile croissance mondiale. L'Europe n'est pas du tout à l'abri. Mais que peuvent faire les banques centrales pour protéger l'économie?

Nous sommes dans un environnement très dangereux pour le commerce mondial.
Rajiv Biswas
analyste du cabinet IHS Markit

Donald Trump veut toujours un accord commercial avec la Chine mais seulement à condition que ce soit un bon accord, soulignait mardi le principal conseiller économique du président américain, sur fond d'escalade des tensions entre les deux géants économiques. Larry Kudlow a confirmé, malgré l'aggravation des tensions qui ont fait chuter lourdement les places financières lundi, la tenue des pourparlers prévus en septembre à Washington pour tenter d'arriver à un accord.

Qu'est-ce qu'un "bon accord"? Larry Kudlow a laissé entendre que si les Chinois faisaient preuve de bonne volonté dans les négociations, le président pourrait revenir sur cette décision. "Les choses pourraient changer en ce qui concerne les taxes, le président a dit que si on arrivait à un bon accord ou si on fait de bons progrès en vue d'un accord, il pourrait éventuellement se montrer souple sur les tarifs douaniers", a dit Kudlow. Mais il a immédiatement mis un bémol: "S'il n'y a pas de progrès dans les négociations alors les taxes pourraient être durcies."

Alors, où va-t-on?

Alors que les économistes mettaient en garde depuis des mois contre les risques d'une escalade de la guerre commerciale pour l'économie mondiale, qui montre déjà des signes d'essoufflement, les menaces et les représailles de ces derniers jours entre les États-Unis et la Chine ont renforcé ces craintes.

Ni les annonces de droits de douane supplémentaires par Trump la semaine dernière ni la dévaluation du yuan ne sont objectivement un gros problème.
Paul Krugman
Prix Nobel d'économie

Pourtant, "ni les annonces de droits de douane supplémentaires par Trump la semaine dernière ni la dévaluation du yuan ne sont objectivement un gros problème", assure le prix Nobel d'économie Paul Krugman dans sa chronique du New York Times. "Pourquoi ces petits chiffres ont-ils de pareilles conséquences? Principalement parce que nous avons appris, sur les principaux protagonistes de ce conflit commercial, des choses qui rendent plus probable une guerre commerciale plus longue et plus importante que ce qui était prévu quelques jours plus tôt", a-t-il écrit.

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"C'est une nouvelle escalade dans une relation bilatérale qui se détériore et qui peut encore s'aggraver", a redouté le cabinet d'analyse Capital Economics, n'écartant plus que les pires scénarios prévus ne se concrétisent.

Risques pour la croissance

Les institutions internationales comme le FMI et l'OCDE redoutent depuis plusieurs mois cette escalade qui déboucherait sur une guerre commerciale ouverte et emporterait avec elle la fragile croissance mondiale. Fin juillet, le FMI avait d'ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance mondiale pour 2019 à 3,2%. 

"Les mesures Trump accentuent le risque de dégradation ou de rupture, mais nous ne sommes pas encore entrés dans la phase 'tous aux abris'", a nuancé Philippe Waechter, directeur de la recherche à Ostrum Asset Management. "L'économie mondiale ralentit, mais nous n'avons pas encore atteint le point de rupture."

"Nous sommes dans un environnement très dangereux pour le commerce mondial", a affirmé Rajiv Biswas, analyste du cabinet IHS Markit, qui craint les conséquences d'une guerre des monnaies: si les échanges commerciaux chutent et que les taxes et les dévaluations font fléchir la consommation, les États-Unis risquent au bout du compte d'être eux-mêmes touchés

Je ne décèle pas de bulle relevant de l'ampleur de de la bulle internet ou de la bulle immobilière.
James Bullard
membre du Comité monétaire de la Fed

"Notre perception est que les mesures douanières que prend Trump sont pénalisantes pour le consommateur américain qui voit le prix des importations augmenter", explique Philippe Waechter. "L'économie américaine est probablement dans une phase plus fragile qu'on ne l'imagine." 

L'économie des États-Unis, qui traverse une période de croissance d'une durée exceptionnelle, commence à montrer des signes d'essoufflement avec des créations d'emplois moins nombreuses et des exportations en baisse. La Réserve fédérale a d'ailleurs baissé ses taux d'intérêt mercredi, pour la première fois en 11 ans, en guise d'"assurance" face aux incertitudes liées aux tensions commerciales, à la médiocre croissance mondiale et à la faiblesse de l'inflation.

Et l'Europe? 

L'économie européenne elle-même pourrait être impactée par le conflit sino-américain, comme l'expliquait Éric Dor, directeur des Études économiques à l'IESEG School of Management, dans le Figaro. "Nous risquons d'être les dindons de la farce", disait-il au quotidien français. "Car si une guerre des monnaies est déclarée et qu'une sorte de partie de ping-pong s'installe, avec des dépréciations successives du yuan et du dollar, l'euro s'appréciera face à ces devises. Ce serait une mauvaise nouvelle pour la BCE." Avec quelles conséquences? "Les importations dans la zone euro coûteraient alors moins cher, ce qui ne stimulerait pas l'inflation, au grand désespoir de la BCE."

Les gouvernements n'ont pas très envie de recourir à l'arme budgétaire.
Philippe Waechter
directeur de la recherche à Ostrum Asset Management


Si la guerre commerciale devait s'aggraver, les Banques centrales pourraient se trouver à court de munitions. "Elles n'ont plus beaucoup de marge de manoeuvre et les gouvernements n'ont pas très envie de recourir à l'arme budgétaire", a prévenu Philippe Waechter. 

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