Hubble et ses vertiges cosmiques

©NASA/Hubble

Lancé il y a tout juste un quart de siècle, le télescope spatial repousse les limites de l’univers en livrant des photos époustouflantes.

À l’échelle humaine, les 25 ans qui se sont écoulés depuis la mise en orbite, le 24 avril 1990, du télescope spatial Hubble par la navette Discovery, relèvent déjà de l’histoire ancienne. Mais pour tous ceux qui veulent percer les secrets de l’univers, chaque jour apporte sa moisson d’étoiles, de nébuleuses et de galaxies. C’est de cette quête fascinante, réalisée par Hubble, que rend aujourd’hui compte un somptueux livre de photos, comme autant d’œuvres d’art sidérales.

L’histoire de Hubble avait pourtant mal commencé. Les premières données transmises se sont révélées peu concluantes. Elles étaient, en effet, corrompues par un défaut infinitésimal — d’à peine 1/50 de l’épaisseur d’une feuille de papier — sur le miroir principal du télescope. Il sera réparé trois ans plus tard, lors de la première mission d’entretien rendue possible par la navette spatiale.

La galaxie NGC 3982 ©AFP
La galaxie M101, ou "Galaxie du Moulinet", située dans la Grande Ourse. Image publiée par la NASA et l'ESA le 28 février 2006. ©REUTERS/NASA and ESA/Handout
La galaxie NGC 7090. Photo publiée en 2012. ©REUTERS
V838 Monocerotis, une étoile variable, et son écho lumineux de près de six années lumière de diamètre. Photo publiée en 2004. ©REUTERS
La lenticulaire Centaurus A ©''AFP PHOTO/NASA/ESA/THE HUBBLE HERITAGE''
©AFP PHOTO/NASA/RESTRICTED TO EDITORIAL USE
Nébuleuse de la Carène ©Photo News
Arp 147, en 2008 © AFP PHOTO NASA/ESA and M. Livio (STScI)
Arp 148, ou "objet de Mayall", résultat probable d'une collision entre deux galaxies. Publiée le 24 avril 2008. © AFP PHOTO / ESA / Hubble Heritage Team / HO
NGC 3603, en 2007. ©EPA/DB ESA /
Une photo de mai 2004 prise par Hubble à travers plusieurs filtres reproduisant ce que l'oeil humain verrait depuis un téléscope braqué sur Saturne. ©AFP PHOTO/NASA/ESA/ Erich Karkoschka (University of Arizona)
L’amas de l’Aigle, aussi connu sous le nom "Les Piliers de la création". Observé depuis des siècles, c'est en 1995 qu'il deviendra célèbre grâce à cette image (NASA). ©REUTERS/NASA/ESA/Hubble Heritage Team/Handout via Reuters
La nébuleuse de la Tarentule. Photo publiée en janvier 2014. ©AFP PHOTO / NASA/ESA/HHT/STScI/AURA
SNR 0519-69.0 ©REUTERS/NASA/CXC/SAO/Handout via Reuters
La nébuleuse du Crabe. Décembre 2013 ©REUTERS/ESA/Herschel/PACS/MESS, NASA, ESA and Allison Loll/Jeff Hester/Arizona State University/Handout via Reuters
NGC 6302 © EPA/NASA/ESA/Hubble
NGC 4921 ©AFP
NGC 1433 ©AFP PHOTO / EUROPEAN SOUTHERN OBSERVATORY / ALMA (ESO/NAOJ/NRAO)/NASA/ESA/F. COMBES
La nébuleuse de la Tête de Cheval ©EPA
WFC3 Uvis, dans la nébuleuse de la Carène ©NASA, ESA, and the Hubble SM4 ER
Arp 302 ©AFP
La matière noire est tellement dense qu'elle déforme les rayons lumineux. Abell 283. ©AFP
La galaxie du Sombrero ©Credit: NASA and The Hubble Heritage Team (STScI/AURA)
Saturne, en ultraviolet ©Credit: NASA and E. Karkoschka (University of Arizona)

En 2003, la quatrième mission de maintenance a tourné au drame, avec l’explosion de Columbia et la mort de ses sept astronautes. La cinquième mission a été annulée, scellant plus tôt que prévu l’avenir de Hubble.

Mais la qualité des informations révélées par le télescope, les avancées considérables qu’elles permettent – ainsi, sans doute, que la popularité du projet renforcé par l’incroyable beauté des images – pousseront le Congrès américain à exiger malgré tout cette ultime expédition.

La fin du programme des navettes a, depuis, condamné, à terme, la survie de Hubble. Celui-ci a cependant encore fonctionné quelques années.

"Nos yeux ne pourraient pas voir grand-chose de ce que Hubble nous montre."
Zoltan Levay
Astrophysicien

Son successeur, le télescope Webb prévu par la Nasa pour la fin de la décennie, devrait prendre le relais avec des performances accrues. Alors que Hubble tourne aujourd’hui à 24.000 km/heure à 560 km de la Terre, Webb sera placé en orbite à 1,5 million de kilomètres! Toujours plus loin pour aller toujours plus près de l’inatteignable. Car plus on s’éloigne dans l’espace, plus on remonte dans le temps…

Se rapprocher du Big Bang

L’une des photos fournies par Hubble en 2014 aura ainsi révélé la plus ancienne galaxie connue à ce jour, située à 13 milliards d’années-lumière, soit seulement 500 millions d’années après le Big Bang. Ce qui ne représente que quelques minutes en termes cosmiques…

©BELGAIMAGE

"Nous ne pourrons cependant pas nous rapprocher indéfiniment de l’instant du Big Bang, car, au début, l’univers était obscur. Le successeur de Hubble distinguera, un jour, le moment où les étoiles ont commencé à se former et la lumière à apparaître, mais on n’ira pas plus loin." Celui qui pose ce constat s’appelle Zoltan Levay. Ses quelques pages d’explications essentielles – à la fin du livre, par lesquelles il faut commencer… — permettent de saisir autant les enjeux scientifiques que l’origine de ces incroyables clichés. Levay dirige l’équipe qui transforme les données envoyées par Hubble en magnifiques tableaux abstraits. Car la magie des étoiles, aujourd’hui, est d’abord affaire de logiciel.

"Nos yeux ne pourraient pas voir grand-chose de ce que Hubble nous montre", explique Levay. "La luminosité est très faible et le télescope ne capte pas seulement la lumière visible mais aussi les infrarouges et les ultraviolets. Les couleurs ne sont cependant pas arbitraires, mais déterminées par les données." Une explication rationnelle qui n’enlève rien à la puissance féerique de la poussière d’étoile. Ces explosions de lumières cosmiques, ces fulgurances stellaires, ces magmas galactiques constituent les plus fascinantes fresques photographiques… de tout l’univers. Ah si Galilée avait vu cela!

Le successeur

Webb, le télescope qui remontera aux origines

Le télescope spatial James Webb Space Telescope (JWST) sera 100 fois plus puissant que Hubble, qu’il doit remplacer en 2018, et permettra de remonter le temps jusqu’à la naissance des premières galaxies.

"Le Webb pourra aller jusqu’à au moins 300 millions d’années après le Big Bang (qui a donné naissance à notre univers il y a 13,8 milliards d’années, NDLR), quand les toutes premières étoiles et galaxies sont apparues", explique Mark Clampin, un astronome membre de l’équipe scientifique du télescope au Centre Goddard de la Nasa à Greenbelt dans le Maryland, près de Washington. Le JWST pourra aussi voir à travers les nuages de gaz et de poussières cosmiques, pour pénétrer dans les endroits les plus lointains et cachés de l’univers. Son miroir principal sera trois fois plus grand (6,5 mètres de diamètre) et sa capacité d’observer dans l’infrarouge lui permettra de discerner les objets les plus éloignés aujourd’hui invisibles.

"Pour pouvoir saisir les images de ces objets célestes aux tréfonds du cosmos il faut laisser les objectifs des caméras ouverts pendant de longues périodes et un grand miroir est indispensable pour capter leurs faibles radiations lumineuses", relève Matt Greenhouse, un des responsables des instruments du JWST. Le Webb pourra voir 70% plus de lumière que Hubble. "Il devrait aussi faire avancer les recherches sur les exoplanètes – en orbite autour d’étoiles dans notre galaxie, la Voie Lactée (NDLR) – grâce à des capteurs et des équipements capables d’analyser leur atmosphère pour en comprendre la composition."

Ainsi, ce télescope ouvrira une fenêtre totalement nouvelle sur ces planètes, dont plus de 5.000 ont déjà été découvertes. Une poignée d’entre elles, d’une taille proche de celle de la Terre, sont potentiellement habitables, ni trop chaudes, ni trop froides, où l’eau pourrait exister à l’état liquide et donc abriter de la vie.

Pesant 6,4 tonnes et d’un coût de 8,8 milliards de dollars, le Webb sera lancé par une fusée Ariane V de l’Agence spatiale européenne (ESA) depuis le centre de Kourou en Guyane française. L’ESA contribue à son développement comme l’Agence spatiale canadienne. AFP

"Expanding universe, photographs from the Hubble space telescope", Taschen – 260 pages — Textes en français, anglais et allemand – 49,99 euros.

©taschen

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