Jens Stoltenberg: "Les États-Unis ne quittent pas l'Europe"

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Les ministres des Affaires étrangères de l'Otan étaient réunis ce mercredi à Bruxelles pour apaiser les tensions entre alliés et préparer le sommet de Londres. Le climat au sein de l'alliance se dégrade, alors que les États-Unis font de plus en plus cavalier seul.

Les ministres des Affaires étrangères de l'Otan se sont réunis ce mercredi à Bruxelles pour tenter d'apaiser d'importantes tensions entre alliés après que le président français Emmanuel Macron a affirmé que l'alliance est "en état de mort cérébrale". Cette réunion devait aussi préparer le sommet de Londres, les 3 et 4 décembre prochain.

"Lorsqu'il y a des préoccupations il est important d'en discuter, nous ne pouvons nier qu'il y a des divergences de vues sur un certain nombre de dossiers (...), dont la gestion de la situation en Syrie, a déclaré le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, peu avant la rencontre. "Nous devons surmonter ces divergences de vues, l'Europe et les États-Unis ont intérêt à ce que l'Otan reste unie". 

Les Etats-Unis ne quittent pas l'Europe (...) depuis ces dernières années, on voit qu'ils ont commencé à augmenter leur présence
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

 "L'Europe ne peut se substituer à l'Otan", a-t-il insisté. "Les États-Unis ne quittent pas l'Europe (...) depuis ces dernières années, on voit qu'ils ont commencé à augmenter leur présence", a-t-il ajouté, annonçant "le plus gros déploiement de troupes aux États-Unis depuis 25 ans", 20.000 hommes, lors d'un exercice prévu en 2020.

"Nous sommes certains que l'Otan est essentielle pour la sécurité dans le monde, nous sommes de plus en plus forts", a-t-il dit.

"État de mort cérébrale"

Irrité par le feu vert des États-Unis à une opération turque contre les Kurdes au nord de la Syrie, Emmanuel Macron a posé son diagnostic provocateur début novembre dans une interview à The Economist. 

Cette sortie, qu'il a tenté de relativiser par la suite, a provoqué la colère des alliés. Berlin, furieux, a accusé Emmanuel Macron de vouloir remplacer l'Otan.

L'Ambassadrice américaine auprès de l'Otan, Kay Bailey Hutchinson, s'est dit "fermement en désaccord avec l'évaluation de l'Otan par le président Macron". "L'idée qu'un seul de nos pays ou qu'un seul groupe d'États parmi nos membres puissent affronter seul les énormes risques encourus par nos populations n'est pas rationnelle", a-t-elle ajouté. 

Crise majeure à l'Otan

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L'Otan traverse une crise importante et elle n'a pas été déclenchée par Paris. À plusieurs reprises, Donald Trump a remis en doute l'application de l'article 5 du Traité sur la solidarité entre alliés si ceux-ci ne respectaient pas leurs engagements financiers. Ses propos ont semé le doute au sein des alliés. Les pays baltes ont réitéré leurs appels à la solidarité face au risque émanant de la Russie voisine.

La crise est montée d'un cran lorsqu'en octobre dernier, les États-Unis ont retiré leurs troupes du nord de la Syrie et autorisé la Turquie à mener une opération militaire contre les Kurdes. La Russie est intervenue comme "médiateur" pour "éviter le massacre". Quelques jours plus tard, l'armée russe occupait les anciennes positions de l'armée américaine. Cette manoeuvre, menée en solitaire par Washington au bénéfice de Moscou et d'Ankara, a irrité la France.

Un groupe d'experts

L'Otan est l'enceinte qui permet de réunir l'Europe et l'Amérique du nord, la pierre angulaire de notre sécurité
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

La situation est tendue au sein de l'Otan, mais l'organisation est loin d'être dans le coma. Il apparaît, par contre, urgent de reconsidérer son fonctionnement et ses objectifs. Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Mass a proposé la création d'un groupe d'experts pour renforcer la dimension politique au sein de l'alliance. Cette proposition a reçu un "grand soutien auprès de beaucoup d'alliés" selon le secrétaire général de l'Otan.

"Le message de l'Allemagne est fort et clair, a salué Jens Stoltenberg, l'Otan est la seule enceinte qui permet de réunir l'Europe et l'Amérique du Nord, la pierre angulaire de notre sécurité".

La France, pour sa part, a formulé des demandes pour modifier le processus de décision de l'Otan

"Les Européens doivent prendre leur sécurité et leur défense plus au sérieux. Cela ne date pas d'hier, il est temps d'accélérer"
Jo Coelmont
Général de brigade, Senior Research Fellow à l'Institut Egmont

Cette situation ne surprend pas les experts. "Nous vivons un moment de réflexion profonde, il faut trouver un nouvel équilibre transatlantique, c'était le but de Macron, qui a utilisé une phrase-choc pour lancer le débat", dit le général de brigade Jo Coelmont, Senior Research Fellow à l'Institut Egmont. "Les Européens doivent prendre leur sécurité et leur défense plus au sérieux. Cela ne date pas d'hier, il est temps d'accélérer", ajoute-t-il.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, ira la semaine prochaine à Paris pour s'entretenir avec le président Macron sur les raisons de son diagnostic. Les alliés aborderont également lors de cette réunion le partage du "fardeau" des dépenses de défense.

Les ministres ont décidé de faire de l'espace un domaine opérationnel, comme la terre, l'air et le cyberespace. Les alliés détiennent un milliers de satellites dans l'espace, la moitié des engins opérationnels autour de la terre. 

"Nous n'allons pas militariser l'espace, nous allons faire en sorte que les moyens soient disponibles en temps de paix, de crise et de conflit", a dit Jens Stoltenberg. "Les planificateurs de l'Otan pourront émettre des objectifs en matière de capacité de services", a-t-il dit.

Lors du dîner, les ministres devaient aussi aborder la question de la menace hybride posée par la Russie, la montée en puissance de la Chine, second budget militaire du monde, le terrorisme et le contrôle des armes.

"Nous devons être unis dans notre approche vis-à-vis de la Russie", a insisté Jens Stoltenberg. En réponse à une question sur une hypothétique invasion de la Biélorussie par la Russie, le secrétaire général a affirmé que "la Biérolussie est un partenaire de l'Otan et doit être respecté comme tout Etat indépendant".

Jens Stoltenberg a également annoncé que l'Otan signerait la semaine prochaine un contrat d'un milliard de dollars pour moderniser ses 14 avions de surveillance aérienne AWACS.

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