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Joe Biden, le cœur en Europe et les yeux sur la Chine

"Nous allons indiquer clairement que les États-Unis sont de retour", a déclaré le président américain Joe Biden à son arrivée en Europe. ©REUTERS

"America is back" sera le leitmotiv de Joe Biden lors de sa visite en Europe. Au-delà des promesses, les Européens veulent des engagements concrets de la part d'un président américain confronté, avant toute chose, à la montée en puissance de la Chine.

À peine arrivé au Royaume-Uni, le président des États-Unis Joe Biden lançait un message clair à l'Europe depuis la base aérienne de Mildenhall, lors d'un discours prononcé mercredi soir devant un millier de GI's de l'US Air Force. "Les États-Unis sont de retour." Ils entendent assumer leur leadership mondial et s'engager à nouveau dans le multilatéralisme, en faveur des principes de démocratie et contre les dérives des régimes autoritaires. Après quatre années d'obscurantisme et d'invectives sous Donald Trump, un vent d'espoir souffle à nouveau sur les relations transatlantiques.

"À chaque étape du processus, nous allons indiquer clairement que les États-Unis sont de retour."
Joe Biden
Président des États-Unis

Pendant une semaine, POTUS ("President of the United States of America") traversera trois pays européens, allant de sommet en sommet, accompagné par le secrétaire d'État Antony Blinken et quelques centaines de collaborateurs.

De ce vendredi à dimanche, il assistera au G7 dans les Cornouailles. Lundi, il se réunira avec ses alliés de l'Otan à Bruxelles. Mardi, il sera accueilli par le roi Philippe et le Premier ministre Alexander De Croo, avant de se réunir avec les représentants de l'Union européenne. Mercredi, il rencontrera à Genève son "meilleur ennemi", le président russe Vladimir Poutine.

"À chaque étape du processus, nous allons indiquer clairement que les États-Unis sont de retour et que les démocraties du monde s'unissent pour relever les défis et les problèmes les plus difficiles qui comptent le plus pour notre avenir", a déclaré Biden lors de sa première allocution.

Les yeux sur la Chine

Les visites de Trump à Bruxelles s'étaient déroulées dans une atmosphère glaciale, entrecoupée de tweets agressifs, avec en filigrane une amitié trouble entre le milliardaire et un Poutine menant une guerre hybride contre l'Occident.

Joe Biden arrive en ami, dans une Europe dont il a appris les subtilités en 8 ans de vice-présidence aux côtés de Barack Obama. Les Européens l'apprécient. Ils auraient massivement voté pour lui, selon les sondages réalisés lors de la présidentielle.

"Le premier problème de Biden est la politique intérieure des États-Unis, la polarisation de la société, le covid, sa faible majorité au Congrès. Son deuxième grand problème, c'est la Chine."
Jo Coelmont
Spécialiste des relations transatlantiques à l'institut Egmont

"Joe Biden va reprendre les relations avec l'Europe telles qu'elles étaient du temps d'Obama. Son style est constructif", dit Jo Coelmont, spécialiste des relations transatlantiques à l'Institut Egmont. Ce n'est pas la première fois que cela se passe. Depuis leur fondation, les États-Unis oscillent entre le multilatéralisme et le repli, passant de l'un à l'autre comme par un mouvement de balancier.

Au-delà du show amical attendu, il ne faut pas se leurrer sur les priorités des États-Unis. Le pays est sonné par la crise et son leadership mondial est menacé par la Chine. "Le premier problème de Biden est la politique intérieure des États-Unis, la polarisation de la société, le covid, sa faible majorité au Congrès. Son deuxième grand problème, c'est la Chine", ajoute Jo Coelmont.

La croissance chinoise a repris de plus belle malgré la crise sanitaire, elle est prévue par la Banque mondiale à 8,5% en 2021. À ce rythme, la Chine deviendra la première économie mondiale en 2028, selon le Center for Economics and Business Research, un "think tank" britannique. Rétrogradés, les États-Unis perdraient peu à peu leur influence. La priorité de Joe Biden est désormais l'Asie, et non l'Europe.

8,5%
La croissance de la Chine est prévue à 8,5% en 2021, selon la Banque mondiale. Le pays pourrait devenir la première puissance économique mondiale d'ici 2028.

"La montée en puissance de la Chine est un problème pour les États-Unis, qui veulent rester leader mondial. Pour l'Europe, c'est un fait qui paraît plus logique", dit Sven Biscop, directeur à l'Institut Egmont. Les États-Unis sanctionnent de plus en plus la Chine, alors que l'UE voit Pékin comme un partenaire économique et un rival systémique.

Son premier G7

L'odyssée européenne de Biden débute par le sommet du G7. C'est sa première participation en tant que président au club "des 7 pays les plus riches" (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada). À l'ordre du jour figurent la crise sanitaire, le partage des vaccins, le taux d'imposition mondial minimum de 15% sur les entreprises, les changements climatiques, le renforcement du multilatéralisme, les relations avec la Chine et la Russie.

"Sans le G7 on n'aurait jamais trouvé un accord sur la fiscalité des entreprises."
Jo Coelmont
Spécialiste des relations transatlantiques à l'institut Egmont

Selon certaines sources, ce sommet ne devrait pas rester dans les mémoires. Les points de divergence ont été aplanis par les sherpas, hormis sur la question des brevets vaccinaux, dont Biden demande la suspension pour produire massivement des doses en faveur des pays les plus pauvres, alors que l'Europe la refuse et mise sur des exportations.

Le format de la réunion ne représente plus la réalité économique mondiale depuis belle lurette. Sans surprise, en 2021 la Chine est restée la deuxième économie la plus riche de la planète par PIB nominal et l'Inde la septième, laissant derrière elles l'Italie et le Canada.

Le G20 a de plus en plus la cote, même si "les Sept" demeurent influents. "Cette réunion reste importante. Sans le G7 on n'aurait jamais trouvé un accord sur la fiscalité des entreprises", estime Jo Coelmont.

"La 4G sera coupée en permanence autour de POTUS."
Une source diplomatique

Après le G7, Joe Biden s'envolera pour Bruxelles, sur le pied de guerre pour le recevoir. Les mesures de sécurité seront drastiques. "La 4G sera coupée en permanence autour de POTUS", raconte un diplomate.

Une nouvelle Otan

Le sommet de l'Otan sera court et intense. Durant une réunion de 3 heures, les dirigeants des 30 pays membres de l'alliance militaire réaffirmeront l'unité transatlantique, après que Trump ait remis en cause le principe de solidarité.

Les alliés travailleront à la "stratégie 2030", visant à "dessiner les contours d'une nouvelle alliance" adaptée aux évolutions de leurs adversaires. Son financement sera discuté lors du sommet de Madrid en 2022.

Les "Trente" se pencheront ensuite sur les défis sécuritaires actuels. Selon un document préparatoire, 4 sujets se détachent: le terrorisme, l'agressivité de la Russie, la montée en puissance de l'armée chinoise ainsi que la prolifération nucléaire et les cyberattaques de plus en plus sophistiquées.

"L'Europe est devenue un théâtre secondaire pour Washington."
Sven Biscop
Directeur à l'institut Egmont

Pour la première fois, les changements climatiques seront pris en compte à l'Otan. "C'est un point essentiel pour la Belgique", dit-on au cabinet du Premier ministre De Croo. "Nous devons être capables d'estimer correctement les conséquences des changements climatiques pour notre sécurité et celle des populations mondiales. Nous prônons un engagement clair."

Joe Biden n'insistera pas sur l'augmentation des dépenses miliaires à 2% du PIB, comme le fit Trump, mais il exhortera l'Europe à prendre en charge davantage sa défense.

"La priorité pour les États-Unis, c'est la concurrence chinoise. L'Europe est devenue un théâtre secondaire pour Washington", dit Sven Biscop. "En cas de crise simultanée en Europe et en Asie, l'Asie sera la première priorité des États-Unis. L'Europe devra se défendre elle-même, et elle ne pourra le faire à l'Otan qu'en renforçant les capacités militaires de l'UE."

Restaurer les liens entre l'UE et les États-Unis

Mardi matin, Joe Biden sera reçu par le roi Philippe et le Premier ministre au Palais royal. Il sera question de la relance du lien transatlantique, de la crise sanitaire, de la dynamique géopolitique globale et du climat.

Un sommet se tiendra ensuite entre les États-Unis et l'UE, réunissant Joe Biden avec les présidents du Conseil Charles Michel et de la Commission Ursula von der Leyen. Au-delà de la promesse d'un nouveau partenariat, les Européens attendent des gestes concrets de la part du président américain.

La guerre commerciale lancée par Trump a laissé des séquelles. Biden a promis que la question des droits de douane sur les métaux, aluminium et acier serait réglée d'ici la fin de l'année. Les tensions entre les deux géants de l’aviation, Boeing et Airbus, devraient être apaisées par des discussions prochaines.

En signe d'apaisement, Joe Biden a également levé les sanctions contre le projet de gazoduc russo-allemand Nord Stream 2.

Les dirigeants discuteront de la crise sanitaire. "Le désaccord sur la levée des brevets vaccinaux ne sera pas réglé ici", dit un haut fonctionnaire européen, "mais il y a une volonté de développer un dialogue intensif". Les changements climatiques seront abordés, avec pour objectif "une coopération dans le développement des technologies vertes".

Les États-Unis et l'UE tenteront élaborer une approche commune de la Chine, sous l'angle "des violations des droits humains au Xinjiang et au Tibet, de l'érosion de l'autonomie et des processus démocratiques à Hong Kong et des questions sécuritaires", selon un projet de déclaration. Joe Biden tentera surtout de convaincre l'Europe d'abandonner son accord sur les investissements conclu avec la Chine.

Bruxelles et Washington devraient conclure un "partenariat stratégique autour des nouvelles technologies basé sur les valeurs démocratiques" face à une chine autoritaire.

Les relations avec la Russie seront traitées, sous l'angle de la désinformation et des cyberattaques menées par Moscou, de même que le régime du dictateur biélorusse Loukachenko, frappé d'un blocus aérien suite au détournement d'un avion de ligne.

Européens et Américains s'engageront également à développer un partenariat militaire plus fort à travers l'Agence européenne de défense (AED). Une première, et une décision impensable sous Trump.

Première rencontre avec Poutine

Mercredi, Joe Biden rencontrera Vladimir Poutine à Genève. Une rencontre dont les moindres gestes seront scrutés par les Européens. Le président américain, qui a invité son homologue russe, devrait s'y montrer froid, pour rassurer ses alliés, en pointant des problèmes de droits humains, de désinformation et de cyberattaques. Tout en maintenant un dialogue avec Moscou sur des questions comme le désarmement et le climat.

Cette rencontre sera le point d'orgue du retour des États-Unis sur la scène mondiale, et d'une visite présidentielle marquant le début d'une véritable concertation stratégique entre Américains et Européens sur le commerce, les équilibres mondiaux et les menaces posées par les pays autoritaires. À l'aune d'une réalité: l'Asie et le Pacifique sont désormais la priorité de la Maison-Blanche.

Le résumé

  • Joe Biden est arrivé en Europe pour une visite d'une semaine pour retisser des liens abîmés par les années Trump. Après le sommet du G7, POTUS sera lundi et mardi à Bruxelles pour rencontrer ses alliés de l'Otan, puis les représentants de l'Union européenne. Son périple se clôturera par un sommet avec Vladimir Poutine, où il fixera ses "lignes rouges".
  • La crise sanitaire, la défense et les relations avec la Chine seront les thèmes dominants des différentes rencontres.
  • Cette visite signe le retour en force des États-Unis dont le leadership mondial est menacé par la Chine.

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