analyse

Qu'attendre de la COP24?

©REUTERS

La 24e conférence climatique mondiale s'est ouverte en Pologne dimanche. Un rendez-vous diplomatique qui doit permettre de mettre en musique l’Accord de Paris. Derrière ce contre-la-montre crucial pour l’entrée en vigueur de l’Accord, en 2020, Katowice est aussi le rendez-vous de l’ambition: alors que les engagements nationaux en matière d’émissions sont insuffisants, la conférence pourrait être un momentum pour des engagements plus forts.

Trois ans après l’Accord de Paris, les Nations Unies vont tenter à Katowice de sceller les détails de sa mise en œuvre – une étape cruciale avant l’entrée en vigueur du traité climatique en 2020. La 24e conférence des parties à la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques qui s'est ouverte dimanche dans la ville de Silésie doit aussi être l’occasion pour les parties d’affirmer leur engagement à relever chacune leur niveau d’ambition.

Une double exigence de résultat qui se confronte à un contexte diplomatique tendu, alors que le président du Brésil s’engage sur la ligne climatosceptique de Donald Trump. "Seul un miracle permettra d’aboutir à un succès", a lancé le mois dernier le président polonais de la conférence, Michal Kurtyka – avant d’ajouter comme pour rire que les miracles sont une "spécialité polonaise".

Le diable et les détails

Les négociateurs tentent de converger vers la définition de règles précises sur l’application de l’Accord de Paris sur le Climat, qui doit succéder dans un an au Protocole de Kyoto. Le traité conclu en 2015 a fixé le cap d’une limitation du réchauffement climatique "bien en deçà de 2°C" et engage à "poursuivre les efforts" pour limiter le réchauffement à 1,5°C.

Le réchauffement de 1°C par rapport aux niveaux préindustriels a déjà été atteint, alors que les records de températures moyennes s’enchaînent et que la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère a atteint l’an dernier 405,5 parties par million (ppm), un niveau inédit au cours des trois derniers millions d’années.

405,5
ppm
Le réchauffement de 1°C par rapport aux niveaux préindustriels a déjà été atteint, alors que les records de températures moyennes s’enchaînent et que la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère a atteint l’an dernier 405,5 parties par million (ppm), un niveau inédit au cours des trois derniers millions d’années.

Pour actionner le levier de frein sur l’emballement climatique, l’Accord de Paris repose sur la volonté de chaque État de consentir à des engagements nationaux en phase avec l’objectif global. Il prévoit un mécanisme d’inventaire régulier qui doit encourager la montée en puissance des engagements nationaux. Les modalités de l’inventaire comme les autres aspects de l’Accord de Paris doivent être définis dans le "Rulebook", le mode d’emploi détaillé dont la négociation doit s’achever au terme des deux semaines de la conférence.

"Il reste beaucoup de pages à traiter, énormément de travail. Mais on a le sentiment que beaucoup de points peuvent être réglés avant l’arrivée des ministres, pour qu’ils n’aient à arbitrer que les sujets les plus délicats comme des éléments liés à la différenciation entre pays en développement et développés", explique un négociateur.

La dynamique, en tout cas, est constructive, poursuit-il: on ne voit pas en ce moment, comme c’est souvent le cas, de jeux de procédure, de procédures tactiques de ralentissement des discussions.

Reste qu’il est possible que la totalité des règles du "Rulebook" ne soit pas arrêtée à Katowice. "Ce qui ne signifie pas forcément un échec: le tout sera de voir à partir de quel niveau de détails on peut considérer que la palette de règles est ‘robuste’."

Relever l’engagement

3°C
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Les contributions annoncées au niveau national conduiraient, si elles étaient appliquées, à un réchauffement global de plus de 3°C.

En l’état, les contributions annoncées au niveau national conduiraient, si elles étaient appliquées, à un réchauffement global de plus de 3°C. L’autre grand enjeu de Katowice est donc une validation collective de la nécessité d’en faire plus. Selon les scientifiques du Giec, groupe d’experts mandaté par l’ONU, limiter le réchauffement à 1,5°C nécessiterait de baisser de 45% les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine entre 2010 et 2030.

Tout au long de l’année, les États et groupes de pays (le Benelux, l’Union européenne…) se sont engagés dans des dialogues dits "Talanoa" – destinés à alimenter le consensus vers un relèvement du niveau d’ambition. Le point d’orgue du processus doit être atteint à Katowice avec une séquence très politique: le but est de conduire les parties à la conférence à s’accorder sur un message fort par lequel les États s’engageraient d’ici 2020 à travailler sur le renforcement de leurs contributions déterminées au niveau national ("NDC" dans le jargon).

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À cet égard, la décision de la Commission européenne de proposer juste avant l’ouverture de la conférence une trajectoire de réduction d’émissions vers la neutralité carbone en 2050 est un signal fort lancé à la communauté internationale. En s’érigeant en porte-drapeau de la lutte climatique, l’Union espère encourager d’autres États à suivre le mouvement.

"Les Américains sont dans la continuité: ils participent activement et je n’ai pas l’impression qu’ils soient devenus un élément de sabotage."

L’attitude de la Chine, qui a fait de la lutte contre le réchauffement un axe clé de sa politique étrangère pour asseoir son statut de grande puissance, est scrutée de près – elle devrait continuer de s’afficher en champion de l’Accord de Paris.

Quant aux Américains, ils ne devraient pas faire obstruction au processus, observe notre négociateur. Quoi qu’en dise le président Trump, qui a annoncé le retrait des États-Unis de la convention, le comportement de la délégation américaine diffère peu de l’époque Obama. "Ils sont dans la continuité: ils participent activement, et je n’ai pas l’impression qu’ils soient devenus un élément de sabotage."

L’attitude de l’équipe brésilienne reste une inconnue. Jair Bolsonaro, le nouveau président du pays, affiche son climato-scepticisme et a renoncé cette semaine à organiser la prochaine conférence climatique, la COP25.

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