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Krystsina Tsimanouskaya, l’athlète devenue dissidente

Selon Tsimanouskaya, son seul tort serait d'avoir fermement critiqué les choix de la fédération biélorusse d'athlétisme. ©REUTERS

La sprinteuse s’est réfugiée à l’ambassade de Pologne à Tokyo, refusant de rentrer en Biélorussie. Elle craint l'emprisonnement après avoir critiqué sa fédération.

Voilà un incident dont se serait, sans doute, bien passé le régime biélorusse, après le détournement d'un vol Ryanair, en mai dernier, par les autorités du pays afin d'arrêter l'opposant Roman Protassevitch. Dimanche dernier, l'athlète biélorusse Krystsina Tsimanouskaya a refusé d'embarquer dans un avion de la compagnie Turkish Airlines pour Istanbul. L'ancienne championne de Biélorussie du 100 et du 200 mètres accuse son sélectionneur de l'avoir contrainte à renoncer aux Jeux olympiques de Tokyo afin de la rapatrier de force au pays.

Selon Tsimanouskaya, son seul tort serait d'avoir fermement critiqué, quelques jours plus tôt, les choix de la fédération biélorusse d'athlétisme. Celle-ci voulait la forcer à participer au relais 4x400 mètres, alors qu'elle était censée initialement courir seulement les épreuves du 100 mètres et du 200 mètres. Deux autres athlètes n'avaient en effet pas réalisé un nombre suffisant de contrôles antidopage. Cette décision a fait réagir l'athlète sur les réseaux sociaux. "Je n'aurais jamais réagi si durement s'ils étaient venus me voir à l'avance, m'avaient expliqué la situation et m'avaient demandé si je suis prête à courir le 400 m. Mais ils ont tout fait dans mon dos", a-t-elle expliqué sur Instagram. Cette critique ne serait pas passée auprès de la fédération d'athlétisme, selon la sprinteuse. De son côté, l'organisation sportive balaye ses affirmations, évoquant une décision des médecins.

"Pas un seul Biélorusse qui a quitté les frontières du pays n'est en sécurité, car ils pourraient essayer de les kidnapper."
Svetlana Tikhanovskaïa
Cheffe de file de l'opposition biélorusse

Direction la Pologne?

En refusant ce retour forcé, de "peur" de se retrouver en prison, la sprinteuse de 24 ans, qui était une relative inconnue à son arrivée aux Jeux olympiques, devient la protagoniste d'une affaire qui dépasse le simple cadre sportif. Pour preuve, plusieurs pays européens, comme la Pologne, la Slovénie et la République tchèque, se sont empressés de lui proposer l'asile. Elle devrait finalement rejoindre la Pologne dans les prochains jours. Varsovie lui a en effet accordé un visa humanitaire. En attendant, elle demeure réfugiée dans l'ambassade de Pologne à Tokyo.

Cet incident n'a également pas manqué de faire réagir l'opposition biélorusse en exil. Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée depuis près d'un an en Lituanie, a ainsi accusé les responsables olympiques de son pays de vouloir "kidnapper" l'athlète. "Pas un seul Biélorusse qui a quitté les frontières du pays n'est en sécurité, car ils pourraient essayer de les kidnapper", a-t-elle écrit dans un message publié dans la nuit de dimanche à lundi sur le réseau social Telegram.

Répression politique

Il faut dire que la Biélorussie est le théâtre d'une violente répression politique depuis près d'un an. Des milliers de critiques du régime du président Alexandre Loukachenko sont actuellement en prison ou en exil. Les sportifs sont également touchés, le comité olympique étant dirigé par Viktor Loukachenko, le fils du chef de l'État.

Originaire de la ville de Klilmovitchi, près de la frontière russe, Tsimanouskaya avait, par le passé, publiquement exprimé sa sympathie pour le mouvement anti-Loukachenko.

Le profil

  • 19/11/1996: Naissance à Klilmovitchi, près de la frontière russe. Elle est diplômée de l'Université pédagogique d'État de Biélorussie.
  • 2016: Championne de Biélorussie du 100 et du 200 mètres.
  • 01/08/2021: Elle annonce qu'elle est contrainte de se retirer des Jeux olympiques de Tokyo et menacée d'un retour forcé vers la Biélorussie après avoir critiqué ses entraîneurs sur Instagram.
  • 02/08/2021: Vers 17h, heure locale, elle se réfugie à l'ambassade de Pologne à Tokyo.
  • 02/08/2021: Elle obtient un visa humanitaire vers la Pologne. Elle devrait partir dans les prochains jours.

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