Kumi Naidoo, un rassembleur à la tête d'Amnesty International

©Hindustan Times via Getty Images

Ancien militant anti-apartheid, Kumi Naidoo est, à 53 ans, le nouveau secrétaire général de la plus grande organisation de bénévoles au monde travaillant pour la défense des droits humains. Le Sud-Africain d’origine indienne a une vision très large de son nouveau mandat et fixe de nouveaux objectifs, non seulement pour l’ONG mais pour la société civile dans son ensemble.

Tout le monde ne l’appelle que par son prénom, Kumi. Il porte des chemises africaines en tissus Wax colorés et des bracelets aux poignets. L’un d’eux porte l’inscription "Souviens-toi pourquoi tu as commencé". "Parfois, pris par le cours des choses, on peut oublier notre mission d’origine, ce bracelet est là pour me la rappeler", confie le nouveau secrétaire général d’Amnesty International en portant sa main sur son cœur.

Après l’Afrique du Sud, où il a débuté son mandat le 17 août dernier, Kumi Naidoo était en déplacement en début de la semaine en Turquie, un pays critique pour la grande organisation de défense des droits de l’homme. Barbe courte, large sourire, ce militant chevronné, notamment de la lutte anti-apartheid, apporte un visage et une expérience uniques à l’association dont le but initial était la libération des prisonniers politiques.

Contagious courage, a billion individual acts | Kumi Naidoo | TEDxAmsterdam 2014

Ancien directeur exécutif de Greenpeace International (2009-2015), Kumi Naidoo est connu pour son mode d’action directe, notamment à travers des campagnes de désobéissance civile, comme l’occupation de plateformes pétrolières en Arctique. Passion, autocritique, un brin d’humour et de décontraction pourraient définir son style. En reprenant les rênes d’Amnesty International à un moment critique pour les droits humains, le deuxième Africain à diriger l’association (après le Sénégalais Pierre Sané dans les années 1990) fixe de nouveaux objectifs, non seulement pour l’ONG mais pour la société civile dans son ensemble.

Il appelle de ses vœux un mouvement "plus grand, plus courageux et plus inclusif" pour faire face à ce qu’il appelle "la politique de l’homme fort" de plus en plus répandue, qui réduit au silence les médias et les voix critiques. "Quand le peuple n’a pas accès à une diversité d’opinions, notre travail de militant devient un million de fois plus difficile", déclare-t-il. Il pointe du doigt la figure autoritaire de Donald Trump, mais laisse chacun tirer des conclusions pour ses propres dirigeants.

Dialogue et opinions contraires

"Amnesty International s’engage entièrement dans la lutte contre le changement climatique."
kumi naidoo
Directeur-général d’Amnesty International

Pour lui, le mouvement des droits de l’homme ne peut plus évoluer "en vase clos". "Droits de l’homme, des travailleurs, des indigènes, des minorités, justice sociale et environnementale, droits des minorités sont interconnectés et doivent être défendus ensemble. Nous avons gagné la lutte contre l’apartheid parce que nous avons formé des alliances les plus larges possibles. Pour cette raison, Amnesty International s’engage entièrement dans la lutte contre le changement climatique." Il prône aussi la lutte contre la polarisation en engageant le dialogue avec ceux qui défendent des opinions contraires.

L’homme a une longue expérience dans le militantisme. Il est né dans un quartier populaire de Durban en 1965, de parents indiens. Il est renvoyé de l’école à 15 ans pour avoir organisé une manifestation anti-apartheid. À 21 ans, il est inculpé pour violation des dispositions relatives à l’état d’urgence et s’exile au Royaume-Uni, où il reçoit une bourse pour étudier la sociologie politique à Oxford. En 1990, alors que le régime d’apartheid s’effondre, Kumi Naidoo retourne en Afrique du Sud pour travailler avec l’African National Congress de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki.

À la veille de sa prise de fonction à Amnesty International, l’activiste s’est rendu à l’école secondaire de Chatsworth à Durban, dont il avait été renvoyé en 1980. S’adressant aux élèves, Kumi Naidoo a déclaré: "N’acceptez pas l’idée que votre voix n’a pas d’importance, n’attendez pas demain pour exercer vos responsabilités car si vous attendez, il n’y aura pas de jour d’après. Et souvenez-vous que rendre service à l’humanité est ce qui vous apporte la plus grande joie."

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