Publicité
Publicité
analyse

L'Afghanistan se rapproche d'un scénario vietnamien

Les talibans réimposent la charia et le code d'honneur pachtoune dans les territoire reconquis. ©AFP

Les talibans détiennent désormais plus de la moitié des districts afghans. Les forces démocratiques afghanes devraient tenir tant qu'elles seront soutenues financièrement par les États-Unis.

L'histoire semble sans fin. Depuis le début du retrait des troupes américaines en mai, les talibans ont lancé une offensive qui leur a permis de reprendre une grande partie de l'Afghanistan. Sur les terres conquises, les islamistes imposent à nouveau la charia et se livrent à des expéditions punitives contre la population. Les tensions pourraient encore s'accroître lorsque les États-Unis et l'Otan auront terminé leur retrait, le 11 septembre, 20 ans après les attentats contre le World Trade Center.

Les forces afghanes, estimées à 300.000 soldats, ont du mal à conserver un territoire sécurisé jusqu'à présent par les Américains. En quelques mois, les talibans ont repris 145 districts, les divisions provinciales du pays, alors qu'ils n'en possédaient que 77 en avril, selon le spécialiste militaire américain Bill Roggio. Les combattants islamistes détiennent désormais 222 districts sur 400. Le gouvernement afghan, 73. Le reste est disputé entre les deux belligérants.

222
districts
Les talibans détiennent désormais 222 districts sur les 400 d'Afghanistan. En trois mois, ils en ont repris 145.

Cette avancée s'accompagne d'une guerre de propagande. Les islamistes affirment qu'ils ont repris 85% du territoire, ce qui n'est pas le cas d'après Washington.

Jeudi, les talibans annonçaient détenir 90% des frontières de l'Afghanistan. Selon leur porte-parole, ils contrôleraient les frontières avec le Tadjikistan, l'Ouzbékistan, le Turkménistan et l'Iran. Vendredi, le gouvernement afghan qualifiait ces déclarations de "mensonge total".

Selon l'armée américaine, les talibans ont bel et bien un avantage stratégique et détiennent au moins la moitié du pays. Les islamistes ont repris des zones rurales, des villages et des petites villes. Ils occupent aussi d'importantes zones frontalières. La prise de postes-frontière avec le Tadjikistan a conduit Moscou à muscler sa présence dans cette zone. Des unités de tank T-72 de l'armée russe se sont déplacés mardi à la frontière afghane. Une démonstration de force, plus qu'une menace.

Un scénario vietnamien?

"Le véritable retrait américain d'Afghanistan serait le retrait de l'aide financière."
Michel Goya
Historien militaire et ancien colonel des troupes marines françaises.

Tant que Washington apporte son soutien à l'armée afghane, une victoire totale des talibans paraît difficile. "La présence des talibans est très forte depuis 2006-2007, en particulier dans les zones pachtounes (les Pachtounes représentent environ 42% de la population afghane, NDLR). Cette situation peut durer très longtemps, même si un effondrement n'est jamais exclu, comme ce fut le cas en 1994 avec l'offensive sur Kaboul", dit Michel Goya, historien militaire et ancien colonel des troupes marines françaises. "Le véritable retrait américain d'Afghanistan serait le retrait de l'aide financière. L'État afghan est incapable de financer ses militaires."

Dès leur arrivée, les États-Unis ont pris en charge la formation de l'armée afghane. En 2013, ils ont dépensé 6,5 milliards de dollars à cette tâche, selon le Council on Foreign Relations. Au total, les 20 années de guerre leur ont coûté 1.000 milliards de dollars, avec un contingent de 110.00 hommes au plus haut de leur intervention en 2011.

"Le Pakistan ne veut pas que l'Afghanistan devienne un allié de l'Inde, alors il neutralise le pays par une guerre civile."
Michel Goya
Historien militaire et ancien colonel des troupes marines françaises.

D'évidence, il est moins coûteux pour Washington d'entretenir les forces afghanes que d'occuper le pays. "C'est le même scénario que le sud Vietnam après le départ américain. Les États-Unis avaient besoin d'une armée, qui s'est effondrée quand ils ont cessé de l'aider", ajoute Michel Goya.

Le rôle du Pakistan

L'avenir dépendra aussi du comportement du Pakistan, où se trouvent la majorité des Pachtounes et qui sert déjà de base arrière aux talibans. "Si Islamabad accroît son soutien aux talibans, cela peut faire basculer la situation", précise l'expert français. "Le Pakistan ne veut pas que l'Afghanistan devienne un allié de l'Inde, alors il neutralise le pays par une guerre civile. À ce rythme, cela peut rester longtemps une guerre larvée."

Les territoires afghans repris par les talibans pourraient servir à nouveau de base pour les groupes terroristes État islamique et Al-Qaïda. Un accord entre les "étudiants en théologie" (taleb) et Washington prévoit qu'ils ne soutiendront plus les terroristes, mais rien ne garantit son application. "On ne peut exclure le retour des forces américaines si les talibans soutiennent les terroristes. Il restera aussi la possibilité de frapper avec des drones", dit Michel Goya.

"Les talibans réimposent la charia et le code d'honneur pachtoune sur les territoires qu'ils reprennent."
Michel Goya
Historien militaire et ancien colonel des troupes marines françaises.

En attendant, "les talibans réimposent la charia et le code d'honneur pachtoune sur les territoires qu'ils reprennent", ajoute-t-il. "Ils n'ont pas évolué du point de vue idéologique, même si leur organisation s'est affirmée."

Selon le gouvernement afghan, les talibans ont pillé plusieurs villages et tué une centaine de personnes depuis la reprise Spin Boldak le 14 juillet, un important district frontalier avec le Pakistan.

Le résumé

  • Les talibans ont repris 222 districts sur les quelque 400 que compte l'Afghanistan. L'armée afghane conserve le contrôle des grandes villes.
  • Les islamistes se livrent à une guerre de propagande dans laquelle ils exagèrent leur reconquête.
  • Selon l'expert Michel Goya, tant que Washington financera l'armée afghane, elle pourra tenir ses positions dans les grandes villes.
  • Un scénario qui rappelle celui de la chute du sud Vietnam.
  • L'avenir dépendra également de la volonté du Pakistan de soutenir les talibans, une stratégie qui empêche de stabiliser l'Afghanistan.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés