L'agression turque déforce l'Otan au profit de Moscou

L’offensive turque lancée le 9 octobre dernier dans le nord de la Syrie a exacerbé les tensions entre alliés de l’Otan.

L’invasion turque en Syrie renforce le poids de la Russie au Moyen Orient et affaiblit l’Otan. Cette opération a été autorisée par le retrait des forces américaines du nord de la Syrie.

"Vous arrivez à y croire? Tout l’occident s’est rangé aux côtés des terroristes et ils nous ont attaqués ensemble. Parmi eux, les pays de l’Otan et ceux de l’Union européenne", a accusé lundi le président turc Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours aussi violent envers ses alliés de l’Otan que surréaliste. Blessé par les critiques des Européens et l’embargo sur les armes suite à son attaque contre les forces kurdes en Syrie, qu’il qualifie de "terroristes", Erdogan sort sa carte favorite, celle de la victimisation.

À cinq semaines du sommet de l’Otan et de son 70e anniversaire, les 3 et 4 décembre à Londres, l’Alliance la plus puissante du monde est des plus malmenées et déstabilisée sur son flanc sud. Cette fois, l’ennemi vient de l’intérieur.

"C’est sur Twitter que j’ai appris la nouvelle du retrait des troupes américaines."
Emmanuel Macron
Président français

L’offensive turque lancée le 9 octobre dernier dans le nord de la Syrie a exacerbé les tensions entre alliés de l’Otan. L’incursion de la Turquie dans le nord de la Syrie a été autorisée par le retrait des mille soldats américains basés dans la région. Cette erreur est l’une des pires commises par le président des Etats-Unis Donald Trump. Lundi soir, il persistait, tout en affirmant que quelques centaines de soldats étaient restés dans l’est de la Syrie pour "surveiller le pétrole". La situation profite à la Russie.

L’armée Syrienne, soutenue par Moscou, a envoyé des troupes dans le nord pour contenir l’invasion turque. Ankara a décidé d’une trêve de 120 heures expirant ce mardi à 21h. Le même jour, les présidents Erdogan et Poutine se rencontrent à Moscou. Une gifle pour les alliés occidentaux de la Turquie.

"J’ai compris que nous étions dans l’Otan, que les Etats-Unis et la Turquie étaient dans l’Otan. Et c’est sur Twitter que j’ai découvert la nouvelle du retrait des troupes américaines", avait dit le président français Emmanuel Macron, vendredi à Bruxelles. Il s’est entretenu lundi par téléphone avec Vladimir Poutine pour demander une prolongation de la trêve.

50 ogives nucléaires en otage

La Turquie s’est à ce point distanciée des Etats-Unis et de ses alliés de l’Otan que Washington songe à retirer les 50 têtes nucléaires présentes dans la base d’Incirlik.

La Turquie s’est à ce point distanciée des Etats-Unis et de ses alliés de l’Otan que Washington songe à retirer les 50 têtes nucléaires présentes dans la base d’Incirlik. Selon le New York Times, des experts du Pentagone se sont réunis pour préparer leur retrait. Le président Erdogan n’a jamais fait mystère de son envie de détenir des armes nucléaires "comme toute grande puissance". Il l’a redit un mois avant de lancer son offensive dans le nord de la Syrie. Et c’est là un objectif plus important pour lui que les Kurdes de Syrie. La Maison-Blanche craint que les bombes stationnées à Incirlik ne soient prises en otage par l’armée turque en cas de crise.

Ces bombes servant à la dissuasion contre la Russie, leur retrait conforterait encore plus la position des Russes au Moyen-Orient.

Moscou maître du jeu

L’invasion turque renforce le poids de la Russie sur l’échiquier du Moyen-Orient. Les Etats-Unis sont mis hors jeu par le geste incompréhensible de Donald Trump favorable au Kremlin. L’UE est, elle aussi, hors jeu, à défaut d’avoir pu développer une capacité militaire, soutenue par une réelle politique commune, qui lui permettrait de peser dans la région.

L’opération militaire d’Erdogan, étrangement nommée "Source de paix", montre à quel point la Turquie est devenue incontrôlable. Or, sa présence dans l’Otan est un des piliers de la stabilité de la région.

Une zone de 440 km

À l’expiration de la trêve, mardi à 21h, si les forces kurdes n’ont pas déguerpi de la zone de sécurité fixée par Ankara, l’armée turque a promis de les anéantir.

À l’expiration de la trêve, mardi à 21h, si les forces kurdes n’ont pas déguerpi de la zone de sécurité fixée par Ankara, l’armée turque a promis de les anéantir. Au mépris des règles de droit international, le président Erdogan veut établir une "zone de sécurité" de 440 km de long en Syrie, même s’il n’est question pour l’instant que de 120 km, et de 30 km de profondeur. Il veut y reloger les 3,6 millions de réfugiés syriens arrivés sur ses terres durant le conflit en Syrie. Des réfugiés dont le président Syrien Bachar el-Assad ne veut plus, dit-on. La Turquie projette aussi d’installer une douzaine de bases militaires dans cette zone pour en assurer le contrôle.

La situation est explosive, car l’armée syrienne a déjà pris position dans des points clés de l’espace de 120 km que les forces turques ambitionnent d’annexer. Pour éviter un conflit entre les deux pays, Moscou devra jouer aux arbitres. Un rôle dont se réjouit le président Poutine.

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