L'aide humanitaire, une activité de plus en plus risquée

©AFP

Le nombre de travailleurs humanitaires tués augmente. Soudan du Sud, Syrie, Afghanistan et République centrafricaine sont les pays les plus risqués.

Colette Gadenne travaille depuis des années dans des zones de guerre, mais la peur est toujours la même quand des miliciens en armes font irruption dans l'hôpital où elle exerce pour Médecins sans frontières (MSF). Cette peur, elle l'a connue trois fois en trois semaines, fin mai et début juin, en République centrafricaine, où elle dirige la mission de MSF. Dans l'un de ces cas, les miliciens ont tiré 21 coups de feu avant de tourner les talons.

La République centrafricaine se trouve dans une situation particulièrement grave, mais les travailleurs humanitaires du monde entier font face à une recrudescence des meurtres, des enlèvements et des violences en tous genres commises au mépris du droit international censé les protéger. Ce dimanche est la journée mondiale de l'aide humanitaire.

+23%
Hausse du nombre de tués
En 2017, le nombre de travailleurs humanitaires tués s'est inscrit en hausse de 23% par rapport à l'année précédente.

Près de 140 travailleurs humanitaires ont été tués l'année dernière dans le monde, ce qui représente une augmentation de 23% par rapport à 2016, selon les données publiées cette semaine par le centre de recherches indépendant Humanitarian Outcomes. Pour la troisième année consécutive, c'est au Soudan du Sud que le bilan a été le plus lourd. La République centrafricaine, où les violences à l'encontre des ONG ont été multipliées par trois, est passée au quatrième rang, derrière la Syrie et l'Afghanistan.

Une marge de manoeuvre réduite

"Nous discutons beaucoup avec les groupes armés (...), mais cela n'a pas fonctionné"
Colette Gadenne
Médecins sans frontières

Les risques qu'ils encourent limitent le rayon d'action et la marge de manoeuvre des travailleurs humanitaires, souligne Sofie Garde Thomle, chef du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha) en Afrique occidentale et centrale. "Plus important encore, le manque d'accès signifie que nous sauvons beaucoup moins de vies. Il y a 10 ou 20 ans, c'était complètement différent", se souvient-elle, dénonçant la multiplication des atteintes au droit humanitaire et des violations des lois de la guerre.

"Nous discutons beaucoup avec les groupes armés (...), mais cela n'a pas fonctionné", déplore quant à elle Colette Gadenne, évoquant les 40 attaques essuyées l'an dernier par le personnel de MSF en Centrafrique.

Au Soudan du Sud, en mai dernier, neuf membres de l'organisation World Vision ont été enlevés et détenus pendant cinq jours, jusqu'à ce que l'Ocha obtienne leur libération. Ces dernières années, l'ONG a investi davantage dans la sécurité et la santé de son personnel, auquel elle fournit notamment un soutien psychologique sur place. Dans de nombreux cas, les travailleurs humanitaires ne sont pas spécifiquement visés, mais sont les victimes collatérales des violences commises de plus en plus fréquemment contre des civils.

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