L'ambition climatique a fait défaut à Bonn

©AFP

Les négociateurs chargés de préparer un accord sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris se sont quittés sur un échec. Une réunion supplémentaire est organisée dans l’espoir d’éviter un blocage au rendez-vous crucial de Katowice, en décembre.

La "SB48" n’est pas une nouvelle exoplanète, mais un de ces microcosmes dont les Nations unies ont le secret. C’est la conférence qui réunissait ces dix derniers jours à Bonn la "climate community": les négociateurs du cadre mondial qui doit mener l’humanité à maintenir le réchauffement climatique "bien en dessous de 2°C". Et près de trois ans après la conclusion de l’Accord de Paris, qui a accouché de cet objectif, les mines étaient sombres à la sortie de la session, jeudi.

La mise en place de l’Accord de Paris patine: les participants ne sont pas parvenus à produire un document de négociation suffisamment ramassé pour servir de base aux ministres, qui devront conclure lors de la Conférence climatique de Katowice (COP24), en décembre. Si bien que les Nations unies convoquent les négociateurs à Bangkok pour un nouveau round de tractations.

> Lire notre édito La survie de la diplomatie

"Nous n’aurons plus cette opportunité avant cinq ans alors, ce pourrait être trop tard."
Luke Daunivalu
Négociateur en chef de Fiji

Le travail a été "très lent", a résumé le représentant du groupe des petites îles, Amjad Abdulla, alors que la négociatrice en chef de l’Union européenne, Elina Bardram, a estimé que "les parties doivent d’urgence accélérer le rythme". La pression monte en effet pour éviter une paralysie de la diplomatie climatique, encore marquée par le trauma de la conférence de Copenhague, un échec qui a coûté six ans au processus.

Car pour que l’Accord de Paris puisse entrer comme prévu en vigueur en 2020, il faut compléter le cadre général de règles détaillées – un "rule book". Il faut une définition commune, cohérente de la manière dont chaque État définit et mesure ses engagements climatiques, un accord sur la manière dont ils sont contrôlés, comptabilisés, sur le degré de transparence des comptes nationaux, et la flexibilité éventuelle à accorder aux pays en développement.

Et comme à chaque session de négociation, la question du financement climatique est remise sur le métier, bon indicateur du degré de confiance entre les pays "en voie de développement", qui veulent voir la couleur des aides, et les pays "développés" qui tiennent les cordons de la bourse. L’aide promise pour faire face au défi climatique doit atteindre 100 milliards de dollars par an en 2020, mais en l’absence de standards clairs, les pays bénéficiaires réclament plus de clarté – et de prévisibilité – sur la façon dont cette aide va se matérialiser.

Relever le niveau

Parallèlement à ces questions multilatérales, la conférence de Katowice doit aussi être la première occasion pour les dirigeants de parler du relèvement de leurs ambitions. Car lorsqu’on les met bout à bout, les engagements de chaque pays en termes de réductions d’émissions de gaz à effet de serre mèneraient à un réchauffement global d’au moins 3°C.

La phase préparatoire de Katowice se poursuit avec un sentiment d’urgence croissant.
.

Pour tenter de faire éclore une ambition renouvelée, les négociateurs se sont engagés dans un dialogue dit "Talanoa", équivalent fidjien de l’arbre à palabres, qui doit inspirer l’ambition. Derrière l’expression exotique, il y a la réalité institutionnelle du cycle quinquennal d’évaluation et de relèvement d’ambition, le "Global Stocktake": "Nous n’aurons plus cette opportunité avant cinq ans alors, ce pourrait être trop tard", presse Luke Daunivalu, négociateur en chef de Fiji, qui préside les réunions.

Peu après la réunion de Bangkok, cet automne, le Groupe d’experts internationaux sur l’évolution du climat (Giec) présentera son rapport spécial sur les impacts d’un réchauffement de 1,5°C, qui pourrait contribuer à nourrir le momentum pour relever les ambitions. La phase préparatoire de Katowice se poursuit donc avec un sentiment d’urgence croissant, et dans le silence du grand absent au centre de l’échiquier: les États-Unis, deuxième émetteur de gaz à effet de serre au monde, marginalisés à défaut, pour l’heure, d’avoir réussi à marginaliser le processus onusien.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content