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L'Azerbaïdjan lance une opération militaire au Nagorny Karabakh

Le chef du service de presse du ministère de la Défense de l'Azerbaïdjan, Anar Eyvazov, s'exprime lors de la conférence de presse au sujet du lancement de mesures locales "anti-terroristes" contre l'armée arménienne dans la région du Nagorny Karabakh. ©EPA

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a dénoncé des appels à "un coup d'État" après le lancement d'une offensive azerbaïdjanaise dans la région du Nagorny Karabakh.

L'Azerbaïdjan a lancé mardi une opération militaire au Nagorny Karabakh, trois ans après la précédente guerre, demandant le retrait "total et inconditionnel" de son adversaire arménien de cette région disputée depuis des décennies avec l'Arménie.

Les combats ont tué au moins 27 personnes, dont 2 civils, et en ont blessé plus de 200 autres, ont déclaré les autorités séparatistes arméniennes, alors que Bakou a assuré ne viser que des cibles militaires. De son côté, l'Azerbaïdjan a signalé que deux civils avaient péri dans les zones sous son contrôle. Plus de 7.000 civils de 16 localités ont été évacués, selon les séparatistes.

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Dans la soirée, l'armée azerbaïdjanaise a déclaré avoir pris plus de 60 positions arméniennes lors de son offensive.

Cette photo montre des dégâts sur des bâtiments résidentiels et des véhicules à Stepanakert, au Nagorny Karabakh, ce mardi. ©EPA
Des voitures abîmées après des frappes de l'Azerbaïdjan sur le Nagorny Karabakh. ©EPA

De son côté, la diplomatie arménienne a dénoncé une "agression à grande échelle" à des fins de "nettoyage ethnique". Elle a aussi jugé que la Russie, garant d'un cessez-le-feu datant de 2020 avec des forces de la paix sur le terrain, devait "stopper l'agression azerbaïdjanaise". Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a également appelé Moscou, son allié traditionnel, et l'ONU à agir. Des dizaines de manifestants arméniens étaient d'ailleurs rassemblés mardi devant l'ambassade de Russie à Erevan, dénonçant son inaction. Les soldats russes de maintien de la paix ont toutefois annoncé plus tard dans la journée procéder à des évacuations de civils dans "les zones les plus dangereuses" de la région.

D'autres manifestants étaient réunis devant le siège du gouvernement arménien pour appeler à la démission du Premier ministre. Dans le centre-ville d'Erevan, la capitale, certains manifestants scandaient: "Nikol, traître !", "Nikol, démission !" et "Artsakh ! Artsakh !" (le nom donné par les Arméniens au Nagorny Karabakh). Face à plusieurs centaines de protestataires, la police avait bouclé les entrées du bâtiment gouvernemental. Des échauffourées ont ensuite éclaté entre des policiers protégeant le siège du gouvernement arménien et des manifestants.

Suite à ces manifestations anti-gouvernementales, le service de sécurité arménien a mis en garde contre le risque de "troubles généralisés" dans le pays. Il a promis des "mesures pour maintenir l'ordre constitutionnel" et demandé aux citoyens de "ne pas céder aux diverses provocations".

Des manifestants se rassemblent près du bâtiment du gouvernement à Erevan, après que l'Azerbaïdjan a lancé une opération militaire dans la région du Nagorno-Karabakh. ©via REUTERS
Des manifestants se rassemblent près du bâtiment gouvernemental. ©via REUTERS

Le ministère azerbaïdjanais de la Défense avait annoncé mardi matin le lancement d'"opérations antiterroristes" pour mettre hors d'état de nuire "les positions des forces armées arméniennes", après la mort de six Azerbaïdjanais dans l'explosion de mines sur un chantier routier.

La diplomatie azerbaïdjanaise a prévenu que "le seul moyen de parvenir à la paix et à la stabilité" était "le retrait inconditionnel et total des forces armées arméniennes" du territoire et "la dissolution du prétendu régime" séparatiste. L'Azerbaïdjan a en outre promis de respecter les "droits et la sécurité" des Arméniens du Nagorny Karabakh, "conformément à la Constitution et aux obligations internationales de l'Azerbaïdjan", a déclaré Hikmet Hajiev, un conseiller du président azerbaïdjanais Ilham Aliev.

Escalade des tensions

Le ministère de la Défense arménien a lui assuré "que l'Arménie n'avait pas d'armée au Nagorny Karabakh", sous-entendant donc que ses alliés séparatistes faisaient face à l'armée adverse.

Ces séparatistes affirment que plusieurs villes du Nagorny Karabakh, dont la capitale Stepanakert, sont ciblées par des "tirs intensifs", qui visent aussi des infrastructures civiles. L'armée azerbaïdjanaise essaye d'avancer "en profondeur" au Karabakh, ont-ils dit. La situation à la frontière arméno-azerbaïdjanaise est pour l'heure "stable", a toutefois précisé Nikol Pachinian. Le Premier ministre, qui a réuni son Conseil de sécurité, a par ailleurs dénoncé des appels à un "coup d'État" en Arménie.

Les tensions vont croissantes depuis des mois autour du Nagorny Karabakh, un territoire sécessionniste d'Azerbaïdjan à majorité arménienne, qui a déjà été au cœur de deux guerres entre Erevan et Bakou, dont la dernière avait duré six semaines.

"La Belgique appelle à une désescalade et à une solution politique qui prenne en compte le bien-être de la population."

Hadja Lahbib
Ministre des Affaires étrangères

L'opposition arménienne a tenté à plusieurs reprises depuis trois ans d'obtenir le départ de Pachinian du pouvoir, l'accusant d'être responsable de la défaite militaire arménienne lors de la guerre de l'automne 2020 au Nagorny Karabakh.

Réactions internationales

Le Kremlin, "préoccupé", a dit essayer de convaincre l'Arménie et l'Azerbaïdjan de revenir "à la table des négociations". La France a demandé "la convocation d'urgence d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies", en condamnant l'opération militaire.

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, a dit qu'il allait prendre contact avec les deux parties. Il a déjà appelé le Premier ministre arménien, "les deux parties ayant souligné l'inadmissibilité du recours à la force et la nécessité d'utiliser les mécanismes internationaux de désescalade", a indiqué sur Facebook la porte-parole de Nikol Pachinian.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, qui a mené une médiation par le passé entre les deux pays, a lui jugé que l'Azerbaïdjan devait "immédiatement" cesser son opération.

"Le Karabakh est un territoire azerbaïdjanais. L'imposition d'un autre statut ne sera jamais acceptée."

Recep Tayyip Erdogan
Président turc

La ministre des Affaires étrangères Hadja Lahbib (MR) appelle, elle, au dialogue et au compromis. "Nous suivons avec inquiétude les évènements au Nagorny Karabakh. La seule voie valable vers la paix est celle du dialogue et du compromis. La Belgique appelle à une désescalade et à une solution politique qui prenne en compte le bien-être de la population", a-t-elle écrit sur X. Elle s'est aussi fait l'écho du message du Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères Josep Borrell, qui appelle "à la cessation immédiate des hostilités". L'Espagnol a notamment demandé à l'Azerbaïdjan "d'arrêter les activités militaires actuelles".

De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit "soutenir" les mesures prises par l'Azerbaïdjan pour défendre son intégrité territoriale". "Le Karabakh est un territoire azerbaïdjanais. L'imposition d'un autre statut ne sera jamais acceptée", a ajouté le chef de l'État turc, répétant son antienne selon laquelle la Turquie et l'Azerbaïdjan forment "une nation, deux États".

Les tensions avaient pourtant diminué d'un cran lundi avec l'arrivée d'aide humanitaire dans l'enclave, soumise depuis des mois à un blocus azerbaïdjanais qui a provoqué de graves pénuries de nourriture et de médicaments. Erevan accuse Bakou de provoquer une crise humanitaire à des fins d'épuration ethnique en bloquant le corridor de Latchine, seule route reliant le Nagorny Karabakh à l'Arménie.

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