L'économie mondiale n'est pas à l'abri d'une rechute

Des économistes venus des quatre coins du monde se sont réunis ce week-end à Aix-en-Provence pour des Rencontres économiques sur fond de crise mondiale. Jean-Claude Trichet relativise les propos alarmistes des participants.

L'économie mondiale n'est pas à l'abri d'une rechute, affirment des économistes au terme d'une semaine qui a vu cette crainte ressurgir sur les marchés, mais le principal risque qui guette la planète est celui d'une croissance durablement molle.

"Nous sommes au bord d'une déflation planétaire comme on n'en a jamais vu depuis un siècle et demi", a lancé samedi l'essayiste français Jacques Attali lors des Rencontres économiques d'Aix-en-Provence (sud de la France). Interrogé par l'AFP sur les craintes de voir le monde retomber dans la récession dont il vient de sortir, il précise: "les risques sont là, si on ne change pas de politiques, on va dans le mur".

Un scénario auquel le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, ne croit pourtant pas. Selon lui, "au niveau mondial, il est clair que nous sommes en phase de reprise, confirmée particulièrement dans le monde émergent, mais aussi dans le monde industrialisé".
Toutefois, "la croissance n'est pas écrite dans le monde industrialisé, cela dépend de nous", a estimé le Français. "Cela dépend de la capacité des pays industrialisés à renforcer la confiance" des ménages, des entreprises, des investisseurs et des épargnants, a-t-il ajouté.

Pluie de mauvaises nouvelles

Alors que la reprise, tirée par les pays émergents, s'était renforcée ces dernières semaines, des mauvaises nouvelles en cascade ont jeté une ombre sur les perspectives économiques. Après la crise de la dette en Europe, ce sont la solidité de la croissance chinoise et la santé de l'économie américaine qui inquiètent les places boursières. "Il y a encore des menaces qui planent sur la croissance mondiale", acquiesce Laura Tyson, de l'Université de Berkeley (Californie). "Avec l'accélération des politiques d'austérité en Europe, je crains qu'il n'y ait pas assez de soutien pour le secteur privé, alors que c'est nécessaire après une crise financière majeure comme celle que nous venons de vivre." Pour cette économiste américaine, la consommation des ménages et l'investissement privé ne sont pas encore assez forts, aux Etats-Unis, pour prendre le relais des plans de relance.

"Nous avons échappé au pire, mais il reste beaucoup d'interrogations", explique à l'AFP l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Rodrigo de Rato. Selon lui, les pays occidentaux "doivent poursuivre l'effort de nettoyage du système bancaire". Parallèlement, "l'Europe doit prendre des mesures pour renforcer son potentiel de croissance" et "les Etats-Unis doivent adopter une stratégie de réduction de la dette publique sur le moyen terme", ajoute-t-il.

Sans aller jusqu'à prédire une nouvelle récession mondiale, Laura Tyson redoute que le dynamisme des pays émergents ne suffise pas à tirer une reprise vigoureuse. "Les Etats-Unis, l'Europe et le Japon demeurent une très grosse part de l'économie mondiale, et si la croissance de chacune de ces régions s'avère très lente pendant quelques années, c'est toute la planète qui s'en ressentira", prévient-elle.

L'optimisme pointe chez certains

Certains experts, comme Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cépii), jugent que les dirigeants ne s'en sortent pas si mal et devraient réussir à sauver la reprise. "En 2010, la demande américaine est encore très soutenue par le plan de relance, tandis que l'impact sur la croissance des plans de réduction des déficits en Europe ne doit pas être surestimé", estime-t-elle. "La question, c'est 2011. Mais je pense qu'on suivra le bon scénario, où on ajuste d'abord les finances publiques en conservant une politique monétaire très accomodante." Le tout est de savoir à quoi ressemblera cette reprise.

"Nous risquons de nous orienter vers une croissance molle, une croissance à la japonaise", affirme Philippe Trainar, économiste du réassureur Scor.

Le spectre du Japon, englué dans la déflation, ce phénomène de baisse des prix qui ruine les perspectives de bénéfices des entreprises et dissuade les investissements, ressurgit dans les propos de Jacques Attali. "Il y a un risque de japonisation de la planète, c'est un vrai risque qui pourrait se matérialiser assez vite", dit-il. "Mais nous ne sommes pas condamnés à ça, on peut l'éviter en traitant le problème des fonds propres des banques et en réduisant la dette publique."

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