L'Europe conteste la conversion de Sainte-Sophie en mosquée

L'Union européenne conteste la décision d'Ankara de transformer Sainte-Sophie en mosquée. ©EPA

L'UE condamne la transformation de Sainte-Sophie en mosquée, en pleine période de tension avec Ankara. L'ambassadeur turc en Belgique appelle au dialogue.

Intervention militaire en Syrie, soutien au gouvernement libyen, forages illégaux dans les eaux de Chypre... La politique extérieure de la Turquie inquiète de plus en plus les Européens, au point où ses perspectives d'adhésion à l'Union européenne semblent un lointain souvenir. Une situation que le gouvernement turc relativise.

"La Turquie est un pays important pour l'UE, avec lequel nous aimerions renforcer nos relations. Mais cela doit se faire dans le respect des valeurs européennes."
Josep Borrell
Chef de la diplomatie européenne

Les 27 ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis lundi pour la première fois depuis le début de la crise du coronavirus, ont consacré l'essentiel de leurs discussions aux relations tendues avec Ankara. "La Turquie est un pays important pour l'UE, avec lequel nous aimerions renforcer nos relations. Mais cela doit se faire dans le respect des valeurs européennes", a résumé Josep Borrell, le Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères.

"L'Europe condamne les mesures unilatérales de la Turquie en Méditerranée", a-t-il ajouté, en référence aux forages dans la zone économique de Chypre, pour lesquels la Grèce demande des sanctions. Josep Borrell a aussi rappelé l'embargo sur les armes en Libye, où la Turquie soutient le gouvernement d'union nationale.

Mais il n'y aura pas de sanctions. L'Europe "privilégie le dialogue" avec la Turquie, alors que ce pays accueille sur son territoire des millions de réfugiés que les représentants européens ne veulent pas voir arriver sur leur territoire.

Le symbole de Sainte-Sophie

L'UE a aussi condamné la transformation de Sainte-Sophie en mosquée. "Cette décision sape nos efforts de dialogue", a insisté le chef de la diplomatie européenne. Le Conseil européen a lancé lundi "un appel aux autorités turques à reconsidérer cette décision".

La basilique Sainte-Sophie, ou "Hagia Sophia" en turc, était le lieu de couronnement des empereurs byzantins chrétiens. Elle fut convertie en mosquée après la conquête de Constantinople en 1453, avant de devenir un musée en 1935. Vendredi, la plus haute autorité administrative turque a annulé cette décision. Le Président Recep Tayyip Erdogan a annoncé que les prières y recommenceraient sous peu, ce qui a suscité un tollé en Grèce et dans le monde.

"Le temps est venu de dialoguer"

"Il n'y a pas besoin d'avoir une telle confrontation sur Hagia Sophia", tempère Hasan Ulusoy, l'ambassadeur de Turquie en Belgique. "C'est une question judiciaire et nous n'avons jamais dit qu'il ne serait plus possible de visiter le bâtiment." Pour lui, la même problématique se pose avec des mosquées converties en églises. "À Cordoue, une mosquée a été transformée en église. Dans les Balkans, beaucoup de mosquées ont aussi été converties." La décision, selon lui, serait encore susceptible d'appel.

Ankara veut privilégier le dialogue. "Nous restons candidat à une adhésion au sein de l'UE. La Turquie fait partie de l'Europe, et nous sommes prêt à entrer dans l'Union. Le temps est venu de dialoguer, sans cela rien n'avancera", ajoute-t-il.

"La Turquie fait partie de l'Europe, et nous sommes prêt à entrer dans l'Union. Le temps est venu de dialoguer, sans cela rien n'avancera."
Hasan Ulusoy
Ambassadeur de Turquie en Belgique

L'ambassadeur réfute chaque critique. "Ce que nous faisons en Syrie, en Libye, c'est protéger la souveraineté de ces pays contre les forces non-démocratiques", dit-il. "La stabilité de ces zones est bonne pour la stabilité de le l'UE et cela diminuera la pression migratoire."

La Turquie veut aussi évoquer le mouvement Gülen, qu'elle accuse d'être une "organisation terroriste à l'origine de la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016", dont elle s'apprête à fêter l'anniversaire. "Nous regrettons que cette organisation terroriste trouve refuge dans certains pays européens et continue, à partir de là, d'empoisonner les relations entre l'Europe et la Turquie", dit Hasan Ulusoy.

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