L'Europe envoie son chef de la diplomatie à Moscou et songe à des sanctions

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Russie contre l'arrestation du dissident Alexeï Navalny et de membres de son équipe. ©REUTERS

Alarmée par les milliers d'arrestations qui ont eu lieu en Russie après les manifestations contre le régime de Vladimir Poutine, L'Union européenne songe à des sanctions.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont abordé lundi la situation en Russie, alors que des dizaines de milliers de personnes ont manifesté durant le weekend, à Moscou et à travers tout le pays, pour soutenir l'opposant politique Alexeï Navalny. Ces manifestations, interdites par les autorités, ont été sévèrement réprimées par la police. Plus de 3.700 personnes ont été arrêtées.

Lors de cette réunion des 27, aucune décision n'a été prise concernant de nouvelles sanctions contre la Russie. Le Haut représentant de l'Union européenne aux Affaires étrangères, Josep Borrell, se rendra à Moscou lors de la première semaine de février.

"Les détentions de masse et les brutalités policières de ce weekend sont autant de choses qui nous amènent à demander à la Russie la libération de M. Navalny et de tous ses associés."
Josep Borrell
Haut représentant de l'UE aux Affaires étrangères

"Les détentions de masse et les brutalités policières de ce weekend sont autant de choses qui nous amènent à demander à la Russie la libération de M. Navalny et de tous ses associés", a déclaré Josep Borrell après la rencontre.

Sa visite à Moscou sera l'occasion de "faire passer un message clair sur notre position sur les droits et les libertés avant d'aborder la situation stratégique sur nos relations", a ajouté le chef de la diplomatie européenne. Le Conseil européen abordera la question des relations avec la Russie lors d'un sommet en mars.

L'Union européenne songe à adopter de nouvelles sanctions après l'arrestation d'Alexeï Navalny, survenue lors de son retour à Moscou après cinq mois de convalescence en Allemagne due à un empoissonnement au Novitchok, un poison fabriqué par la Russie. Lors de la réunion, "plusieurs États membres ont demandé quelle serait la bonne réaction concernant M. Navalny et les milliers de personnes arrêtées, mais il n'y a pas eu de proposition concrète sur la table", a précisé Josep Borrell.

Selon une source diplomatique, l'UE attend de voir l'évolution du procès d'Alexeï Navalny et des manifestations, avant de prendre un décision.

Le groupe PPE au Parlement européen a demandé le chef de la diplomatie ne revienne pas de Moscou "les mains vides". "S'il le fait, l'UE doit intervenir. Sans une réaction européenne significative à la répression de Poutine contre l'opposition, la politique étrangère de l'UE ne fonctionnera qu'en faveur du Kremlin", a souligné Sandra Kalniete, députée européenne, vice-présidente du Groupe PPE.

"Nous devons nous tenir prêts, le cas échéant, à prendre toute mesure utile, en ce compris des sanctions supplémentaires."
Sophie Wilmès
Ministre belge des Affaires étrangères

Les démocrates chrétiens ont insisté "sur des sanctions contre les oligarques russes et les membres du cercle restreint du président Poutine, les membres de leur famille immédiate ainsi que les propagandistes des médias".

La Belgique se dit "ouverte à toutes les options". "Nous avons toujours plaidé pour conserver un canal de dialogue avec la Russie", a expliqué Sophie Wilmès, la ministre belge des Affaires étrangères. "Néanmoins, la situation peut évoluer très vite et, face à des actions inacceptables au regard de nos valeurs démocratiques et du respect des droits humains les plus élémentaires, nous devons nous tenir prêts, le cas échéant, à prendre toute mesure utile, en ce compris des sanctions supplémentaires."

Nouvel appel à manifester

Dans une vidéo vue plus de 86 millions de fois sur YouTube, Alexeï Navalny a révélé que Vladimir Poutine profitait d'un fastueux château d'une valeur de plus d'un milliard de dollars, financé par la corruption, sur les bords de la mer Noire. Des dizaines de milliers de Russes sont sortis dans la rue le weekend dernier à l'appel du dissident, pour dénoncer son incarcération.

Face au succès de ces manifestations, le Président russe Vladimir Poutine est sorti de sa réserve pour démentir les accusations d'Alexeï Navalny. Il a également condamné les manifestations, estimant qu'elles se déroulaient dans un cadre "illégal".

Les manifestations en Russie ont été sévèrement réprimées par la police. ©Photo News

Le mouvement de Navalny a appelé à manifester une nouvelle fois le dimanche 31 janvier à midi. "Pour la liberté de Navalny, pour la liberté de tous et pour la justice", a indiqué sur Twitter Léonid Volkov, un proche de l'opposant.

Le 2 février, Alexeï Navalny doit comparaître devant un tribunal qui décidera si sa peine de trois ans et demi de prison avec sursis de 2014 sera transformée en peine de prison ferme.

Le mouvement de contestation pourrait s'accroître à l'approche des législatives du 19 septembre. Pour la première fois depuis longtemps, les manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de Russie. Même en prison, Alexeï Navalny continue à peser, encouragé par l'impopularité du parti du Kremlin, Russie Unie, réputé ankylosé et corrompu.

Les manifestations ont été suivies dans plusieurs pays à travers le monde par la diaspora russe. À Bruxelles, une centaine de personnes ont manifesté pacifiquement, samedi sur la place du Luxembourg, en soutien à Alexeï Navalny.

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