L'intelligence artificielle, meilleure que votre ophtalmo?

©AFP

D’après une étude de Nature Medecine, le logiciel développé par DeepMind, filiale de la maison mère de Google, permettrait d’obtenir des résultats aussi bons que de vrais docteurs dans certaines opérations de détection d’une cinquantaine de maladies oculaires.

L’élève aurait-il finalement dépassé le maître en matière d’ophtalmologie? C’est en tout cas ce que tend à démontrer une étude de la revue scientifique de référence Nature Medecine parue lundi au sujet d’une nouvelle avancée de DeepMind, filiale d’Alphabet (maison mère de Google) spécialisée dans la recherche avancée en intelligence artificielle (IA).

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L’entreprise a entraîné un logiciel bien spécifique qui, semble-t-il, permettrait d’obtenir des résultats aussi bons que de vrais docteurs (humains donc) dans certaines opérations de détection d’une cinquantaine de maladies oculaires dangereuses pour la vue, et ce, à partir d’un scan 3D de la rétine du patient, ouvrant à un champ des possibles particulièrement important.

"Les recommandations de notre logiciel ont égalé celles d’experts en médecine mondialement reconnus."
Mustafa Suleyman
cofondateur de DeepMind

"Notre système d’intelligence artificielle est capable d’interpréter ces scans, utilisés de manière courante dans le domaine clinique, avec une précision sans précédent", s’est félicité Mustafa Suleyman, cofondateur de DeepMind et directeur des projets en IA, sur le blog du projet de recherche. "Ses recommandations ont égalé celles d’experts en médecine mondialement reconnus."

Fort de ce résultat positif, DeepMind entend désormais passer à la vitesse supérieure et déployer dès 2019 des essais cliniques en ce sens, main dans la main avec ses partenaires que sont le Moorfields Eye Hospital et l’Institut d’ophtalmologie de l’University College London (UCL). Dans le cas où les tests réalisés déboucheraient sur des données probantes, la firme indique qu’elle plancherait alors sur la création d’un produit approuvé par le régulateur, qu’elle pourrait ensuite distribuer à travers le Royaume-Uni.

Une bonne nouvelle car, "sur le long terme, nous espérons que cette solution pourra aider le corps médical à rapidement prioriser quels patients ont besoin d’un traitement urgent ce qui, in fine, peut résulter sur le fait qu’ils préservent la vision ou pas".

Taux d’erreur inférieur

Dans un premier temps, si tous les feux sont au vert, un premier prototype devrait être mis gratuitement à disposition des 30 hôpitaux et cliniques de Moorfields, par lesquels passent 300.000 patients par an, pour près de 1.000 scans réalisés quotidiennement, d’après DeepMind. Une manière de constater en pratique le gain de temps qui pourrait en résulter – pour un taux d’erreur, il faut le souligner, inférieur (5,5%) à celui des docteurs (entre 6,7% et 24,1%, taux passant entre 5,5% et 13,1% dès lors que des informations contextuelles étaient apportées par les patients) ayant participé à l’étude –, permettant dès lors aux médecins de se concentrer sur d’autres tâches à plus forte valeur ajoutée.

"Les résultats de l’IA sont à vous faire tomber la mâchoire. C’en sera fini pour les patients de devoir attendre parfois plusieurs jours qu’un spécialiste voit leur dossier."
Dr. Pearse Keane
Ophtalmologue

Selon le Dr. Pearse Keane, ophtalmologue consultant auprès de Moorfields qui a corédigé l’étude parue dans Nature Medecine, "les résultats de l’IA sont à vous faire tomber la mâchoire. C’en sera fini pour les patients de devoir attendre parfois plusieurs jours qu’un spécialiste voit leur dossier", a-t-il déclaré au Financial Times.

En parallèle, l’annonce permet à DeepMind de résolument tourner une page particulièrement grise de son histoire.

L’entreprise avait en effet été inquiétée en juillet de l’année passée après avoir collecté, pendant plusieurs années, les données de 1,6 million de patients des hôpitaux londoniens du service de santé britannique (NHS), en vue de développer une application dénommée Streams. Son objectif? Eplucher les dites données en temps réel dans le but d’aider à détecter le plus rapidement possible les cas d’insuffisance rénale aiguë, pathologie évoluant rapidement et qui peut s’avérer mortelle si elle n’est pas prise en charge suffisamment tôt.

L’autorité britannique avait alors conclu que si le partage n’avait rien de grave, il n’était pas autorisé dans le cadre du développement d’une application en test.

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