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interview

"L'invasion totale de l'Ukraine est le scénario le plus probable", selon la vice-Première ministre ukrainienne

"Connaissant le régime de Poutine mieux que tout autre pays dans le monde, nous sommes prêts à l'escalade", estime la vice-Première ministre ukrainienne, Olga Stefanishyna. ©EPA

L'Echo a rencontré à Kiev la vice-Première ministre ukrainienne Olga Stefanishyna. L'Ukraine se dit prête à tous les scénarios militaires face à la Russie.

Malgré les bruits de bottes de plus en plus assourdissants à ses frontières, l'Ukraine "continue à croire en la voie diplomatique". Si le dialogue n'aboutit pas, elle se dit prête "à tous les scénarios militaires", l'invasion de tout son territoire étant "le plus clair". C'est ce que la vice-Première ministre ukrainienne Olga Stefanishyna, chargée de la relation avec l'Europe, a déclaré lors d'une interview avec L'Echo et quelques autres journaux internationaux dans un hôtel de Kiev.

Lors de la première invasion russe, en 2014, il y avait des soldats dans les rues de Kiev. Les Ukrainiens se préparaient à un siège. Aujourd'hui, on ne voit rien de tout cela. Pourquoi?

En 2014, c'était un processus chaotique. Notre armée n'était pas organisée comme aujourd'hui. Nous ne savions pas à quoi ressemblerait l'agression russe. Après l'annexion de la Crimée, nous ne savions pas qu'elle s'arrêterait dans le Donetsk et le Lougansk. Nous pensions qu'une guerre totale allait éclater. Nous devions nous préparer à protéger notre territoire, sans avoir les moyens appropriés.

"Après 8 ans de guerre contre la Russie, nous avons développé une forte résilience militaire."

Après huit ans de guerre, nous avons développé une forte résilience militaire et une capacité de protection contre les menaces hybrides. Il y a aussi une unité internationale inébranlable derrière notre intégrité territoriale, et des sanctions massives contre la Russie. Connaissant le régime de Poutine mieux que tout autre pays dans le monde, nous sommes prêts à l'escalade. Et nous sommes très reconnaissants envers l'Otan, les Européens et les États-Unis de préserver le dialogue.

L'Ukraine veut-elle toujours devenir membre de l'Otan?

L'Ukraine veut intégrer l'Otan. Ce n'est pas la décision d'un gouvernement, mais celle du peuple ukrainien, de toute une société qui a choisi il y a huit ans de faire à nouveau partie de la famille européenne. C'est important que l'Otan montre à la Russie qu'il n'y a aucune alternative à cela.

Dans moins de six mois, l'Otan tiendra un sommet à Madrid pour confirmer sa stratégie des dix prochaines années. Il est crucial, pour nous, de voir les prochaines étapes vers l'adhésion de l'Ukraine confirmées lors de ce sommet, sans quoi ce serait donner raison à la Russie. Nous ne reculerons pas.

Si l'Otan allait plus loin dans le processus d'adhésion de l'Ukraine, cela signifierait la guerre, non?

"C'est important pour l'Otan de montrer que son agenda n'est pas dicté par Poutine."

La Russie exige depuis 1997 qu'il n'y ait pas d'élargissement, et la seule réponse qu'elle ait entendue a toujours été non. Il y a quelques jours, elle s'est à nouveau lancée dans une rhétorique agressive. Et alors? Nous ne sommes pas demandeurs d'une guerre d'invasion, mais nous connaissons très bien la Russie. Ses lignes rouges sont celles de Poutine, et Poutine les place où il veut. C'est important pour l'Otan de montrer que son agenda n'est pas dicté par Poutine.

Quel type d'agression redoutez-vous de la part de la Russie?

Nous travaillons sur un certain nombre de scénario majeurs, et l'invasion totale de l'Ukraine est le plus probable.

Nous sommes prêts à tous les scénarios militaires. Mais le plus important, pour l'instant, c'est l'escalade en cours, car elle affecte fortement l'économie ukrainienne et cela requiert des investissements financiers massifs pour s'assurer que le secteur bancaire reste stable. Les investissements hebdomadaires dans notre système bancaire sont aussi importants que toute l'assistance militaire octroyée par les États-Unis à l'Ukraine.

Londres et Washington accusent le Kremlin de préparer l'installation d'un gouvernement "pro-russe" à Kiev. Vous confirmez ces manœuvres?

"Poutine a beaucoup d'alliés ici, des oligarques, qui soutiennent le terrorisme en Ukraine."

La Russie a une longue tradition d'implication dans les élections ukrainiennes, avec des soutiens physiques à des politiciens. Nous le signalons depuis longtemps au G7 et à l'Otan. Dans un article récent, le président russe a dit qu'il ne dialoguerait pas avec ce gouvernement et qu'il attendrait le prochain. Poutine a beaucoup d'alliés ici, des oligarques, qui soutiennent le terrorisme en Ukraine.

La guerre qui a lieu aujourd'hui en Ukraine est un test pour les démocraties. Si vous voulez que la stabilité en Europe soit préservée, il faut que nous prenions les choses en mains ensemble, sans compter uniquement sur les politiciens ukrainiens.

Vous sortez d'une réunion du Conseil de sécurité ukrainien. Vous avez pris des décisions importantes?

Nous avons pris une série de décisions, mais elles sont classifiées et je ne peux entrer dans les détails. Nous continuons à croire en la voie diplomatique, mais nous préparons aussi des plans d'urgence pour garantir la résilience de l'Ukraine. Des scénarios militaires de protection des infrastructures critiques et de nos frontières.

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  • "Nous sommes prêts à tous les scénarios militaires."
  • "Le plus important, pour l'instant, c'est l'escalade en cours sans engagement militaire, car elle affecte fortement l'économie ukrainienne et cela requiert des investissements financiers massifs pour s'assurer que le secteur bancaire reste stable."
  • "La guerre qui a lieu aujourd'hui en Ukraine est un test pour les démocraties."
  • "Nous continuons à croire en la voie diplomatique, mais nous préparons aussi des plans d'urgence."

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