L'opposant russe Alexeï Navalny finalement transféré à l'hôpital

L'état de santé d'Alexeï Navalny est source de vives tensions russo-occidentales. ©AFP

La Russie a annoncé lundi avoir transféré dans une unité carcérale médicale l'opposant, en grève de la faim, Alexeï Navalny, tout en affirmant que son état est "satisfaisant".

Après des demandes répétées de la part des dirigeants occidentaux, le militant anticorruption Alexeï Navalny a finalement été transféré dans une unité carcérale médicale située dans la même région que le camp où il est emprisonné depuis début mars, a indiqué Moscou ce mardi.

"L'état de santé d'Alexeï Navalny est jugé satisfaisant", ont assuré les services pénitentiaires, ajoutant qu'il avait accepté de prendre "une thérapie vitaminée". Pendant le week-end passé, ses proches avaient affirmé qu'au vu de ses analyses médicales, il risquait un arrêt cardiaque.

La Maison-Blanche a prévenu qu'il y aurait des "conséquences" pour la Russie "si Navalny meurt".

Alexeï Navalny a arrêté de s'alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, accusant notamment l'administration pénitentiaire de lui refuser la visite d'un médecin alors qu'il souffre d'une double hernie discale, selon ses avocats. L'opposant russe avait également affirmé être victime de "torture par privation de sommeil", assurant être réveillé "huit fois par nuit" lors de contrôles de ses geôliers.

Menaces de Joe Biden

L'état de santé de l'opposant est source de vive préoccupation pour les dirigeants occidentaux. La France s'était dite "extrêmement préoccupée", évoquant la "responsabilité majeure" du président Vladimir Poutine. Le chef de la diplomatie allemande avait également demandé pour sa part de manière "urgente" aux autorités russes de fournir un "traitement médical adéquat" à l'opposant. Une demande également reléguée par le Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères. "Nous tenons les autorités russes pour responsables de l'état de santé de M. Navalny", a souligné Josep Borrell.

Les partisans de l'opposant ont appelé à des manifestations dans toute la Russie ce mercredi 21 avril, jour de l'adresse annuelle au Parlement de Vladimir Poutine.

Pour leur part, les États-Unis ont prévenu qu'il y aurait des "conséquences" pour la Russie "si Navalny meurt". "Quant aux mesures spécifiques que nous prendrions, nous étudions différents types de coûts que nous imposerions, et je ne vais pas les révéler publiquement à ce stade mais nous avons indiqué qu'il y aura des conséquences si M. Navalny meurt", a déclaré Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale. L'ambassadeur américain en Russie retournera par ailleurs aux États-Unis "cette semaine" pour des "consultations", a annoncé l'ambassade ce mardi.

La Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) est entrée dans la danse, transmettant lundi des questions à la Russie sur ses conditions de détention, s'inquiétant notamment de savoir si celles-ci étaient "compatibles avec son droit à la vie". Plus de 70 personnalités dont les acteurs Jude Law, Vanessa Redgrave et Benedict Cumberbatch ont par ailleurs appelé à fournir à Alexeï Navalny les soins nécessaires.

Le Kremlin rejette les critiques

Dans la matinée, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a jugé, pour sa part, que les critiques occidentales sur le traitement de l'opposant "ne pouvaient être acceptées". L'ambassadeur russe à Londres, Andreï Kéline, avait affirmé dimanche que Moscou ne le laisserait pas "mourir en prison", tout en accusant l'opposant de "vouloir attirer l'attention".

Les partisans de l'opposant âgé de 44 ans, qui a survécu de justesse à un empoisonnement ordonné selon lui par le Kremlin, ont appelé à des manifestations dans toute la Russie ce mercredi 21 avril, jour de l'adresse annuelle au Parlement de Vladimir Poutine. Le ministère de l'Intérieur a prévenu qu'il ne permettrait aucune "déstabilisation" et qu'il prendrait "toutes les mesures qui s'imposent". Le parquet veut également faire interdire le mouvement de Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), pour "extrémisme".

Déploiement massif à la frontière ukrainienne

Le sort d'Alexeï Navalny était par ailleurs au programme, lundi, d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, consacrée plus largement aux rapports avec la Russie, avec notamment le déploiement de troupes russes aux abords de l'Ukraine et les expulsions croisées de dizaines de diplomates russes et tchèques.

"Un conflit reste une possibilité avec un tel déploiement de troupes. Le danger d'un conflit par accident ne peut être écarté."
Haut responsable européen

Ce déploiement aux frontières ukrainiennes est "le plus massif jamais enregistré", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, évoquant 100.000 militaires.

Un porte-parole du Pentagone, John Kirby, s'est quant à lui refusé à avancer un chiffre mais a estimé que "c'est certainement plus que le dernier (déploiement) en 2014", lorsque la Russie avait annexé la Crimée. Il l'a jugé "très préoccupant". "Un conflit reste une possibilité avec un tel déploiement de troupes. Le danger d'un conflit par accident ne peut être écarté", a confié un haut responsable européen à Bruxelles, où ce dossier inquiète.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé à l'Otan et à l'UE d'accélérer le processus d'adhésion de son pays pour envoyer au Kremlin "un vrai signal", mais cela lui a été refusé. "Personne ne veut donner un prétexte à la Russie. L'Otan comme l'UE soutiennent les aspirations de l'Ukraine, mais sans enclencher le processus d'adhésion", ont expliqué plusieurs diplomates des deux organisations.

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