L'Otan en sommet à Londres sur fond de tensions et d'insultes

Recep Tayyip Erdogan. ©REUTERS

L’Otan, réuni ces mardi et mercredi à Londres, devrait lancer un message d’unité pour ses 70 ans. Mais une vive querelle oppose le Président turc Recep Tayyip Erdogan au français Emmanuel Macron depuis l’attaque menée par la Turquie dans le nord de la Syrie contre les Kurdes.

C’est un écrin de verdure en banlieue londonienne abritant une splendide demeure gothique, l’hôtel de Grove, un terrain de golf pour plaire à Donald Trump et une végétation assurant toute discrétion. C’est là que le Premier ministre britannique Boris Johnson a convié les dirigeants des pays alliés de l’Otan pour un sommet marquant les 70 ans de l’Alliance atlantique. La Macédoine du Nord, qui rejoint l’alliance en janvier, sera de la partie.

La Belgique sera représentée par la Première ministre belge Sophie Wilmès, qui se rend sur place en Eurostar.

Les rencontres débuteront mardi par une réception donnée par la Reine Élizabeth II à Buckingham Palace. Les 30 chefs d’État ou de gouvernement seront ensuite reçus au "10 Downing Street" par Boris Johnson. Joli strapontin pour un leader en pleine campagne électorale.

Tensions entre Paris, Ankara et Washington

"Je m’adresse depuis la Turquie au Président français Emmanuel Macron, et je le redirai à l’Otan. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale."
Recep tayyip erdogan
président de la turquie

Les Alliés entreront dans le vif du sujet mercredi lors d’une courte réunion de quatre heures. Le sujet principal portera sur les déclarations du Président français Emmanuel Macron, pour qui l’Otan serait "en état de mort cérébrale." La France ne digère pas l’opération menée par la Turquie dans le nord de la Syrie contre les Kurdes, couverte par la Maison Blanche. Cette attaque avait profité en premier lieu à Moscou, dont l’armée patrouille désormais dans la région à la place des forces américaines.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a jeté de l’huile sur le feu vendredi dernier. "Je m’adresse depuis la Turquie au Président français Emmanuel Macron, et je le redirai à l’Otan. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale", a-t-il lancé. "Ce ne sont pas des déclarations, ce sont des insultes", a répliqué l’Élysée.

La Turquie, dont l’armée est la deuxième de l’Otan après celle des états-Unis, est un allié important. Elle abrite, entre autres, une cinquantaine de bombes nucléaires américaines. Or, ces derniers temps elle se rapproche de Moscou par une gestion commune du problème syrien et l’achat de missiles et d’avions de combat russes. Un comportement ambigu dont Washington ne semble se soucier.

Questions d’argent

Les Alliés aborderont ensuite la question des dépenses militaires par pays, le sujet fétiche de Donald Trump qui juge que les Européens n’en font pas assez.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a pris les devants en annonçant que la majorité des pays membres "ont établi des plans en vue de parvenir à ces 2% du PIB d’ici à 2024". La Belgique, dont les dépenses militaires de 0,93% du PIB en 2019, se trouve à l’avant-dernière position dans le classement.

Cette année, les Vingt-Neuf ont accru leurs dépenses militaires de 130 milliards de dollars. Cette hausse devrait atteindre 400 milliards en 2024, ce qui est trois fois plus qu’en 2014. Par ailleurs, l’Allemagne devrait annoncer que sa part dans le budget de fonctionnement de l’Otan – concernant des dépenses au QG de Bruxelles – atteindra le même niveau que celui des états-Unis, soit 16%, en 2019. Quant à Washington, sa quote-part a reculé de 22% au même niveau que Berlin.

Les Vingt-Neuf discuteront aussi de la Russie, avec ce double langage considérant Moscou comme un partenaire mais aussi un ennemi potentiel menant une guerre hybride contre l’Otan.

La Chine, puissance militaire montante, fera partie des discussions, à la demande du Président des états-Unis en pleine guerre commerciale avec Pékin. Il sera question du réseau 5G d’Huawei et des accusations d’espionnage lancées par Donald Trump. Le Président, sous le coup d’une procédure en "impeachment", jamais avare de contre-feu, pourrait réserver l’une ou l’autre surprise.

La déclaration finale du sommet, dont il existe à cette heure huit versions différentes, devrait faire état de "l’unité des Alliés" et du fait que "l’Otan assure la sécurité depuis 70 ans".

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