L'urgence de rapatrier les "enfants de Daech"

Tout en étant victimes de Daech, les enfants qui ont plus de neuf ans, et ont donc potentiellement pris part active aux atrocités, représentent une "menace directe". Les enfants de quatre à neuf ans "ont souffert d’endoctrinement, mais n’ont probablement pas pris part aux atrocités"; la menace qu’ils pourraient représenter est "indirecte". ©EPA

Le patron du réseau européen d’experts sur la radicalisation, Omar Ramadan, presse les États européens à organiser le retour des enfants de djihadistes sous leur responsabilité. La Belgique en compte au moins 114, dont les trois quarts ont moins de six ans et ne représentent donc pas une menace directe. Mais plus on attend, plus leur réintégration dans la société sera difficile et périlleuse.

Ils n’ont pas choisi de faire partie de Daech: ils sont nés dans l’État islamique ou ont quitté l’Europe quand ils étaient trop jeunes pour être responsables. Mais ils ont été moulés par la guerre et le canevas médiéval de l’État islamique, et peut-être ont-ils participé à des atrocités selon les normes du califat, à neuf ans un garçon est mûr pour le camp d’entraînement, et une fille pour le mariage. Alors que l’organisation islamiste s’effondre, les enfants qu’elle a engendrés sont pour la plupart enfermés dans des camps, baignés dans un environnement radicalisé, et parmi eux nombreux sont ceux qui ont de facto la citoyenneté d’un État européen. On parle d’environ quatre cents Français, une centaine de Belges, quatre-vingts Néerlandais… Qu’en faire?

"Ils ne peuvent être rendus comptables des crimes de leurs parents", souligne Omar Ramadan, qui dirige le réseau d’experts européen Radicalisation Awareness Network. Il intervenait mercredi dans un séminaire organisé par les eurodéputés libéraux (ALDE). Mais en même temps, l’Europe ne peut se permettre de sous-estimer le danger qu’ils peuvent représenter – Daech compte plus sur cette jeunesse radicalisée que sur ses propres combattants, selon un autre intervenant, le chef des renseignements néerlandais, Robbert A.C. Bertholee.

Omar Ramadan distingue trois groupes d’enfants du califat. Tout en étant victimes de Daech, ceux qui ont plus de neuf ans, et ont donc potentiellement pris part active aux atrocités, représentent une "menace directe". Les enfants de quatre à neuf ans "ont souffert d’endoctrinement, mais n’ont probablement pas pris part aux atrocités"; la menace qu’ils pourraient représenter est "indirecte". Les bambins de moins de quatre ans sont assurément moins marqués par l’endoctrinement.

Trois quarts de bambins

La bonne nouvelle est que l’écrasante majorité des enfants de Daech susceptibles de revenir en Europe ont moins de neuf ans. Sur les 114 enfants belges du califat, 75% ont moins de six ans, indique Paul Van Tigchelt, directeur de l’Ocam, l’organisme belge d’évaluation de la menace. "Seuls quelques cas de jeunes de plus de dix ans ont reçu un entraînement militaire", précise-t-il.

"Seuls quelques jeunes belges de plus de dix ans ont reçu un entraînement militaire."
Paul Van Tigchelt
Directeur de l’OCAM

Reste que plus longtemps les enfants qui ont de facto la citoyenneté européenne resteront dans leur environnement radicalisé, plus leur réintégration dans les sociétés européennes sera difficile voire dangereuse, souligne Omar Ramadan. Or, à moins de convaincre les États que Daech a contribué à dévaster de les naturaliser, ce retour est inéluctable. Il y a urgence, souligne Omar Ramadan: "Il est préférable d’organiser la resocialisation de ces enfants le plus tôt possible si l’on veut éviter un risque à plus long terme", souligne l’expert.

L’an dernier, huit enfants de Daech sont revenus en Belgique, tous étaient très jeunes et deux d’entre eux étaient nés dans un camp en Turquie quelques semaines avant de prendre l’avion pour la Belgique.

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