"La Birmanie est proche de la guerre civile"

Des manifestants à Rangoon le 5 avril dernier. Ils tiennent les photos de victimes abattues par l'armée birmane. ©EPA

Protégée par la Chine, la junte birmane ne vacille pas, tandis que l’opposition s’arme et qu’un gouvernement en exil s’organise. Un expatrié européen témoigne.

Deux mois après le coup d'État militaire, c'est le bain de sang en Birmanie. Les manifestations de l'opposition ont entraîné la mort d'au moins 543 civils abattus par les forces de l'ordre, dont une cinquantaine de jeunes et d'enfants. La plupart des victimes ont été tuées chez elles. Plus de 2.700 personnes ont été arrêtées. Beaucoup ont disparu.

543
civils
Au moins 543 civils, dont une cinquantaine de mineurs, ont été abattus par les forces de l'ordre birmanes depuis le coup d'État.

Les Birmans sont abandonnés à leur sort par la communauté internationale, dont les réactions se limitent à des protestations ou à des menaces de sanctions laissant indifférente la junte militaire. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont évoqué la prise de sanctions internationales au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais la Chine et la Russie, proches de l'armée birmane, s'y opposent.

Les étrangers s'en vont...

"La situation se dégrade à une vitesse extrême. La Birmanie est proche de la guerre civile", dit un investisseur européen basé à Rangoon. "Le pays se vide de ses étrangers. Les Français ont quitté le pays le 2 avril."

"La présence d'Occidentaux devant ces exactions quotidiennes devient encombrante."
Un investisseur européen

Dans les rues, des files de centaines de mètres s'allongent devant les ATM. "Il faut parfois une journée pour effectuer un retrait. Le système bancaire est paralysé." Les entreprises tournent au ralenti. L'économie birmane est sonnée.

Les scènes de violence se multiplient aux quatre coins du pays. "La présence d'Occidentaux devant ces exactions quotidiennes devient encombrante", poursuit cette source.

... l'opposition s'arme

Alors que les Birmans sont entre 80% et 90% à désapprouver la prise de pouvoir des militaires, les armes commencent à circuler au sein du mouvement d'opposition. De plus en plus de dissidents se réfugient auprès des milices ethniques basées dans les terres reculées.

"Les opposants forment un gouvernement en exil, qui devrait être installé à New York et avoir plusieurs antennes en Europe."
Un investisseur européen

Un tiers de la population birmane est composé de sept grands groupes ethniques en lutte contre le pouvoir central depuis des décennies (Shans, Môns, Karens, Karennis, Chins, Kachins et Arkanais). Le vieux rêve de réunir ces forces contre la puissante armée birmane est cependant loin de se réaliser, ces groupes étant divisés par les trafics de drogues et des luttes intestines.

Un gouvernement en exil

Un gouvernement en exil est en train de se structurer. "Les opposants forment un gouvernement en exil, qui devrait être installé à New York et avoir plusieurs antennes en Europe", dit l'investisseur européen. La coordination de l'opposition est compliquée en raison de la mise au secret d'Aung San Suu Kyi, l'ancienne dirigeante du pays. La "lady", prix Nobel de la paix, est accusée, entre autres, de corruption et d'avoir incité "aux troubles publics".

Les militaires appuient leur coup d'État sur la Constitution, qui leur permet de reporter les élections en cas de fraude. La Ligue nationale pour la démocratie a triomphé aux élections de novembre. L'armée, grande perdante, a décrété l'état d'urgence le 1er février, arguant de fraudes multiples.

"La Chine veut construire une base militaire dans cette zone pour y installer des sous-marins et une flotte de guerre."
Un entrepreneur européen

Les objectifs chinois

L'armée birmane peut compter sur l'appui de la Chine, qui paralyse toute réaction internationale et la fournit en équipements militaires. La grande puissance voisine entretient depuis toujours des liens très étroits avec les généraux.

Pékin poursuit trois grands objectifs. Accéder aux minerais rares, dont regorge le sol birman, nécessaires à son industrie électronique. Se ménager un accès à l'océan Indien pour son gazoduc reliant la province du Yunnan au Golfe du Bengale. L'empire du Milieu a également des ambitions militaires. "La Chine veut construire une base militaire dans cette zone pour y installer des sous-marins et une flotte de guerre", indique l'entrepreneur européen.

Le résumé

  • Au moins 543 civils ont été abattus par les forces de l'ordre birmanes depuis le coup d'État.
  • La Birmanie, de plus en plus isolée, est proche de la guerre civile. Le pays se vide de ses étrangers.
  • Un gouvernement en exil se structure et prépare des représentations en Europe.
  • La Chine soutient l'armée birmane pour assurer un approvisionnement en minerais rares, relier un gazoduc à l'océan Indien et construire une base militaire navale.

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