La COP25 adopte un accord a minima, loin de l'urgence climatique

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La conférence des Nations Unies pour le climat a accouché d’une souris. L'accord obtenu ne débouche sur aucune avancée globale significative.

Un accord peu ambitieux a finalement été adopté dimanche, en séance publique, à la COP25 à Madrid. Les près de 200 Etats représentés ont cependant échoué à avancer quant aux règles de mise en œuvre de l'article 6 de l'accord de Paris sur les mécanismes de marché de crédit carbone. Ces négociations sont donc reportées à la COP26, l'an prochain à Glasgow.

Aussi techniques qu'elles soient, ces modalités de mise en œuvre sont essentielles car des marchés reposant sur des règles trop floues ou trop laxistes pourraient saper l'ensemble de l'accord de Paris, dont l'objectif est de contenir la hausse du mercure bien en-deça de 2 degrés et si possible à 1,5 degré.

Malgré deux nuits consécutives de négociations intenses, il s'est avéré impossible de dégager une position acceptable par tout le monde, comme ce fut déjà le cas l'an passé à Katowice. La COP25, qui avait débuté le 2 décembre et devait se terminer vendredi, a d'ailleurs battu des records de durée. Elle évite finalement le naufrage de justesse.

Schématiquement, les mécanismes de marché permettent notamment à un pays A d'acheter des crédits carbone découlant d'un projet de réduction d'émissions de CO2 dans un pays B et de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs climatiques. Les États les plus soucieux de l'intégrité de l'accord de Paris et l'Union européenne entendaient mettre en place une architecture solide qui permette d'éviter les doubles comptages (qui verraient à la fois le pays A et le pays B comptabiliser les crédits carbone liés au même projet, ce que défend presque seul contre tous le Brésil) et contribue in fine à augmenter les efforts, tout en réduisant leurs coûts, de réduction des émissions de CO2.

Réactions

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "déçu" dimanche par la COP 25, regrettant "une importante occasion ratée". "La communauté internationale a perdu une occasion importante de faire preuve d'une ambition plus grande, en matière d'atténuation, d'adaptation et de financement face à la crise climatique", a-t-il déploré. "Nous ne devons pas abandonner", a-t-il ajouté.

De son côté, le ministre bruxellois de l'Environnement Alain Maron (Ecolo) reconnaît que l'atterrissage de la COP25 a été "difficile". Il se réjouit néanmoins de l'adoption de la décision qui prévoit de rehausser le niveau d'ambition des Etats face à l'urgence climatique en vue de la COP26, a-t-il indiqué via Twitter.

M. Maron, dernier ministre belge présent dans la capitale espagnole samedi, se réjouit également du renvoi des négociations sur les marchés de carbone à la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat. "Cela répond à l'appel des pays ambitieux, dont la Belgique, pour l'adoption de règles communes qui empêchent de 'trouer' ou pervertir l'accord de Paris (...) Pas d'accord plutôt qu'un mauvais accord était la position de l'UE", rappelle-t-il.

Son homologue wallon Philippe Henry admet lui qu'on a "craint le pire" à Madrid. Il retient également la demande de rehausse du niveau d'ambition. "Nous y travaillerons tout 2020. Glasgow doit être l'étape 2 de Paris et non le recul ! Nous y arriverons. C'est long, c'est lent mais c'est obligatoire", a-t-il indiqué, aussi via Twitter.

"La COP25 fut certes difficile, et le chemin vers l'accord de Paris est encore compliqué, mais nous redoublerons d'efforts au niveau belge pour aboutir à un Plan national Energie et Climat (Pnec) à la hauteur de nos ambitions", a réagi la ministre fédérale de l'Environnement, de l'Energie et du Développement durable, Marie Christine Marghem. Un comité de concertation, prévu ce 18 décembre, doit en principe approuver le Pnec belge, attendu par la Commission européenne pour le 31 décembre au plus tard.

... de la Coaltion Climat

"Le décalage n'aura jamais été aussi grand entre la lenteur et le manque d'ambition dans l'enceinte des négociations à la Cop25 de Madrid d'une part, et la pression de la rue pour plus de justice climatique, combinée avec l'appel des scientifiques, d'autre part", déplore dimanche la Coalition Climat.

"Les demandes des pays en développement n'ont pas été entendues, se désolent les organisations de la coalition. Les événements climatiques extrêmes ont des conséquences désastreuses pour des millions de personnes. Les pays du Sud ne peuvent supporter seuls le fardeau de l'urgence climatique, dont ils sont très peu responsables. La question du financement est cruciale."

"Le report des négociations sur les marchés internationaux du carbone à la prochaine conférence de l'ONU sur le climat, en décembre 2020 à Glasgow, constitue "la décision la plus sensée au regard de la comptabilité carbone créative et surprenante proposée par un certain nombre de pays", réagit la coalition.

"Elle souligne que les options avancées à Madrid menaçaient de permettre aux "parties d'être en ligne avec l'Accord de Paris sur papier, sans pour autant réduire les émissions dans les faits et sans assurer suffisamment de garanties pour les droits humains". Ces marchés ne sont par ailleurs "pas nécessaires pour déjà mettre en oeuvre les engagements de l'Accord de Paris et réduire sans délai les émissions dans chaque pays", rappellent les organisations.

"La décennie qui s'ouvre en 2020 sera cruciale, souligne-t-on. "La Belgique doit rejoindre le clan des Etats les plus ambitieux et plaider pour relever l'objectif européen à l'horizon 2030", conclut la Coalition.

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