La COP25, un défi logistique et un coup de pub pour Madrid

©AFP

L’Espagne a voulu frapper un grand coup en remplaçant au pied levé le Chili pour accueillir la COP25, la conférence des Nations unies sur le climat. Mais Madrid n’est pas un élève particulièrement brillant en matière de lutte contre les changements climatiques.

Des coups de marteau résonnent dans les hangars de l’Ifema, le palais des congrès de Madrid où se tiendra à partir de lundi, et ce pendant deux semaines, la COP25, la 25e édition du grand sommet sur le climat lancé par l’ONU en 1995. Les équipes techniques travaillent nuit et jour pour que tout soit prêt pour accueillir les 25.000 participants de cette grand-messe contre le réchauffement global qui aurait dû avoir lieu au Chili.

"Nous avons fait en un mois ce qui d’habitude demande un an de préparation."
Teresa Ribera
Ministre espagnole de la Transition écologique

"Nous avons fait en un mois ce qui d’habitude demande un an de préparation", a expliqué Teresa Ribera, la ministre espagnole de la Transition écologique, lors d’une rencontre avec la presse étrangère. Grâce à "l’implication personnelle" de tous ceux qui ont participé à cette gigantesque opération, "nous avons relevé le défi", a-t-elle souligné.

Sommet à 60 millions

Ce n’est que le 1er novembre que la COP a été transférée en urgence à Madrid, après que le Chili ait annoncé qu’il renonçait à l’accueillir en raison d’un mouvement social sans précédent.

Sous pression, le gouvernement espagnol a débloqué des fonds en urgence pour couvrir le coût du sommet, évalué à 60 millions d’euros. Il sera en partie financé par des grandes entreprises telles qu’Endesa, l’un des principaux opérateurs électriques espagnols.

La COP25 est un sommet de transition avant celui qui se tiendra à Glasgow en 2020.

La COP25 est un sommet de transition avant celui qui se tiendra à Glasgow en 2020. Il s’agit donc d’étayer les conclusions des réunions précédentes afin de fixer les grands objectifs des prochaines décennies, notamment les mesures qui devraient limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C, ambition déjà annoncée à Paris en 2015.

Pour la ministre Ribera, le but de la conférence, qui reste sous la présidence chilienne, est "d’insuffler un nouvel élan au multilatéralisme constructif et à l’activisme militant car nous devons faire beaucoup plus en moins de temps" pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

En accueillant au pied levé la COP25, le Premier ministre Pedro Sanchez espère booster son image. En fonction depuis presque un an, le responsable socialiste cherche des partenaires pour former un gouvernement et éviter de troisièmes élections. C’est lui qui présidera, lundi, le premier jour du sommet. Dimanche, il accueillera le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, venu inaugurer l’initiative climatique.

200
millions
Le gouvernement espagnol estime à 200 millions d’euros les retombées économiques de l’événement sur la ville.

La municipalité de Madrid a également mis les bouchées doubles afin de profiter de cet énorme coup de pub. Le gouvernement espagnol estime à 200 millions d’euros les retombées économiques de l’événement sur la ville.

Des pancartes annoncent à chaque coin de rue qu’elle va devenir une "capitale verte", ce qui a créé la polémique. En effet, cette appellation est en principe réservée aux villes que la Commission Européenne récompense chaque année pour avoir le plus agi en faveur de l’environnement.

"Madrid Central"

Ce n’est pas le cas de Madrid. Depuis son arrivée en mai dernier, le nouveau maire conservateur, José Luis Martinez-Almeida, a essayé de revenir sur les initiatives écologiques lancées par sa prédecesseure de la gauche alternative, Manuela Carmena. Il a ainsi tenté de supprimer "Madrid Central", une mesure qui limite l’accès des véhicules polluants au centre-ville. Un juge l’en a empêché cet été. Le maire veut maintenant limiter les pistes cyclables.

Madrid s’attend aussi à des embouteillages monstres. Une grande manifestation convoquée par les organisations écologistes aura lieu le 6 décembre sur la Castellana, l’axe nord-sud qui divise la ville en deux. On y attend la présence de la jeune militante Greta Thunberg, qui a traversé l’Atlantique en catamaran et devrait arriver à Lisbonne dans les prochains jours.

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