La crise politique s'envenime en Géorgie avec l'arrestation d'un chef de l'opposition

Des partisans de l'opposition manifestant à Tbilisi ce mardi. ©AFP

L'arrestation musclée d'une figure politique de premier plan en Géorgie risque d'y aggraver la crise politique. L'opposition a appelé à manifester.

Nika Melia, chef du principal parti d'opposition géorgien, le Mouvement national uni (MNU), a été extirpé des locaux de sa formation politique, à Tbilissi, pour être placé en détention provisoire ce mardi matin. Des centaines de policiers anti-émeute ont utilisé des gaz lacrymogènes contre ses partisans et des dirigeants de tous les partis d'opposition qui campaient devant le bâtiment depuis près d'une semaine.

Nika Melia, le chef du Mouvement national uni, a été arrêté ce mardi. ©AFP

Des dizaines de partisans de l'opposition ont également été interpellés lors de cette opération dénoncée immédiatement par les alliés américain et britannique de la Géorgie. Le ministère géorgien de l'Intérieur a rétorqué que la police avait fait "un usage de la force proportionné et utilisé des moyens spéciaux" lors de cette opération.

Le chef du parti d'opposition Lelo, Mamouka Khazaradzé, a appelé à "un combat pacifique et inlassable pour défendre la démocratie géorgienne." "La libération des prisonniers politiques et des élections parlementaires anticipées représentent la seule issue possible à la crise", a-t-il affirmé, devant la presse. Au nom des partis d'opposition, il a appelé à manifester devant le siège du gouvernement.

Des accusations concernant des "violences de masse"

L'opération policière intervient après la démission, jeudi, du Premier ministre, Giorgi Gakharia, qui a cité un désaccord au sein du parti au pouvoir, le Rêve géorgien, sur l'application de la décision judiciaire visant à placer Nika Melia en détention.

Lundi, le Parlement a confirmé la nomination au poste de Premier ministre du ministre de la Défense, Irakli Garibachvili. Ce dernier a alors immédiatement indiqué que le gouvernement allait arrêter Nika Melia. Ce dernier est accusé d'avoir organisé des "violences de masse" lors de manifestations d'envergure en 2019, des accusations qu'il rejette et qualifie de politiquement motivée. Il encourt neuf ans de prison.

La police géorgienne arrêtant des partisans de l'opposition à Tbilisi. ©REUTERS

Dans un communiqué, l'ambassade américaine s'est déclarée "profondément préoccupée" par l'arrestation de Nika Melia. "La force et l'agressivité ne sont pas la solution pour résoudre les différends politiques en Géorgie. Aujourd'hui, le pays a reculé sur le chemin qui doit l'amener à devenir une démocratie plus forte dans la famille des nations euro-atlantiques", a ajouté l'ambassade. Sur Twitter, l'ambassadeur britannique Mark Clayton a dit être "choqué par les scènes au siège du MNU ce matin".

Vers une médiation de l'Occident?

L'arrestation de Nika Melia, 41 ans, pourrait encore fragiliser la démocratie en Géorgie, confrontée à une crise politique latente depuis les élections législatives d'octobre. Les partis d'opposition avaient affirmé alors que ce scrutin avait été truqué après que le Rêve géorgien, la formation au pouvoir, avait revendiqué une courte victoire.

"Sans une médiation plus grande de l'Occident, la situation pourrait devenir très dangereuse."
Matthew Bryza
Ancien diplomate des États-Unis

Le nouveau Premier ministre, Irakli Garibachvili, est considéré comme un fidèle de Bidzina Ivanichvili. Fondateur du parti Rêve géorgien et homme le plus riche du pays, ce dernier est suspecté de contrôler le pouvoir en sous-main.

Pour l'expert Matthew Bryza, du cercle de réflexion américain Atlantic Council, la Géorgie est arrivée à un point où "les partis d'opposition disent ne plus pouvoir siéger au Parlement car le système démocratique géorgien est brisé". "Sans une médiation plus grande de l'Occident, la situation pourrait devenir très dangereuse", ajoute cet ancien diplomate.

La semaine dernière, les États-Unis et l'Union européenne avaient exprimé leur inquiétude face aux menaces d'arrestation de Nika Melia, appelant le gouvernement géorgien à résoudre la crise de manière pacifique. Au pouvoir depuis 2012, le parti Rêve géorgien a vu sa popularité décliner sur fond de stagnation économique et d'accusations d'atteinte aux principes démocratiques dans cette ex-république soviétique.

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