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La guerre du Champagne fait mousser Paris et Moscou

©REUTERS

La France annonce qu'elle veut négocier avec le Kremlin après l'adoption d'une loi réservant aux producteurs russes l'utilisation exclusive de l'appellation "Champagne".

Dom Pérignon, le moine bénédictin inventeur de la méthode champenoise, a dû se retourner plus d'une fois dans sa tombe ces derniers jours. Le président russe Vladimir Poutine a validé le 2 juillet un amendement à la loi sur les boissons alcoolisées qui a ébranlé la Champagne jusqu'à ses tréfonds, et les amateurs de ce vin effervescent protégé par une AOC. D'après ce texte, seuls les producteurs russes ont désormais le droit d'inscrire le mot "shampanskaya" (Champagne) sur la contre-étiquette d'une bouteille de vin à bulles, tandis que les producteurs français de Champagne devront inscrire "vin mousseux".

Cette législation a fait bondir le producteur français de Champagne Moët-Hennessy (LVMH), qui a menacé de suspendre ses exportations vers la Russie avant de se raviser face au risque de perdre le marché.

La France veut négocier

Vendredi, le ministre français du Commerce extérieur Franck Riester a annoncé que l'affaire devrait être réglée par une négociation avec la Russie.

Cette loi russe contredit la spécificité d'un vin dont la fabrication est un art séculaire.

Selon lui, d'autres boissons pourraient être concernées, comme le Cognac. Nul doute que cette négociation sera suivie de près par la Chine, un autre grand producteur de vins pétillants imitant le Champagne.

On peut comprendre le levée de bouclier des producteurs champenois. C'est un peu comme si la France interdisait aux producteurs russes de Vodka d'utiliser cette appellation sur le marché français, en la remplaçant par "alcool de pommes de terre".

Un produit noble

Cette loi russe contredit la spécificité d'un vin français dont la fabrication est un art séculaire. Un nectar, dont le goût est lié aux spécificités d'un sol, d'un climat et à l'expertise de ses producteurs.

Sans nier la qualité des vins mousseux russes, la pratique s'apparente au siphonnage d'un des produits les plus nobles de la viticulture française, dont le processus de fabrication lui assure une protection internationale et la classification au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

Lorsqu'on sait que le marché mondial du Champagne représente près de 5 milliards d'euros, on comprend l'intérêt de vendre une boisson qui en porte le nom, sans en avoir le goût.

Faut-il y voir un coup de pouce de Poutine, grand amateur de Champagne, à son ami Iouri Kovaltchouk, un milliardaire producteur d'un vin mousseux criméen dont il arrose le pays? Une mesure de rétorsion patriotique face aux sanctions décidées contre la Russie après l'annexion de la Crimée?

Ce n'est pas la première fois que l'appellation est galvaudée en Russie. En 1930, Staline offrit aux Russes un "Champagne soviétique", en réalité un mousseux de catégorie moyenne.

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