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La météo de Davos annonce une autre tempête

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Le Forum de Davos sera marqué cette année par les absences de Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron, retenus par leurs problèmes domestiques.

Le coup d’envoi de l’édition 2019 du Forum économique mondial de Davos est donné ce mardi. Des dizaines de chefs d’État et de gouvernement, plusieurs lauréats de Prix Nobel, la fine fleur de Wall Street et plus de 1.000 CEO de multinationales se rendront à cet événement devenu au fil des ans une des plus importantes rencontres de l’élite mondiale.

Mais c’est précisément la présence de si nombreuses personnalités qui fait de Davos le baromètre idéal pour mesurer la façon dont le monde des affaires et les leaders mondiaux voient les choses. Dans les années qui ont suivi la crise financière, leurs doutes à propos de la fragilité du système économique étaient clairement perceptibles dans les débats, pour ensuite à nouveau s’évaporer. Ces dernières années, la température à Davos indiquait plutôt un désamour envers l’élite mondiale, dont Davos est en quelque sorte le sanctuaire.

L’an dernier, le clash entre les deux visions du monde se lisait clairement dans les discours. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron avaient plaidé pour la construction de ponts entre les pays, au lieu des murs préconisés par Trump. Le vendredi, dans son allocution, le président américain avait contre-attaqué, indiquant clairement au monde des affaires que si sa devise était en effet "America First", ce slogan ne devait pas être confondu avec "America Alone". Son discours avait reçu très peu d’applaudissements de la part d’un public nombreux, venu davantage par curiosité. Seuls les ministres de la délégation américaine l’avaient gratifié d’une "standing ovation".

Mais cette année, la météo de Davos annonce une autre tempête. Alors que l’an dernier, les principaux leaders mondiaux avaient profité du Forum de Davos pour mener une bataille d’idées sur la mondialisation, il est frappant de constater qu’aujourd’hui bon nombre d’entre eux ont décidé de rester dans leur pays pour apaiser les tensions autour de ce thème.

©Bloomberg

Shutdown, Brexit et gilets jaunes

Le président américain Donald Trump a annulé son voyage parce qu’il n’a pas encore réussi à mettre fin au "shutdown" provoqué par le refus du Parlement américain de voter un budget allouant des capitaux pour la construction d’un mur à la frontière mexicaine. L’an dernier, il s’était vanté à Davos que Wall Street se portait mieux depuis son entrée en fonction, soulignant que c’était selon lui un "indicateur". Cet indicateur semble aujourd’hui refléter des problèmes.

La Première ministre britannique Theresa May a annulé sa participation pour se concentrer à 100% sur la résolution de la crise du Brexit, et la semaine prochaine la Chambre des Communes fera une nouvelle tentative pour décider de ce que le peuple britannique souhaite faire avec cette Union européenne. C’est un autre signe du naufrage du bel optimisme qui accompagnait le Brexit. En 2017, May avait déclaré à Davos qu’après sa sortie de l’Union européenne, le Royaume-Uni resterait un pays fièrement tourné vers le commerce extérieur. L’an dernier, son discours à Davos ne faisait aucune allusion au Brexit. Et cette année, Theresa May a carrément annulé sa venue.

Le président français Emmanuel Macron a lui aussi renoncé à son voyage à Davos à cause du mouvement de protestation des "gilets jaunes", toujours hors de contrôle. L’an dernier, il avait encore mis en avant l’accord international sur le climat signé à Paris, mais, cette année, tout le monde est sur le pont pour faire face aux protestations populaires contre les prix élevés du diesel polluant. Et au plan politique, il peut difficilement justifier sa présence dans ce temple sacré de l’élite mondiale, gardé par 5.000 soldats suisses, et où les CEO peuvent débourser jusqu’à 50.000 dollars pour un séjour d’une semaine.

Il est plus que jamais difficile pour les politiciens de se retrouver dans ce temple de l’élite mondiale. Lorsque Trump a annulé son voyage, il avait prévu que ses ministres des Finances et des Affaires étrangères, Steven Mnuchin et Mike Pompeo, dirigeraient la délégation américaine. Jeudi soir, Trump a annulé la participation de toute la délégation US. D’après l’explication donnée par la Maison-Blanche, cette décision s’explique par les 800.000 personnes actuellement privées de leur salaire suite au "shutdown".

Le Trump des Tropiques

Mais même en l’absence de Trump, son message – c’est-à-dire le repli sur ses propres forces et une coopération internationale limitée – sera malgré tout relayé à Davos. Un des nouveaux visages dans le village suisse est le président brésilien Jair Bolsonaro, aussi parfois appelé le "Trump des Tropiques". Il a notamment promis, tout comme Trump, de retirer son pays de l’accord de Paris sur le climat et de déménager, contrairement au consensus international, l’ambassade du Brésil en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Il a annoncé sur Twitter qu’il présenterait à Davos "un autre Brésil, libre de toute contrainte idéologique".

Si cela doit signifier que Bolsonaro accorde moins d’importance à la coopération internationale, ce message devrait être perçu comme un blasphème dans une église. On peut dès lors s’attendre à ce que les applaudissements soient plutôt réservés à la chancelière allemande Angela Merkel et au Premier ministre japonais Shinzo Abe, qui devraient s’exprimer en milieu de semaine dans la grande salle de congrès du Forum. Abe préside actuellement le G20, un des principaux lieux de rencontre où l’on recherche encore un consensus international sur la politique mondiale. Abe et Merkel représentent en ce sens un duo intéressant, car, si quelqu’un en 2019 mérite le titre de "leader du monde libre", c’est peut-être bien un de ces deux dirigeants.

Merkel sur le départ

Mais cela ne résout pas tout. Merkel vit ses derniers mois au sommet de la politique mondiale. Par ailleurs, dans le monde libre, tout le monde ne suit pas ces leaders. D’ici la fin de la semaine prochaine, le podium principal de Davos sera occupé par le Premier ministre italien Giuseppe Conte, qui dirige une coalition entre la droite radicale "Lega" et le mouvement "5 étoiles", et n’a pas l’intention de respecter les accords budgétaires de la zone euro ni la politique migratoire européenne.

Après Conte viendra le tour du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. En tant que leader de la plus grande économie de la zone euro dirigée par un gouvernement minoritaire, on peut voir en lui la personnification de la crise de gouvernance qui frappe l’UE. Charles Michel se présentera lui aussi à Davos en tant que Premier ministre d’un gouvernement minoritaire, et en affaires courantes!

En ce sens, Davos est devenu un baromètre intéressant. Il fut une époque où ce petit village de montagne était, pendant une semaine, le centre d’un monde qui ne doutait pas du pouvoir de la mondialisation et de la technologie. Ces dernières années, ce baromètre a montré qu’une bataille s’était engagée et qu’elle était loin d’être tranchée, comme le confirme l’arrivée de Bolsonaro et de Conte, mais aussi les annulations de dernière minute de Trump, May et Macron.

Davos joue par ailleurs le même rôle au niveau économique, ne fût-ce que par la présence au Forum d’un millier de CEO, qui décident de budgets gigantesques. Traditionnellement, le Forum économique mondial commence par une enquête approfondie du consultant PwC qui leur demande s’ils s’attendent à ce que leur chiffre d’affaires augmente pendant l’année, et s’ils comptent recruter du personnel.

"L’ambiance à Davos devrait être plutôt tendue, explique Nariman Behravesh, économiste en chef d’IHS Market, qui participe depuis des années au FEM. Ce stress s’explique par le recul des Bourses, le ralentissement de la croissance économique et les incertitudes au niveau de la politique internationale."

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