La montée des eaux trois fois plus grave que prévu

La commune française de La Faute (Vendée) sous eaux après le passage de la tempête Xynthia, en 2010. Le réchauffement climatique multiplie ce type d'événements extrêmes. ©REUTERS

Selon une nouvelle modélisation, le nombre de personnes menacées par la montée des mers d’ici la fin du siècle est trois fois plus élevé qu’on ne l’estimait jusqu’ici. En 2100, dans le pire des scénarios, 640 millions de personnes feraient face à des submersions de mer annuelles.

L’étude fait grand bruit depuis sa publication mardi dans la revue à comité de lecture Nature Communications. Selon des chercheurs de l’organisation américaine Climate Central, le nombre de personnes vulnérables à la montée des mers et aux inondations côtières est trois fois plus important qu’on ne l’évaluait jusqu’à présent. Ils ont trouvé le moyen de corriger une faiblesse des études sur lesquelles les experts s’appuyaient jusqu’ici pour évaluer l’impact de la montée des eaux sur les côtes.

Le nombre de personnes vulnérables à la montée des mers et aux inondations côtières est trois fois plus important qu’on ne l’évaluait jusqu’à présent.

La modélisation se faisait sur base de données satellitaires qui ont le défaut de mal prendre en compte la différence entre le niveau du sol et celui des toits des bâtiments ou de la canopée des forêts. Les auteurs de l’article ont utilisé une technologie d’intelligence artificielle pour évaluer le taux d'erreur à partir de données prises sur le terrain aux États-Unis et le corriger en l’extrapolant à l’ensemble des pays côtiers. Résultat : le nombre de personnes exposées à des niveaux des mers extrêmes est globalement trois fois plus élevé que selon les scénarios traditionnels.

Ce constat vaut déjà largement pour la situation actuelle: on évaluait jusqu’ici à environ 65 millions le nombre de personnes vivant sur des terres sujettes à au moins une submersion marine par an, la nouvelle évaluation porte le chiffre à 250 millions de personnes. Plus de 70% d'entre-elles sont concentrées dans huit pays d’Asie: Chine, Bangladesh, Inde, Vietnam, Indonésie, Thaïlande, Philippines et Japon.

L'inconnue des émissions

Le nombre de personnes concernées par les inondations récurrentes liées à la montée des eaux va augmenter avec la fonte des glaces aux pôles : d'ici une trentaine d'années, 300 millions de personnes seront sujettes à des inondations côtières au moins une fois par an, selon ce modèle (les estimations précédentes tablaient sur 80 millions de personnes).

Pour la fin du siècle, la trajectoire dépendra de l'évolution des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de la manière dont réagissent les glaces.

Pour la fin du siècle, la trajectoire dépendra de l'évolution des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de la manière dont réagissent les glaces. Climate Central module donc ses scénarios d’une part selon le comportement que l’on peut attendre des calottes et d’autre part suivant le rythme de suppression des émissions de gaz à effet de serre (rapide, moyen ou incontrôlé).

©Mediafin

Dans le pire des scénarios, on peut s’attendre selon le modèle de Climate Central à ce que le nombre de personnes concernées par des inondations annuelles atteigne 640 millions à la fin du siècle. Le tiers du Bangladesh serait concerné, ainsi qu’une série de mégapoles asiatiques comme Shanghaï ou Bombay. Dans le plus optimiste des scénarios, où la suppression des émissions serait radicale, le nombre de personnes touchées serait réduit de moitié.

Pour ce qui est de la montée des eaux en tant que telle – les zones inondées de manière permanente – elle concernerait en 2100 dans le meilleur des cas l’habitat actuel de quelque 190 millions de personnes; dans le pire des cas, la surface concernerait 520 millions de personnes.

Encore à affiner

Ces évaluations ne tiennent cependant pas compte des protections, naturelles (mangroves) ou artificielles (digues) que les communautés directement concernées érigent ou devraient ériger pour limiter les dégâts. L’image dantesque que donne l'étude du découpage des Pays-Bas est ainsi à relativiser puisqu’elle ne tient pas compte des infrastructures de contrôle des inondations dont ce pays s’est fait une spécialité.

Les chiffres du nombre de personnes concernées pourraient encore être sous-évalués, puisqu’ils ne tiennent pas compte non plus de la croissance de la population mondiale d’ici 2100.

Pour autant, les chiffres du nombre de personnes concernées pourraient encore être sous-évalués, puisqu’ils ne tiennent pas compte non plus de la croissance de la population mondiale d’ici 2100. Pas plus d’ailleurs qu’ils ne tiennent compte de l’évolution de l’urbanisation des côtes ou de leur érosion.

Selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), les océans pourraient grimper en moyenne de 1,10 mètre d'ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne s’interrompent pas rapidement.

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