La population ne décolère pas suite au coup d'État en Birmanie

Les manifestants montrent le salut à trois doigts pour protester contre le coup d'État militaire et exiger la libération d'Aung San Suu Kyi, à Rangoon, en Birmanie. ©REUTERS

Des dizaines de milliers de Birmans ont continué à manifester ce lundi à Rangoun contre le coup d'État militaire. Les forces de l’ordre ont fait usage, pour la première fois, de canons à eau.

Les manifestants, quelque 100.000, selon diverses estimations, se sont réunis près de l'hôtel de ville de la capitale économique ce lundi, où des policiers anti-émeutes ont été déployés en nombre face à ce mouvement de protestation qui se poursuivait pour le troisième jour d'affilée.

Les forces de l'ordre ont fait usage, pour la première fois, de canons à eau pour tenter de contenir les protestataires ce lundi. ©AFP

Des ouvriers ont rejoint le mouvement ainsi que des moines en robe safran, des avocats, des étudiants, et des infirmières agitant des drapeaux rouges aux couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi, détenue au secret depuis lundi.

À NayPyidaw, la capitale, les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau contre des manifestants. L'AFP rapporte que deux personnes ont été blessées, tandis que des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient deux protestataires à terre après avoir été visés par les canons.

Trois jours de manifestations

Ce week-end, d'autres rassemblements, qui drainaient également des foules très importantes, s'étaient déjà tenus dans plusieurs villes du pays, comme à Mandalay (centre). Il s'agissait des plus grosses manifestations depuis "la révolution de safran" de 2007, au cours de laquelle des dizaines de personnes avaient été tuées par les militaires.

Une manifestante portant un masque avec le drapeau de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD). ©EPA

"Nous ne voulons pas de la dictature! Nous voulons la démocratie", ont scandé les contestataires, dimanche et ce lundi à Rangoun, sous un concert de klaxons. Certains tendaient des roses aux policiers, d'autres brandissaient des pancartes: "libérez Mother Suu", en référence à Aung San Suu Kyi dont l'écrasante victoire aux élections législatives du 8 novembre a été contestée par l'armée. L'état-major militaire, qui a pris le pouvoir lundi dernier, a dénoncé des fraudes lors du scrutin, des accusations rejetées par la commission électorale.

Non loin de là, des protestataires agitaient des drapeaux rouges aux couleurs de leur parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND) et faisaient le salut à trois doigts, leur signe de ralliement.

Ds dizaines de milliers de personnes avaient déjà manifesté dans plusieurs villes pour condamner le putsch qui a mis un terme à une fragile transition démocratique de dix ans. Les militaires ont instauré l'état d'urgence pour un an, arrêté Suu Kyi, cheffe de facto du gouvernement civil, et d'autres responsables de la LND. Les généraux n'ont fait aucun commentaire sur ces rassemblements.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exigé le rétablissement d'internet pour "garantir la liberté d'expression et l'accès à l'information".

Internet partiellement restauré

Les connexions internet ont été partiellement restaurées dimanche dans l'après-midi après avoir été perturbées pendant plusieurs jours, a fait savoir l'ONG spécialisée Netblocks. L'armée avait précédemment ordonné aux fournisseurs d'accès de bloquer Facebook, outil de communication pour des milliers de Birmans, et d'autres réseaux sociaux comme Twitter ou Instagram.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exigé le rétablissement d'internet pour "garantir la liberté d'expression et l'accès à l'information", Facebook s'est dit "extrêmement" préoccupé et a "fermement" demandé à la junte de rétablir l'accès à ses services.

Réactions de la communauté internationale

La majeure partie de la communauté internationale a condamné le coup d'État. Le Conseil de sécurité des Nations unies a exigé la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées et les États-Unis réfléchissent à des sanctions ciblées.

La Chine, qui entretient des liens étroits avec l'armée birmane, s'est jointe au consensus à l'Onu pour demander la libération des personnes arrêtées, mais elle n'a pas condamné la prise du pouvoir par les militaires. Elle prône que chacun agisse dans l'intérêt de la stabilité en Birmanie.

Aung San Suu Kyi a déjà passé une quinzaine d'années en résidence surveillée dans sa lutte contre de précédentes juntes militaires. Elle est accusée, cette fois, d'avoir importé illégalement six talkies-walkies tandis qu'il est reproché au président birman Win Myint, également démis par les militaires, de ne pas avoir respecté les restrictions imposées contre l'épidémie due au nouveau coronavirus.

Des dizaines de milliers de manifestants ont continué à manifester ce lundi contre le coup d'État militaire qui a renversé Aung San Suu Kyi. ©REUTERS

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