La pression fiscale en phase ascendante

Après 7 années de baisse, la fiscalité des personnes physiques se remet à grimper, selon KPMG.

La crise a laissé des traces profondes dans les caisses des Etats. Ceux-ci peuvent être tentés, en conséquence, de réduire leur train de vie ou d’augmenter la pression fiscale. Cette dernière option est semble-t-il, globalement prisée: à l’échelle planétaire, la pression fiscale suit en effet une tendance haussière, selon les calculs de KPMG. Entretien avec Steve Wade, directeur fiscal chez KPMG Londres.

Votre firme vient de publier deux rapports sur l’évolution de la fiscalité dans le monde. Pouvez-vous rappeler leurs conclusions?

Il s’agit de deux enquêtes annuelles réalisées à partir des données compilées dans 86 des 146 pays où nous sommes présents depuis des années, une expérience qui nous permet d’établir une comparaison pertinente sur la durée (huit ans en l’occurrence pour ces études). La première concerne l’évolution de la fiscalité sur les revenus des personnes physiques, la seconde sur les impôts prélevés auprès des entreprises et la fiscalité indirecte. La conclusion la plus importante est que les gouvernements n’ont pas attendu la fin de la période de relance pour augmenter les taux des impôts sur le revenu : ceux-ci sont en hausse de 0,3% en 2010, pour s’établir à 29,4% en moyenne. C’est un coup d’arrêt à sept années pendant lesquelles la tendance aura été à la baisse.

Quels pays ont déjà franchi le pas ?

Principalement ceux qui ont enduré les premières lames de fond de la crise. La hausse est particulièrement importante au Royaume-Uni, où le taux d’imposition sur les revenus supérieurs à 150 000 livres passe de 40 à 50%. L’Irlande est passé en deux ans de 41 à 47%, l’Islande de 37,2 à 46,3%, alors qu’elle était encore à 24,8% en 2005, la Grèce de 40 à 45%, le Portugal de 42 à 45,9%. La Belgique garde son taux au même niveau depuis assez longtemps maintenant, mais à un niveau nettement plus élevé que la moyenne (50%). Les citoyens de l’Union européenne restent les plus taxés sur leurs revenus. D’ailleurs, le taux moyen a augmenté de 0,4% cette année. Avec la baisse importante du taux danois, de sept points à 55,4%, c’est désormais la Suède, avec ses 56%, qui est le pays où l’impôt sur le revenu est le plus élevé.

Au-delà du débat sur le timing, jusqu’où les gouvernements pourront-ils augmenter leurs impôts ?

Pour prendre le cas du Royaume-Uni, nous sommes encore loin des sommets atteints il y a quelques années, où les taux pouvaient atteindre 60, voire 80%. Dans ce rapport, nous prenons également en compte la sécurité sociale pour avoir une idée plus juste de la fiscalité, selon les pays. Et il apparaît dès lors que la France a le taux combiné le plus élevé du monde, avec quasiment 60%, suivi par la Belgique, à 48%. Les gouvernements hésitent à mettre des taux plus élevés car ils redoutent la sanction dans les urnes. Ils cherchent donc à procéder par des impôts indirects comme la TVA, elle aussi en hausse. Un certain nombre de pays, comme le Royaume-Uni, la Grèce, l’Espagne, la Roumanie, la Nouvelle-Zélande ou la Pologne, ont déjà programmé cette hausse. Des pays comme la Chine ou l’Inde envisagent de sérieusement la développer, et certains pays du Golfe vont l’introduire.

Et en ce qui concerne l’impôt des sociétés ?

A l’inverse, la tendance est à la baisse. Les gouvernements ont déjà planifié des réductions d’impôts, ou vont le faire, afin d’attirer plus d’entreprises et relancer leur économie.

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