La Russie met son veto à l'enquête indépendante sur la présumée attaque chimique à Douma

Bachar al-Jaafari, ambassadeur syrien à l'ONU, a réfuté les accusations à l'encontre de Damas et accusé les pays occidentaux de vouloir mener une attaque en Syrie. ©AFP

La Russie a mis son veto à la résolution américaine votée ce mardi soir au Conseil de sécurité de l'ONU qui visait à instituer une enquête sur l'utilisation présumée des armes chimiques par Damas. Washington dénonce cette attaque et menace la Syrie d'une intervention militaire.

Comme attendu, la Russie a opposé son veto ce mardi soir au Conseil de sécurité à un projet de résolution américain prévoyant de créer un mécanisme d'enquête sur le recours aux armes chimiques en Syrie après les attaques de samedi à Douma.

Le projet de texte américain --approuvé par 12 voix, deux contre (Russie et Bolivie) et une abstention (Chine)--, proposait la création pour un an d'un nouveau "mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies" (Unimi) sur le recours aux armes chimiques en Syrie. Il s'agit du 12e veto russe sur une résolution de l'ONU concernant la Syrie depuis le début de la guerre en 2011.

"Nous usons de notre veto pour défendre le droit international (...) et ne pas entraîner le Conseil de sécurité dans des aventures."
Vassily Nebenzia
ambassadeur russe à l'ONU

Pour être adoptée, une résolution doit recueillir les voix de neuf pays membres et ne pas être bloquée par un ou plusieurs pays disposant d'un droit de veto (Russie, Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni).

"Ce n'est pas vrai qu'on a pris en compte nos exigences" dans la négociation de ce texte, a expliqué l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia. "Nous usons de notre veto pour défendre le droit international (...) et ne pas entraîner le Conseil de sécurité dans des aventures", a-t-il ajouté.

"Notre résolution garantissait l'indépendance d'un mécanisme d'enquête", alors que le projet russe concurrent, soumis à un vote ultérieurement, revient à choisir les enquêteurs, avait fait valoir auparavant son homologue américaine, Nikki Haley.  "Cette résolution est le strict minimum que le Conseil puisse faire pour répondre à cette attaque", avait-elle ajouté. Les Etats-Unis ont promis une réponse "énergique" à cette attaque présumée.

"La France n'acceptera aucun mécanisme au rabais ou de façade dont l'indépendance ne serait pas garantie."
François Delattre
Ambassadeur français à l'ONU

"La France mettra tout en oeuvre contre l'impunité chimique", a déclaré de son côté l'ambassadeur français, François Delattre. "Le régime de Damas n'a jamais renoncé à l'usage d'armes chimiques contre sa population", a-t-il dénoncé. "La France n'acceptera aucun mécanisme au rabais ou de façade dont l'indépendance ne serait pas garantie", a précisé le diplomate français.

La France annoncera "dans les prochains jours", en coordination avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, sa décision quant à une éventuelle riposte militaire contre les "capacités chimiques" du régime syrien, a déclaré quant à lui Emmanuel Macron.

L'ONU n'a plus d'organisme d'enquête dédié aux attaques chimiques en Syrie depuis la disparition fin 2017 du JIM, un groupe ONU-OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques) dont le mandat n'a pas été renouvelé en raison de plusieurs veto russes.

"Payer le prix fort"

Samedi dernier, une attaque présumée à l'arme chimique a fait des dizaines de victimes dans la ville de Douma, le dernier bastion rebelle en Syrie. Le président américain accuse Damas d'en être l'instigateur et a indiqué qu'il faudra "payer le prix fort". L'exécutif américain fait depuis planer la menace d'une intervention militaire.

Dans ce contexte, la Syrie s'est déclarée en "état d'alerte" face à la possibilité de frappes américaines sur son sol. D'autant qu'en avril 2017, Trump avait fait bombarder une base militaire syrienne en riposte à une attaque au gaz sarin imputée à Damas.

Donald Trump, qui devait effectuer ses premiers déplacements diplomatiques en Amérique Latine, a décidé d'annuler ses voyages pour se concentrer sur la Syrie. Sarah Sanders, porte-parole de l'exécutif, a souligné qu'à "la demande du président, le vice-président (Mike Pence) voyagera à sa place". "Le président restera aux États-Unis pour superviser la réponse américaine à la Syrie", a-t-elle précisé.

"Toute utilisation confirmée d'armes chimiques, par n'importe quelle partie au conflit et en toutes circonstances, est odieuse et constitue une violation flagrante du droit international."
Antonio Guterres
Secrétaire général des Nations Unies

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations Unies, avait déjà appelé à une enquête "impartiale" qui donnerait un accès "sans entrave" aux enquêteurs internationaux. 

"La gravité des récentes allégations nécessite une enquête approfondie utilisant une expertise impartiale, indépendante et professionnelle", avait-il ajouté. Antonio Guterres a, en outre, réitéré son soutien à l'OIAC pour éclaircir les faits et déclaré que l'organisme "devrait bénéficier d'un accès total, sans aucune restriction ou entrave à ses activités."

De son côté, l'ambassadeur syrien à l'ONU, Bachar al-Jaafari, a accusé les États-Unis, la France et d'autres puissances occidentales d'utiliser des prétextes destinés à "ouvrir la voie à une attaque en Syrie comme l'agression criminelle des États-Unis et de la Grande-Bretagne en Irak en 2003."

Ce lundi, Donald Trump avait condamné les supposées attaques aux gaz toxiques. "C'était atroce, horrible", a-t-il déclaré. "Nous y répondrons avec force", avait-il ajouté en promettant une décision imminente. En ce sens, le projet de résolution prévoit que les responsables de "tout recours à des armes chimiques devront rendre des comptes".

Selon les Casques blancs, des sauveteurs syriens en zone rebelle, et une ONG américaine, l'attaque chimique à Douma aurait fait au moins 40 morts.

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