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La Turquie joue l'apaisement après avoir haussé le ton contre les Occidentaux

L'homme d'affaires Osman Kavala, emprisonné lors des purges de 2017, est au cœur de la crise diplomatique entre la Turquie et dix pays occidentaux. ©AFP

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan semblait jouer l'apaisement, lundi, alors qu'une crise diplomatique a éclaté ce week-end entre Ankara et plusieurs pays occidentaux. Au cœur du bras de fer, l'homme d'affaires Osman Kavala, emprisonné depuis quatre ans.

Une crise diplomatique a éclaté samedi dernier entre la Turquie et plusieurs pays occidentaux, sur fond d'affaissement de l'économie turque et de chute de la livre. Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait annoncé qu'il ordonnait à son ministre des Affaires étrangères de déclarer "persona non grata" les ambassadeurs de dix pays occidentaux, dont les États-Unis, après que ceux-ci aient appelé à libération du militant des droits humains et prisonnier politique Osman Kavala.

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ambassadeurs
Les ambassadeurs de dix pays occidentaux ont réclamé la libération d'Osman Kavala, une demande qui leur vaut d'être déclarés "personae non gratae".

Les représentants de ces pays (Canada, Danemark, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède, Finlande, Nouvelle-Zélande et États-Unis) avaient appelé, le 18 octobre dernier, à une solution "juste et rapide" au procès de l'homme d'affaires et mécène Osman Kavala, ainsi qu'à sa libération "urgente".

Lundi, tous les regards étaient tournés vers Ankara, dans l'attente de l'ordre officiel d'expulsion. Finalement, Recep Tayyip Erdogan semblait jouer l'apaisement. Quant à la livre, elle semblait reprendre des couleurs.

Alors qu'une réunion du cabinet du président turc débutait, les ambassades de ces pays, à l'exception de la France et l'Allemagne, annonçaient sur leurs comptes Twitter qu'elles n'entendaient pas "interférer dans les affaires intérieures de la Turquie". Une déclaration saluée par le Président Erdogan, qui a interprété ces messages comme un "pas en arrière" des capitales occidentales.

Les ambassadeurs de ces pays "ne relâcheraient pas des bandits, des meurtriers et des terroristes dans leur propre pays."
Recep Tayyip Erdogan
Président de la République turque

"Bandits, meurtriers et terroristes"

La demande de libération d'Osman Kavala avait provoqué la colère du président Erdogan, qui n'a pas hésité à précipiter la Turquie dans une nouvelle confrontation avec ses alliés occidentaux, probablement la plus sévère depuis la crise des forages en mer Égée. Les ambassadeurs de ces pays "ne relâcheraient pas des bandits, des meurtriers et des terroristes dans leur propre pays", avait réagi Erdogan après avoir pris connaissance de la requête. Parmi les pays visés, six États membres de l'UE, alors que la Turquie est toujours candidate à l'adhésion à cette institution.

"La problématique est grave, bien entendu."
Peter Stano
Porte-parole de la Commission européenne

"La problématique est grave, bien entendu, mais les pays concernés n'ont pas encore reçu de notification officielle, donc à ce stade je ne ferai pas d'autre commentaire", a dit Peter Stano, le porte-parole de la Commission européenne chargé des Affaires étrangères.

Homme d'affaires et philanthrope

Osman Kavala, un riche éditeur de 64 ans, a été arrête en 2017, dans la foulée des purges menées par Erdogan après le coup d'État de 2016. Cet homme d'affaires, considéré comme un philanthrope par la communauté internationale, a soutenu le mouvement protestataire du parc Gezi en 2013. Il s'est aussi affiché en avril 2017, lors des commémorations du centenaire du génocide des Arméniens.

Accusé par l'AKP de "financer le terrorisme" et de fréquenter le mouvement du prédicateur Gülen, Osman Kavala a fait l'objet d'un harcèlement par le parti au pouvoir et la presse proche du Président Erdogan.

Lors de sa première comparution, il a été accusé d'avoir tenté de "renverser le gouvernement turc" lors de la révolte du parc Gezi. Acquitté le 20 février 2020, il a été maintenu en prison, accusé cette fois d'avoir préparé le coup d'État de 2016.

La politique prônée par Kavala, de gauche, ouverte à la minorité kurde et proche de l'Europe, s'oppose frontalement à celle du Président Erdogan, ultranationaliste, religieuse et peu amicale envers les Européens.

Il y a deux ans, la Cour européenne des droits de l'homme a demandé sa libération immédiate, considérant qu'il n'y avait aucun soupçon raisonnable qu'il ait commis une infraction. La cour a également jugé que son emprisonnement visait à le réduire au silence.

Le résumé

  • Samedi dernier, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré dix ambassadeurs occidentaux "personae non gratae" après que ceux-ci aient demandé la libération de l'homme d'affaires Osman Kavala.
  • Lundi, les ambassades de ces pays, hormis la France et l'Allemagne, affirmaient sur Twitter qu'elles n'entendaient pas interférer dans les affaires intérieures de la Turquie. Une déclaration saluée par Erdogan.
  • Osman Kavala, un riche éditeur de 64 ans, considéré comme un philanthrope, est accusé d'avoir participé au coup d'État de 2016. Il est emprisonné depuis 4 ans. La Cour européenne des droits de l'homme réclame sa libération.

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