tribune

Le déni des menaces sur notre santé collective

Associate pour un fonds d'investissement social et membre du Groupe du Vendredi

Les plus grands risques actuels de santé publique sont liés aux dysfonctionnements d’un système économique ne prenant pas en compte ses "externalités" négatives.

Presque 8 milliards d’individus font depuis plus d’un an face à une seule et même menace. Une panique planétaire face à une pandémie mondiale, chaque gouvernement cherchant coûte que coûte la solution pour protéger sa population du risque de contamination. Et même si nous rêvons naïvement de retrouver un lieu où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté (Baudelaire),  il est assez clair après 17 mois de crise sanitaire que ce lieu restera de l’ordre de l’imaginaire et l’a probablement toujours été. Le "risque zéro" n’existe pas et n’a de fait jamais existé, même si nous nous efforçons par souci existentiel de nous en rapprocher.

Les virus et pandémies ont de tout temps rythmé les vies, tout comme d’autres menaces pour notre santé, telle que la pollution urbaine.  Mais ce qui est paradoxal aujourd’hui, c’est de faire partie d’une société au sommet de l’intelligence, donnant l’illusion d’être capable de tout maîtriser à coups de nouvelles technologies et de données toujours plus nombreuses, à un moment où la survie de l’humanité n’a jamais été aussi menacée.     

La "société du risque zéro"

Tout au long de l’été, le Groupe du Vendredi propose une réflexion sur la "société du risque zéro". La question de l’appréhension des risques fut évidemment un aspect central de la pandémie, mais elle va aussi au plus profond de tous les aspects de nos vies. Et nos réponses auront un rôle déterminant sur le monde de demain.

La santé publique dans les grippes du système économique

Les progrès engendrés depuis la révolution industrielle ont créé des richesses importantes, mais ont également généré une série de risques non contrôlés: augmentation de CO2, et donc réchauffement climatique, pollution en tout genre,  diminution de la biodiversité ou encore modes de vies trop sédentaires. Tous ces risques sont des menaces pour l’environnement et notre santé.

Déjà aujourd’hui, la pollution de l’air touche 9 personnes sur 10, tuant 8,8 millions de personnes par an, soit davantage que respectivement le tabac, la malaria et le VIH.

La facture est salée et l’ampleur des menaces systémiques qui nous pendent au nez reste difficile à imaginer. Déjà aujourd’hui, la pollution de l’air touche 9 personnes sur 10, tuant 8,8 millions de personnes par an, soit davantage que respectivement le tabac, la malaria et le VIH selon une étude de la revue Cardiovascular Research (2020).

Aujourd’hui encore, la majorité de la population mondiale vit dans des pays où les conséquences de l’obésité et du surpoids tuent davantage que la faimEn Belgique, les malades cardio-vasculaires, dont l’obésité et le surpoids sont un facteur de risque important, sont d’ailleurs la première cause de décès

Enfin, comme l’explique une étude de juillet 2020 commandée par la Commission nationale Climat en Belgique, le réchauffement climatique, lui aussi, impactera notre santé, entre autres à travers d’importantes vagues de chaleur.

En bref, les plus grands risques actuels de santé publique sont liés aux dysfonctionnements d’un système économique ne prenant pas en compte ses "externalités" négatives. On commence à connaître la chanson et elle n’est pas réjouissante. "No safe place" dixit la dernière couverture du journal The Economist en parlant d’un monde à +3°C.  

De quoi nous protégeons-nous ?

Dans une société qui souhaite à tout prix se protéger du danger, où les notions de sécurité et de précaution dominent, il est intrigant de nous voir accepter autant de risques climatiques. Quand il s’agit de notre santé à titre individuel, nous souhaitons minimiser tous les risques, virant parfois vers la surconsommation médicale, domaine dans lequel la Belgique excelle, afin d’apaiser l’angoisse de notre propre finitude. 

Quand il s’agit de notre santé collective, c’est comme si notre grille de lecture était faussée, qu’on préférait vivre dans un certain déni, les menaces qui nous attendent collectivement n’ayant sans doute pas encore percuté nos consciences individuelles.

Le choc de la réalité comme moteur d’action

Ce qui nous a fait réagir par rapport au coronavirus en Europe, c’est de voir les lits d’hôpitaux se remplir en Italie en mars 2020. Toutefois, le lien entre notre système économique à base d’énergies fossiles et notre santé n’est généralement pas aussi visible. L’impact sur la santé de la pollution de l’air s’étale par exemple de manière incrémentale sur des décennies.   

Si chacun de nous était dès à présent propulsé dans un monde à +3°C, quelles actions mettrions-nous en place, individuellement et surtout collectivement?

Dans ce contexte, les scènes spectaculaires d’inondations en Belgique en juillet sont bien entendu un désastre pour les sinistrés, mais aussi une opportunité de vivre concrètement chez nous une conséquence du réchauffement planétaire.  Et d’enfin réaliser que les prédictions des rapports du GIEC sont de la science et non de la science-fiction.  Ces prises de conscience ont le pouvoir de donner l’impulsion nécessaire pour adresser le plus grand défi de notre siècle.  

Alors, aujourd’hui, pour votre santé laissez, pour un moment seulement, les médicaments de côté. À la place, fermez les yeux et demandez-vous: si chacun de nous était dès à présent propulsé dans un monde à +3°C, quelles actions mettrions-nous en place, individuellement et surtout collectivement? 

Par Aline Buysschaert, économiste et membre du Groupe du Vendredi.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés