Le "Erdogan Tour" à Bruxelles

©BELGA

Le président de la république de Turquie Recep Tayyip Erdogan est en visite à Bruxelles pendant 3 jours. Au menu, les institutions internationales, la communauté turque de Belgique mais surtout l'ouverture officielle du festival Europalia consacré son pays.

L'arrivée

La foule était au rendez-vous ce dimanche sur la place Stéphanie pour accueillir le président turc ©BELGA

Environ 3.000 personnes se sont rassemblées place Stéphanie pour accueillir, dimanche en début de soirée, le couple présidentiel turc. Le public, majoritairement composé de Belgo-turcs, comptait également des ressortissants turcs d'Allemagne ou des Pays-Bas. Des ballons rouges et blancs ainsi que de nombreux drapeaux turcs ont décoré la place. Le Président Erdogan a tenu un discours devant la foule en l'invitant notamment à ne pas oublier d'aller voter dans moins d'un mois. Il faut dire que cette visite intervient dans une période très agitée en Turquie avec des élections parlementaires le 1er novembre prochain sur fond de spirale de violence et de détérioration de l'Etat de droit.

Les institutions internationales

  • La Commission européenne
©AFP

L'Union européenne cherche à mieux se coordonner avec ses voisins pour répondre à la crise migratoire, en premier lieu avec la Turquie. Pour l'UE, où quelque 630.000 migrants sont entrés illégalement depuis le début de l'année, l'objectif est de faire d'Ankara un partenaire pour maîtriser, à défaut de l'arrêter, le flux de demandeurs d'asile.

Dans le cadre de sa visite à Bruxelles, Erdogan a rencontré Martin Schulz et Donald Tusk, présidents respectifs du Parlement européen et du Conseil européen. Jean-Claude Juncker recevra plus tard dans la journée le président turc.

Donald Tusk et Recep Tayyip Erdogan ont indiqué avoir discuté de la zone de sécurité qu'Ankara veut installer le long de sa frontière avec la Syrie. "L'Union européenne est prête à discuter de tous les sujets avec la Turquie, donc nous avons aussi parlé d'une possible zone tampon en Syrie", a déclaré le Président du Conseil européen après avoir reçu le président Erdogan.

Selon le journal allemand, Frankfurter Allgemeine Zeitung, un accord de principe a été trouvé la semaine dernière entre l'UE et la Turquie. Il prévoit notamment une intensification des efforts de la Turquie pour sécuriser ses frontières avec l'UE en participant à des patrouilles coordonnées par l'agence européenne de surveillance des frontières Frontex. Par ailleurs, les migrants tentant de rejoindre l'Europe qui seraient arrêtés seraient ramenés en Turquie, où six nouveaux camps pouvant héberger jusqu'à deux millions de personnes seront construits et cofinancés par l'UE.

"Si on veut régler le problème des réfugiés, il y a trois choses à faire. La première est d'abord d'entraîner et équiper les forces rebelles modérées opposées au régime du président Bachar al-Assad en Syrie, comme les Etats-Unis ont commencé à le faire. La deuxième est de décréter une zone de sécurité qui devrait être protégée du terrorisme, la troisième concerne une zone d'exclusion aérienne."
Recep Tayyip Erdogan
Président turc

Si l'UE parvient à un accord avec la Turquie lundi, le plan serait soumis aux dirigeants européens lors de leur prochain sommet à la mi-octobre. Le porte-parole de Jean-Claude Juncker n'a pas commenté l'information. "Nous pourrons tirer un bilan de la rencontre avec Erdogan aujourd'hui ou ce mardi", a-t-il dit.

  • L'OTAN 
©EPA

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg (photo), a reçu le chef de la diplomatie turque Feridun Sinirlioglu, également du voyage. L'objet de la rencontre: la situation en Syrie après l'interception d'un chasseur russe dans l'espace aérien de la Turquie. Il est a noté que la Turquie dispose du deuxième plus gros contingent militaire au sein de l'OTAN.

Le ministre  Sinirlioglu a appelé au téléphone son homologue russe Sergueï Lavrov pour faire part de sa "vive protestation" après l'interception par des chasseurs F-16 turcs samedi d'un avion de combat russe violant l'espace aérien turc à la frontière syrienne, selon le ministère turc des Affaires étrangères.

En fin de journée, l'OTAN a publié un communiqué appelant la Russie à "immédiatement cesser ses attaques contre l'opposition syrienne et les civils".

"J'appelle la Russie à pleinement respecter l'espace aérien de l'Otan et à éviter une escalade des tensions avec l'Alliance (...) Les actions de la Russie en Syrie ne contribuent pas à la sécurité et à la stabilité de la région".
Jens Stoltenberg
Secrétaire général de l'Otan

Le couple royal

©Photo News

Le roi Philippe et la reine Mathilde ont accueilli le couple présidentiel turc au Palais royal de Bruxelles. Présents à cet occasion le Premier ministre Michel, le ministre des Affaires étrangères Reynders et les présidents de la Chambre et du Sénat. 

Europalia

©Ara Güler

Le 25e festival Europalia s’étend sur quatre mois (jusqu’en janvier 2016) sur quasi toute la Belgique et jusque dans les pays limitrophes (France, Allemagne et Pays-Bas). Il démarre ce mardi par l’inauguration, à Bozar, d’une des trois expositions phare d’Europalia Turquie en présence du président Erdogan.

 


"Anatolia" donne à voir l’Anatolie, terre de migrations, où civilisations et cultures se sont succédé, sous l’angle des rituels et cultes liés au cosmos, à la nature, au divin et au pouvoir. La continuité des traditions s’est maintenue tout au long des 12.000 années de civilisation anatolienne.

La deuxième exposition phare est consacrée à Istanbul, ville légendaire qui inspire artistes turcs et étrangers depuis le XIXe siècle. Aux côtés des photographies d’Ara Güler – surnommé "Œil d’Istanbul" –, figurent celles des photographes turcs contemporains Ahmet Polat et Ali Taptık, de photographes étrangers dont Henri Cartier-Bresson et Bieke Depoorter, partie en résidence à Istanbul.

La troisième exposition fait le lien entre les deux villes portuaires Istanbul et AnversAu travers de vidéos, d’installation multimédia et d’objets archéologiques – dont certains proviennent des fouilles de Yenikapi qui ont au jour le plus ancien port d’Istanbul – l’exposition retrace les histoires parallèles d’Istanbul et d’Anvers.

Une douzaine d’autres expositions mettront à l’honneur des artistes contemporains turcs et belges, mais aussi l’architecture turque ou le théâtre d’ombre traditionnel et populaire de Turquie.

La musique tient une place importante avec des concerts. Citons le percussionniste Burhan Öçal, le flûtiste Kudsi Ergüner, l’orchestre de chambre Istanbul Solistler, la joueuse de ney Burcu Karadağ, un ensemble de musique sufi mais aussi de la musique électronique, du dub et des DJ’s. Jordi Savall et l’Hesperion XXI Ensemble rendront hommage au compositeur ottoman Cantemir dans un voyage entre musique de cour et traditions musicales des Juifs séfarades et des Arméniens installés dans l’Istanbul du XVIIe siècle. Le percussionniste Okay Temiz et La Fanfare du Belgistan promettent un concert plein de musiciens, de rythmes et de cuivres, puisant dans le jazz, la musique des Balkans et du Moyen-Orient.

La danse figure au menu d’Europalia avec "We" de Bedirhan Dehmen, une recherche intime sur la mémoire, l’oubli, la vie, la mort, les forces et faiblesses, où trois danseurs se rejoignent et se déchirent. Kadir "Amigo" Memiş, né en Turquie et qui a grandi à Berlin, fera une démonstration de Zeybreak, contraction entre le zeybek et la breakdance, entre la danse traditionnelle de son village natal des rives de la mer Egée et le hip-hop urbain. Ziya Azazi présentera "Ember" une pièce où elle explore la vitesse et l’intensité des mouvements giratoires des derviches tourneurs pour créer une forme nouvelle.

Le théâtre de Cengiz Özek propose des adaptations modernes du théâtre d’ombre Karagöz. "Magic Tree" et "Garbage Monster" s’inspirent des classiques des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi des contes des Mille et Une Nuits et de Hans Christian Andersen.

Le festival comprend également un important chapitre cinéma avec des réalisateurs comme Semih Kaplanoğlu, Yeşim Ustaoğlu, Derviş Zaim, Kaan Müjdeci ou l’actrice Saadet Aksoy, têtes d’affiche en Turquie.

En littérature, signalons que les auteurs de romans policiers Ahmet Ümit, stambouliote, et Pascale Fonteneau, bruxelloise, ont résidé chacun une semaine dans la ville de l’autre. Ils proposent, à l’Hôtel de ville de Bruxelles, une lecture conjointe de ce que leur a inspiré leur résidence. Les auteurs Enis Batur, Hakan Günday, Haydar Ergülen, Mario Levi, l’Arménien Markar Esayan et le Kurde Muhsin Kızılkaya, notamment, seront mis à l’honneur tout comme les auteurs classiques turcs.

Tout le programme sur europalia.eu.

 

 

©Sophie Calle


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