Le gaming belge fait front commun sur un marché à 100 milliards de dollars

©EPA

Ils s’appellent Fishing Cactus, eXiin, Demute. Ils surfent sur la vague toujours plus prometteuse des jeux vidéo. Les Belges sont en force et ambitieux cette année dans les allées du Gamescom.

Depuis plusieurs années, le secteur du jeu vidéo est en plein essor. Deuxième industrie culturelle au monde et trois fois plus importante que celle du cinéma, le "gaming" pèserait 100 milliards de dollars au niveau mondial et comptabiliserait, en 2018, plus de 2,2 milliards de joueurs actifs. En Belgique, en 2014 toutes les entreprises de gaming cumulaient 43 millions d'euros de chiffre d'affaires. Aujourd'hui ce chiffre est beaucoup plus élevé puisque les seules entreprises belges présentes à la Gamescom comptabilisent à elles-seules 86 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont une grande partie est réalisée par Larian, le plus gros studio de Belgique. 

80 studios de création

On dénombre environ 80 studios de création de jeux vidéo en Belgique, essentiellement en Flandre. Bruxelles, elle, a répondu plus tardivement aux enjeux du secteur même si la capitale représente tout de même un cinquième des recettes de l’industrie. "Ce sont des estimations qu’il faut relativiser car l’une des spécificités de Bruxelles réside dans le fait qu’on trouve beaucoup de sociétés de services. Il ne s’agit donc pas seulement de studios de développement", tempère Cécile Jodogne (DéFI).

La secrétaire d’État bruxelloise chargée du Commerce extérieur et le ministre flamand des Médias Sven Gatz (Open Vld) accompagnent cette semaine une délégation de trente entreprises belges de développement de jeux vidéo ou de services autour de l’industrie du gaming à l’occasion de la Gamescom, l’un des plus grands salons du jeu au monde. À côté des mastodontes du secteur comme Ubisoft, EA, ou Bethesda, qui sont dotés de budgets de développement colossaux, une foule de plus petits acteurs viennent ici chercher un peu de visibilité, et pourquoi pas du soutien financier.

La chasse au budget

C’est le cas d’eXiin, un petit studio de jeux vidéo indépendant, actif depuis 2015 à Bruxelles. Après avoir sorti son deuxième jeu mobile Afterloop au début de l’année 2016, le studio est revenu au jeu d’aventure pour PC et consoles avec un nouvel opus baptisé Ary (voir encadré). "Pendant deux ans, on n’était que deux pour gérer la société. C’était énormément de pression parce qu’entre le début du développement et sa sortie, il peut s’écouler un, deux ou trois ans et pendant ce temps-là, on n’a aucun revenu. Il y a un an, je payais plus de taxes que je n’avais de rentrées", explique-t-il, ajoutant qu’il lui semble très difficile pour un studio indépendant de "survivre" sans s’adosser à un gros éditeur.

En quelques mois, eXiin est passée de 2 à 6 employés grâce au soutien financier d’un publisher de renom, rencontré l’année dernière à la Gamescom. "Depuis décembre 2017, nous travaillons avec Maximus Games et nous allons sortir notre jeu d’ici un an sous la marque Modus Games", se réjouit Sébastien Le Touze, fondateur d’eXiin. Le soutien est évidemment financier on parle de 500.000 euros tout de même mais pas que. "C’est du smartmoney parce que ce que nous faisons, ce sont des produits artistiques plus complexes que la musique ou le cinéma. Ils nécessitent des compétences diverses qui vont de l’animation à la 3D en passant par la programmation ou la composition de musique", ajoute Sébastien Le Touze.

Comme au poker

Pour les projets de type moyen, il faut compter 500.000 euros de budget en moyenne. "Et on n’est jamais sûr que la sauce va prendre. C’est un peu comme au poker. Mais si ça marche, on doublera au minimum la mise", fait remarquer Sébastien Le Touze. C’est, par exemple, le coût de développement de Shift Quantum (voir encadré), l’un des derniers nés du Montois Fishing Cactus, deuxième plus gros studio belge après Larian. Et sur des projets comme WormWorld, on monte carrément jusqu’à 1,5 million d’euros.

Une autre manière de trouver les budgets nécessaires pour soutenir ce secteur florissant consiste à élargir le mécanisme bien connu du Tax shelter qui vise à encourager les investissements dans les œuvres audiovisuelles, cinématographiques et scéniques par les sociétés soumises à l’impôt des sociétés belges aux sociétés du gaming. Une proposition de loi a été déposée en ce sens début mai par l’Open Vld, soutenue par le CD&V et le MR.

Sous la même bannière

 "Le mécanisme sera le même avec quelques spécificités propres au secteur. L’idée, c’est vraiment d’améliorer le financement des entreprises actives dans le secteur du gaming pour leur permettre à la fois de démarrer leurs activités plus facilement et d’attirer par la suite le know-how nécessaire pour se développer", commente Cécile Jodogne. Mais du côté des acteurs du secteur, on craint qu’une telle solution passe à côté de sa cible. "J’ai le sentiment que cela servira moins aux développeurs de jeux qu’aux sociétés de services puisqu’en attirant les éditeurs, cela risque de favoriser la demande pour les fournisseurs de services à l’industrie du gaming", juge Victor Lecomte, COO de Demute, un studio dédié aux nouveaux médias (VR/AR/jeu vidéo…).

Quoi qu’il en soit, le secteur se montre solidaire et plutôt unifié. "On a un slack et on est 450 dessus", s’amuse Laurent Grumiaux, auto-proclamé "Soul Keeper" de Fishing Cactus. "Notre écosystème naissant est hyper ambitieux et nous sommes très soudés. Notre plus belle carte de visite, c’est que nous arrivons à faire des trucs géniaux avec des bouts de ficelle. On n’a pas les gros budgets pour faire tous la même chose, on est obligé de se différencier, de faire des choses déjantées. Cela favorise donc la diversité du gaming belge", conclut-il.

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