analyse

Le gaz russe tend les relations entre Berlin et Washington

Le projet de Nord Stream 2. ©AFP

L’administration Trump vient de frapper le projet de Nord Stream 2 de sanctions, au grand dam de Berlin. Les rétorsions américaines devraient retarder la mise en service du gazoduc mais elles arrivent trop tard pour empêcher véritablement sa réalisation.

Le gouvernement allemand s’est voulu rassurant à la veille de Noël, alors que des sanctions américaines frappent depuis près d’une semaine le gazoduc Nord Stream 2, en construction sous la mer Baltique. L’installation doit doubler Nord Stream 1, qui permet à l’Allemagne de recevoir du gaz russe sans transiter par la Pologne et l’Ukraine. "Les sanctions vont retarder l’achèvement de Nord Stream 2 mais je pense que le pipeline sera terminé au cours du second semestre de l’année prochaine, a affirmé en début de semaine Peter Beyer, coordinateur transatlantique du gouvernement allemand. Il existe des alternatives mais elles augmenteront les délais et entraîneront des coûts supplémentaires. Ce sont des choses qui ne se font pas entre amis." Les sanctions interviennent alors que le projet est pratiquement achevé. Ne restent à construire que 300 des 2.100 km de l’infrastructure, qui devait initialement être livrée à la fin de l’année.

Entreprises sanctionnées

Le dossier Nord Stream, source de conflit lancinant entre l’Allemagne et les Etats-Unis, s’est brusquement envenimé en fin de semaine dernière. Donald Trump a en effet promulgué le 20 décembre la loi dite "de soutien à la sécurité énergétique européenne", dont l’un des chapitres concerne Nord Stream 2. Le texte frappe de sanctions toute entreprise participant aux travaux de construction du gazoduc.

Les sanctions comprennent le gel des avoirs et la révocation des visas américains pour les entrepreneurs liés au gazoduc. Le département d’État, c’est-à-dire le ministère des Affaires étrangères américain, a désormais 60 jours pour communiquer les noms des entreprises et des personnes concernées. Première visée, la société suisso-néerlandaise Allseas, spécialisée dans la pose de conduits sous-marins en haute mer, suspendait dès le lendemain sa participation au projet. C’est la première fois que des sanctions américaines sont décrétées à l’encontre d’un projet allemand.

"Le gaz russe est devenu un danger depuis que les Américains sont eux-mêmes devenus exportateurs de gaz."
sigmar gabriel
ancien ministre de l’économie allemand

Officiellement, c’est pour des raisons politiques que Washington s’oppose au gazoduc. Les sanctions, votées par les démocrates comme par les républicains, sont justifiées par la volonté de soutenir Kiev – ainsi privé de précieux droits de transit – dans son conflit face à Moscou depuis l’annexion de la Crimée.

"Le gaz russe est devenu un danger depuis que les Américains eux-mêmes sont devenus exportateurs de gaz, s’étonne avec ironie Sigmar Gabriel, ancien ministre de l’Économie et directeur de l’association Pont- Atlantique, qui œuvre au développement des relations commerciales entre la République fédérale et les Etats-Unis. Même aux pires moments de la guerre froide, les Américains avaient jusqu’à présent toujours considéré la Russie comme un fournisseur de gaz fiable." Selon Berlin, Washington cherche en fait à promouvoir ses propres exportations de gaz de schiste, extrait dans des conditions dénoncées par les écologistes.

Engie, Shell…

©Marijn De Reuse

Sur le dossier Nord Stream 2, l’administration Trump a longtemps semblé tergiverser. La perspective de sanctions avait finalement ressurgi en octobre, avec la levée du veto danois. Copenhague, sous la pression des Etats-Unis, avait longtemps freiné le projet en s’opposant aux travaux dans ses eaux territoriales "pour des raisons environnementales".

Les sanctions américaines vont-elles vraiment handicaper le projet? Selon l’agence Bloomberg, le gouvernement américain reconnaîtrait en privé que les sanctions arrivent trop tard pour avoir un véritable impact sur sa réalisation. Les pressions américaines auront en tout cas considérablement compliqué ce projet à 10 milliards de dollars, financé pour moitié par l’entreprise étatique russe Gazprom et pour le reste par les entreprises européennes Engie, Shell, Wintershall, OMV, et Uniper. Gazprom fournit 40% du gaz consommé en Allemagne. La plupart des Allemands se chauffent au gaz.

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