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Le Giec plus précis que jamais sur l'état alarmant du climat

La station énergétique de Belchatow, en Pologne, la plus grande centrale à charbon d'Europe. ©REUTERS

Le seuil des 1,5°C sera de toute façon franchi, indiquent les experts mondiaux du climat. Maintenir le réchauffement sous les 2°C sera impossible sans actions décisives immédiates.

C’est comme une photographie du même lieu, mais prise à une décennie d’intervalle et avec un meilleur objectif. Le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) montre, avec toujours plus de précision, les stigmates d’une planète en phase de réchauffement accéléré.

"À moins de réductions immédiates, rapides et à grande échelle des émissions de gaz à effet de serre, contenir le réchauffement à près de 1,5°C ou même à 2°C sera hors de portée."
Giec

Présenté ce lundi au terme d’une réunion de validation de deux semaines, ce sixième rapport sur la physique du climat, établit le consensus scientifique sur base de 14.000 références.

À trois mois de la conférence de Glasgow sur le climat - la COP26, attendue comme le marqueur de nouvelles avancées politiques dans la lutte contre le réchauffement- les experts adressent un message sans équivoque aux décideurs : "À moins de réductions immédiates, rapides et à grande échelle des émissions de gaz à effet de serre, contenir le réchauffement à près de 1,5°C ou même à 2°C sera hors de portée", peut-on lire dans un communiqué du Giec.

Quel que soit le scénario d'émissions envisagé pour les années qui viennent, le réchauffement devrait atteindre 1,5°C d'ici 2040, avant de continuer d'augmenter. Le Giec présente cinq scénarios. Dans le plus optimiste, la moyenne des températures pourrait reculer à 1,4°C dans les deux dernières décennies du siècle. Dans les quatre autres scénarios elle poursuivrait sa croissance, montant à 4,4°C dans le scénario le plus pessimiste.

Toujours plus précis

Comparé aux précédentes éditions - la précédente remontait à 2013 - ce rapport dresse toujours le constat d’un réchauffement qui continue de s’accélérer sous l’effet de l’activité humaine, et cela avec toujours plus de finesse.

+1,1°C
Alors que le dernier grand réchauffement global avait eu lieu à un rythme de 1,5°C par millénaire, la surface de la Terre s'est réchauffée d'environ 1,1°C en à peine plus d'un siècle.

À la publication de son premier rapport de synthèse il y a trente ans, le Giec étudiait l'histoire des concentrations de CO2 sur 160.000 ans, il en est aujourd’hui à 450 millions d'années. Et les climatologues s’appuient désormais sur des dizaines de milliers de stations météo et des données satellites permettant de mesurer avec précision l’évolution de la cryosphère, du niveau des mers, ou de l’activité des nuages.

Le tout alimente des programmes de modélisation, plus performants, qui affinent les prédictions et permettent de lier, sans équivoque, certains événements climatiques précis au réchauffement global.

"Les émissions anthropiques de gaz à effet de serre ont  inversé une tendance de long terme au refroidissement planétaire, et aujourd’hui les températures moyennes sont plus élevées qu'elles ne l'avaient été depuis des millénaires", rappellent les scientifiques du Giec. Une évolution extrêmement rapide: alors que le dernier grand réchauffement global avait eu lieu à un rythme de 1,5°C par millénaire, la surface de la Terre s'est réchauffée d'environ 1,1°C en à peine plus d'un siècle.

Or chaque fraction de degré supplémentaire augmente les probabilités que les températures franchissent localement des seuils de tolérance critiques pour la santé humaine et la production alimentaire. En même temps qu’il augmente l’occurrence et l’intensité d’événements météorologiques extrêmes et accélère la montée du niveau des mers.  

Une lancée sur vingt ans

Comment le système climatique va-t-il se comporter dans les décennies qui viennent? Les parties du système climatique qui ont suivi, ces dernières décennies, des tendances clairement à la hausse (températures de surface, niveau des mers) ou à la baisse (couverture neigeuse arctique), vont poursuivre sur leur lancée pour les 20 prochaines années au moins.

30
ans
Le ralentissement du réchauffement climatique ne commencerait à être détectable qu’après 20 à 30 ans.

La magnitude de ces évolutions pourrait être influencée par des facteurs naturels (activité solaire, volcans). Mais pas par l’évolution des émissions humaines. Le Giec part évidemment du principe que les concentrations globales de gaz à effet de serre continueront d’augmenter durant cette période.

Dans son scénario le plus optimiste, il voit les émissions de CO2 ralentir significativement après 5 à 10 ans: dans cette hypothèse, le ralentissement du réchauffement climatique ne commencerait à être détectable qu’après 20 à 30 ans.

Des dégâts irréversibles

Quels que soient les scénarios de réduction d’émissions, certaines tendances sont déjà inéluctables. En Europe, les températures vont augmenter à un rythme plus élevé que la moyenne mondiale.

Et les niveaux des mers vont augmenter en Europe, partout, à un rythme proche ou supérieur à l'augmentation moyenne – à l’échelle mondiale, ils devraient encore augmenter de 10 à 25 cm d’ici 2050, quel que soit l’évolution de nos émissions de gaz à effet de serre.

L’Europe occidentale doit, par ailleurs, s'attendre à une augmentation des inondations pluviales  et des crues. On estime que chaque degré de réchauffement permet à l'air de transporter 7% de vapeur d'eau supplémentaire, et donc d’intensifier d’autant le cycle de l’eau.

Des puits moins efficaces

Combien de gaz à effet de serre l'humanité peut-elle encore se permettre d'émettre, pour avoir de bonnes chances (2/3) de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ? Au vu du fait que le "budget" ne se chiffrait plus que qu'à 400 milliards de tonnes au 1er janvier 2020, il reste une dizaine d’années, sachant que l'activité humaine ajoute, dans l'atmosphère, environ 40 milliards de tonnes par an.

400
milliards de tonnes
Pour avoir de bonnes chances (2/3) de limiter le réchauffement à 1,5°C, le "budget" n’était plus que de 400 milliards de tonnes au 1er janvier 2020, soit une dizaine d’années d'émissions.

Le plus optimiste des scénarios du Giec prévoit un dépassement de l’objectif pendant quelques décennies avant une baisse des températures liées à une absorption nette d’émissions. Mais alors que la majorité de nos émissions sont absorbées par les océans et les végétaux, ces puits de carbone naturels perdent en efficacité avec le réchauffement.

En d'autres termes, une plus grande proportion de nos émissions de gaz à effet de serre restera dans l'atmosphère. L’ampleur de ce bouleversement est l’une des grandes "inconnues connues" du moment.

Un rapport d'étape clé

Le rapport synthétise l'état des connaissances scientifiques sur la physique du climat. Élaboré par 234 auteurs sur base de 14.000 références scientifiques et en tenant compte de près de 80.000 questions et remarques de pairs et de gouvernements, le rapport vise à informer de manière impartiale les 195 États membres qui l'adoptent.

Tous les 6 à 7 ans, le Giec lance un cycle d'évaluation qui comprend notamment les rapports de ses trois principaux groupes de travail : le deuxième se consacre aux vulnérabilités des systèmes socio-économiques et naturels à ce réchauffement, aux stratégies d'adaptation au réchauffement, et le troisième étudie les moyens de réduire le réchauffement.

Ces deux autres rapports seront publiés l'an prochain, en vue d'un rapport final - le 6e rapport d'évaluation et son rapport de synthèse - au second semestre 2022. Le 5e cycle s'était clôturé en 2014, et ses conclusions avaient servi de socle scientifique à l'Accord de Paris.

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