Le gouvernement britannique cède à la colère des lycéens

Le ministre britannique de l'Education, Gavin Williamson, a dû annuler la correction informatique automatique des notes d'examens de dizaines de milliers d'élèves de lycées défavorisés. ©AFP

Des dizaines de milliers d'élèves de lycées défavorisés ont vu leurs notes d'examens dégradées par un algorithme afin de ne pas dépasser le nombre "souhaitable" de réussites. Le scandale va laisser des traces.

Alors que la crise sanitaire est sous contrôle, grâce notamment à un volume très important de tests, les vacances du Premier ministre britannique Boris Johnson, en Ecosse, auprès de son fils récemment né, sont loin d'être tranquilles. La question de son retour à Londres s'est même posée.

C'est finalement le ministre de l'Education Gavin Williamson qui gère ce qui restera comme l'une des plus graves crises de l'histoire de l'enseignement britannique. Bien au-delà, par exemple, du triplement du montant des droits universitaires il y a dix ans.

Le scandale des évaluations finales des lycéens a pris de l'ampleur depuis la semaine dernière, et a directement mis en danger le ministre de l'Education, que Boris Johnson a toutefois maintenu en poste.

En l'absence d'examen pour cause de coronavirus, les élèves avaient été directement notés par leurs propres professeurs pour déterminer leur droit à postuler à l'université ou dans une grande école. Comme dans d'autres pays, les professeurs ont été relativement généreux, afin de compenser l'épreuve du confinement et l'absence de cours réels.

Pour éviter un engorgement vers les établissements supérieurs, un programme informatique a dégradé leurs notes en fonction, notamment, des résultats obtenus par leur établissement les années précédentes. En conséquence, les élèves issus de milieux défavorisés ont été pénalisés. Des dizaines de milliers d'entre eux se sont ainsi vu refuser l'accès à l'établissement de leur choix, dans des circonstances identiques, en Angleterre, au Pays de Galles et en Ecosse, où le même algorithme a été utilisé, malgré l'autonomie de chaque nation en matière d'éducation. Ce programme informatique visait à corriger la hausse trop importante de réussites à l'examen final : +38% par rapport à l'année précédente. La correction informatique a ramené dans un premier temps cette hausse à 28%.  

Rétropédalage

Gavin Williamson a été forcé de rétropédaler et d'annuler les résultats déterminés par l'algorithme. Plusieurs dizaines de milliers de lycéens qui avaient été privés d'une admission à l'université ou dans une école supérieure ont donc obtenu gain de cause. Mais le mal est fait, et traduit une conception peu glorieuse de l'éducation britannique, ramenée à une fonction mécanique de centre de tri, où les notions de mérite individuel sont très relatives.

Dans le contexte de sinistrose actuelle, où les perspectives d'avenir sont particulièrement floues pour les jeunes générations, ce scandale ne pouvait pas plus mal tomber.

Dans le contexte de sinistrose actuelle, où les perspectives d'avenir sont particulièrement floues pour les jeunes générations, ce scandale ne pouvait pas plus mal tomber. "Je suis encore choquée et déstabilisée, témoignait Alisha avant l'annulation des résultats. Après avoir obtenu les notes nécessaires pour intégrer l'école de mes rêves, j'ai pourtant raté le coche à cause d'un algorithme clairement biaisé, et j'ai l'impression de vivre un cauchemar."

Le parti travailliste, qui a convaincu 56% des 18-24 ans lors de la dernière élection (contre seulement 21% qui ont voté pour le parti conservateur), essaie d'exploiter cette importante faille. "J'espère que cette débâcle va mettre en évidence les risques d'un système basé sur des algorithmes supposés neutres, a indiqué le député Justin Madders. Ils peuvent renforcer des préjugés existants et exacerber une inégalité. Ils méritent un examen beaucoup plus approfondi."

"Ces algorithmes méritent un examen beaucoup plus approfondi."
Justin Madders
Député travailliste

L'annulation des résultats "corrigés" déplace le problème et met en évidence le chaos que l'algorithme était censé éviter. Le surnombre risque d'être spectaculaire dans les établissements supérieurs dans les mois à venir, surtout dans le contexte de distanciation sociale.

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