Le Groenland s'ouvre aux touristes... et à leur portefeuille

La haute saison touristique est très courte au Groenland, de la mi-juin à la mi-septembre. ©BELGAIMAGE

Le drapeau du Groenland date de 1985. Il représente la mer, le soleil et les icebergs. Symbole d’indépendance, il affiche néanmoins les mêmes couleurs que le drapeau danois…

L’ex-Première ministre groenlandaise, Aleqa Hammond, avait dit un jour que, grâce à ses richesses minières, le Groenland deviendrait totalement indépendant du Danemark de son vivant. Les nouvelles alarmantes en matière de changement climatique et de fonte des glaces avaient au moins cela de bon qu’elles laissaient entrevoir un accès plus facile aux richesses minières et en hydrocarbures de l’île polaire.

Entre-temps, les cours miniers et pétroliers ont chuté. Une étude réalisée l’année dernière par les universités de Copenhague et de Nuuk affirme que le Groenland dépendra des subsides danois (près de 500 millions d’euros par an) pendant encore au moins 25 ans. Et Hammond a été poussée à la démission pour une sombre affaire de détournement de fonds publics.

Boucler un marathon, le but ultime pour les accros du jogging. Les plus motivés (voire carrément fous) rêvent du marathon du désert dont la dernière édition en date s’est tenue en avril dernier dans le Sahara marocain.

Depuis quelques années, cette course de l’extrême a son pendant au sud du Groenland: le marathon polaire. Lionel Habasque, PDG de Terres d’Aventure, s’y est collé en octobre 2014. Il en est revenu avec des images plein la tête. "Les paysages y rappellent le désert saharien sauf qu’au lieu d’y faire hyper chaud, il fait hyper froid!".

Le nouveau Premier ministre social-démocrate issu des élections anticipées de novembre dernier, Kim Kielsen (du parti Siumut, comme Hammond) a donc décidé de miser sur le tourisme pour doper les revenus de ce territoire grand comme 70 fois la Belgique et à la plus faible densité de population au monde (57.000 habitants).

Par mer…

Même si les revenus touristiques ne pourront sans doute jamais égaler une manne minière et pétrolière, le Groenland a néanmoins une belle carte à jouer à ce niveau. D’autant qu’il est apparu sur le radar de nombreux touristes en quête d’expériences polaires. Nicolas Meerman, directeur commercial à l’agence de voyage bruxelloise Continents Insolites, confirme ce nouvel engouement. "Le Groenland profite du boom que connaît l’Islande depuis trois, quatre ans. Il y a un embouteillage sur l’Islande, et le Groenland est devenu une alternative."

Le circuit ©mediafin

Pour Lionel Habasque, PDG de l’agence française Terres d’Aventure, c’est aussi une question de coût. "C’est une destination beaucoup plus abordable qu’il y a quelques années, notamment grâce au développement des croisières", note-t-il. On parle ici d’un tourisme de masse avec des bateaux pouvant accueillir plus de 1.000 passagers pour les plus gros. Une façon de voyager qui ne plaît évidemment pas à tout le monde. C’est pourquoi les deux agences proposent des croisières plus "select" sur le Rembrandt Van Rijn, un magnifique trois mâts de 56 mètres de long, qui circule dans la baie de Baffin séparant le Groenland du Grand Nord canadien.

… et par terre

Mais qui veut réellement découvrir le Groenland doit le faire par la terre. Ici, on parle clairement d’un tourisme exclusif et probablement appelé à le rester. "Si l’attrait du Groenland se poursuit, d’ici 3 à 5 ans, on risque d’avoir à s’y prendre au moins un an à l’avance pour réserver ses vacances", prévient Meerman. C’est que l’infrastructure touristique, notamment hôtelière, risque d’y rester limitée. "Ça coûte très cher de faire venir tout le matériel nécessaire à la construction de nouvelles infrastructures", explique-t-il.

1. La Baie de Disko, le point idéal pour voir des cétacés et découvrir le fjord d’Ilulissat, classé par l’Unesco;

2. Kangerlussuaq, une ancienne base militaire américaine d’où l’on peut partir en trek vers la calotte polaire (inlandsis) et le lac Tasersuatsioq (ou lac Ferguson);

3. Brattahlid, l’ancienne capitale du Groenland où Eric le Rouge fonda la première colonie européenne à la fin du IXe siècle;

4. Fondée en 1775, Qaqortoq est réputée pour être une des plus belles localités de l’île. On peut y voir les maisons colorées traditionnelles ainsi que de nombreuses sculptures inuits en pierre;

5. Igaliku, un village de bergers où l’on peut voir des ruines vikings.

En plus, la haute saison est très courte, elle va de la mi-juin à la mi-septembre (avec des températures pouvant monter jusqu’à 15°C). "Les capacités de remplissage des hôtels sont très limitées", note dès lors Habasque.

S’ajoute à cela le fait que pour voyager d’un endroit à l’autre au Groenland, il n’y a quasi que l’avion. Or, la compagnie locale Air Greenland jouit encore d’une situation de monopole sur les vols intérieurs (même si une autre compagnie, Greenland Express, pourrait bientôt la concurrencer sur certaines lignes). Tout cela a un prix.

Reste la question environnementale. Les Groenlandais ne risquent-ils pas de voir d’un mauvais œil l’arrivée de touristes pas forcément attentifs à limiter au maximum leur empreinte écologique sur un environnement aussi fragile? Pour Habasque, tout est une question de "développement harmonieux du tourisme". "Les Groenlandais savent que les revenus du tourisme peuvent les aider à gagner encore en autonomie, ils sont donc très accueillants", affirme le Français.

L'objet

©© Stanislav Paramonov

Le drapeau du Groenland date de 1985. Il représente la mer, le soleil et les icebergs. Symbole d’indépendance, il affiche néanmoins les mêmes couleurs que le drapeau danois.

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