Le président argentin Macri rattrapé par l'esprit de Peron

Le président argentin, Mauricio Macri. ©EPA

Le président argentin Mauricio Macri a perdu les primaires en vue des présidentielles d’octobre. Il doit son échec à une prise de distance avec le péronisme et à sa politique d’austérité.

"Gloria sic transit. Ainsi passe la gloire du monde. Le président de la nation argentine sortant, Mauricio Macri, a subi une défaite cinglante, dimanche lors des primaires en vue de l’élection présidentielle d’octobre. Le candidat d’opposition, Alberto Fernandez, colistier de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, a remporté 47% des suffrages, à quinze points de Macri (32%).

Alberto Fernandez. ©EPA

"Nul ne s’y attendait, personne n’avait ces chiffres, tous les sondeurs se sont trompés", a réagi le Président argentin, effondré, quelques instants après la publication des résultats. Il est revenu plus tard vers ses électeurs avec un message d’unité, promettant de rassembler les forces qui ne veulent pas "retourner vers le passé".

L’affaire est mal embarquée. Un score de 45%, ou de 40% avec 10 points d’écart, suffit pour emporter la présidence lors du premier tour.

Le peso argentin baissait à nouveau ce mardi, après une légère reprise à l'ouverture du marché des changes, perdant plus de 6% par rapport au dollar. La monnaie locale, qui se montrait très volatile, s'échangeait à la mi-journée à 55,30 pesos pour un dollar, contre 57,30 à la clôture lundi soir.

Signe de la méfiance des investisseurs, le peso s'était effondré de 18,76% lundi. Certains bureaux de change avaient même préféré arrêter de négocier des dollars.

La Bourse de la troisième économie d'Amérique latine s'est effondrée de près de 38% lundi à la fermeture. Ce mardi, elle s'est toutefois reprise avec un gain de plus de 10%.

Le retour du péronisme

Ce passé que Mauricio Macri ne veut pas revoir, c’est une présidence dominée par sa rivale Cristina Kirchner, une péroniste de centre gauche.

Mauricio Macri, libéral de centre droit, associe la gestion de l’ex-présidente Kirchner (2007-2015) à des années de corruption. Inculpée dans plusieurs affaires douteuses, Kirchner a fait un pas de côté, au profit de son colistier Alberto Fernandez. La stratégie fut judicieuse car Fernandez est vu comme un modéré, capable de séduire un large électorat péroniste, contrairement à Macri. Le péronisme, l’héritage du mythique Juan Domingo Peron, trois fois président d’Argentine, qui domine à nouveau la scène politique du pays.

Sécuritaire et conservateur

Jusqu’à cette élection présidentielle, Mauricio Macri avait tenu le péronisme éloigné de son gouvernement. Ce fils de milliardaire a bâti son succès sur une politique sécuritaire drastique et conservatrice, marqué par son homophobie et son opposition à l’avortement.

L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner. ©AFP

Malgré les réformes économiques, la crise économique a terni son bilan. Le pays est en récession et connaît une inflation annuelle de plus de 55%.

Sa politique libérale et sécuritaire s’accommodait mal du péronisme de centre gauche dominant la scène politique. Christina Kirchner a tiré parti de cette faiblesse en poussant Alberto Fernandez et ravivant le péronisme. Pour parer la manœuvre, Mauricio Macri s’est allié à un péroniste de droite, le sénateur Miguel Angel Pichetto, qu’il a appelé comme colistier. Mais cela n’a pas suffi.

Tous les candidats portent désormais les couleurs du péronisme, y compris le troisième duo composé de Roberto Lavagna et Juan Urtubey, relégué à l’arrière-plan avec 8%. Cela n’a rien d’étonnant, le péronisme étant multiple par nature. Ce courant politique a fédéré dès son origine toutes les strates de la population, des ouvriers à la bourgeoisie, séduites par ses piliers, l’indépendance économique, la souveraineté politique et la justice sociale. Juan Domingo Peron était connu pour passer de gauche à droite selon ses intérêts. Son image paternaliste fut sublimée par celle de son épouse, l’actrice Eva Peron.

Aujourd’hui, le péronisme est présent dans tous les partis. Nul doute que Macri paie son éloignement de ce courant. Mais il doit aussi sa descente aux enfers au coupes budgétaires imposées par le FMI.

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