Le prix Nobel d’économie adjugé à deux spécialistes des enchères

Robert Wilson et Paul Milgrom, prix de la Banque de Suède en sciences économiques. ©EPA

Les Américains Paul Milgrom et Robert Wilson ont fait avancer la théorie – et la pratique – des enchères.

Elle a pris un sérieux coup, l’image d’Épinal des enchères mettant aux prises le commissaire-priseur au marteau de chêne et une salle d'amateurs fortunés. En délivrant le prix Nobel d’économie à deux spécialistes de la théorie des enchères, l’académie royale de Suède a souligné les évolutions, à la fois théoriques et pratiques, de cette technique de vente qui brasse chaque jour des sommes considérables.

Paul Milgrom et Robert Wilson, deux enseignants de l'université de Stanford (Californie), sont auréolés pour leurs travaux sur les enchères "parfaites", qui ont conduit à l'élaboration de nouveaux formats d’enchères "au bénéfice des vendeurs, des acheteurs et des contribuables du monde entier" selon le jury de l'Académie suédoise des Sciences.

Robert Wilson avait démontré, dans les années 1960, que les participants rationnels à une vente aux enchères ont tendance à faire une offre inférieure à la situation optimale de peur de trop payer.

Dès les années 1960, Robert Wilson (83 ans) a montré que les participants rationnels à une vente aux enchères ont tendance à faire une offre inférieure à la situation optimale de peur de trop payer. Paul Milgrom (72 ans) a formulé dans les années 1980 une théorie qui montre qu'une enchère génère des prix plus élevés quand les acquéreurs ont des informations sur les offres que prévoient les autres enchérisseurs.

Ce ne sont pas là les seules contributions qui justifient qu'ils puissent se partager les 10 millions de couronnes du prix de la Banque de Suède en sciences économiques (Nobel d'économie). Alors que la théorie des enchères visait à expliquer le résultat d'une vente par ses principales variantes (règles de l'enchère, valeur de l'objet pour les enchérisseurs et niveau d'information de ceux-ci), les deux Américains l'ont aussi développée pour analyser des systèmes d'enchères portant sur plusieurs objets interconnectés.

Fréquences radio

La contribution la plus visible de Milgrom et Wilson a ainsi trouvé son application dans l’octroi de radiofréquences: ils ont façonné toute l'industrie des télécommunications moderne "née d'un format d'enchères qu'ils ont développé", souligne l'université de Stanford.

Historiquement, aux États-Unis, les radiofréquences étaient octroyées au terme d’une sorte de concours de beauté, chaque opérateur s’évertuant à convaincre qu’il était le mieux à même de les gérer: une opération de lobbying coûteuse, mais sans grande valeur ajoutée. La commission fédérale américaine des communications (FCC) est ensuite passé à un système de loteries régionales, mais celles-ci conduisaient les grands opérateurs à se revendre des fréquences locales pour tenter de former de vastes  réseaux  continus. En 1993, la FCC a décidé de passer à un système d’enchères. Restait à définir comment attribuer les fréquences de manière efficace tout en garantissant au contribuable le meilleur retour.

Un nouveau format d'enchères

C’est là qu’interviennent les travaux de Milgrom et Wilson: c'est pour répondre à ce type de questions qu'ils inventent un nouveau format d’enchères, le Simultaneous Multiple Ruond Auction (SMRA). Il est utilisé pour la première fois en 1994: dix licences sont octroyées au terme de 47 tours d'enchères, pour un total de 617 millions de dollars - jusqu’alors, les fréquences étaient attribuées quasi gratuitement.

100
milliards de dollars
Selon l’université de Stanford, des enchères utilisant leur modèle ont été utilisées à travers le monde pour allouer des licences pour une valeur de plus de 100 milliards de dollars.

Les travaux des deux Américains ont trouvé depuis une multitude d'applications dans l'octroi de ressources limitées. Selon l’université de Stanford, des enchères utilisant leur modèle ont été utilisés à travers le monde pour allouer des licences pour une valeur de plus de 100 milliards de dollars.

Décerné pour la première fois en 1969, le prix de la Banque de Suède est géré par la Fondation Nobel, mais n'a pas été créé par le testament du chimiste.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés