Le retrait américain du traité "Ciel ouvert" affaiblit l'Europe

Le président des Etats-Unis Donald Trump annonce lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche le retrait de son pays du traité "Ciel ouvert". ©AFP

En retirant les États-Unis du traité "Ciel ouvert", Donald Trump risque de priver les Européens d'un instrument de surveillance des capacités militaires russes. L'Otan met en cause la Russie qui ne respecterait pas le traité.

Le président des États-Unis Donald Trump a décidé de retirer son pays du traité "Ciel ouvert" ("Open Sky"), un accord international hérité de la fin de la guerre froide garantissant le survol des territoires des États signataires pour en observer les capacités militaires. La décision, tombée jeudi soir, sera effective dans 6 mois, juste après la présidentielle américaine.

Conclu en 1992, après la chute de l'empire soviétique, ce traité lie 35 pays, dont la Russie et les États-Unis. Il permet aux pays de l'Otan de survoler les installations militaires de la Russie et de ses alliés, comme la Biélorussie. En échange, un nombre identique de survols est autorisé aux forces russes et alliées au-dessus des Etats de l'Otan. Pour les armées européennes ne disposant pas de satellites d'observation, c'est un outil majeur. 

Washington accuse Moscou de violer le traité, en utilisant ses survols au-dessus des États-Unis et de l'Europe pour cibler des installations militaires en vue d'une agression.

La Russie mise en cause

Les ambassadeurs de l'Otan se sont réunis en urgence vendredi pour évaluer la situation. L'Otan a appelé tous les États signataires, en particulier la Russie, à respecter le traité Ciel ouvert.

"La Russie impose depuis de nombreuses années des restrictions de vol incompatibles avec le traité, y compris des limitations de vol au-dessus de Kaliningrad et des vols en Russie près de sa frontière avec la Géorgie", a indiqué le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, après la rencontre.

Une dizaine d'États européens, dont la Belgique, l'Allemagne et la France, ont regretté la décision américaine, tout en comprenant les préoccupations vis-à-vis de la Russie.

La Russie a estimé que ce retrait "met en danger la sécurité européenne" et entend continuer à appliquer le traité.

Quatre traités dénoncés

Après avoir dénoncé le traité sur les missiles terrestres de moyenne portée (FNI), l'accord nucléaire avec l'Iran, c'est le troisième instrument de non-prolifération que le président Trump remet en cause. Un quatrième traité, New Start, visant à réduire les armes stratégiques nucléaires des États-Unis et de la Russie, arrive à échéance en 2021. Donald Trump ne semble avoir aucune intention de le renouveler.

"Ces décisions des États-Unis, l'allié le plus puissant au sein de l'Otan, posent question au niveau de la sécurité internationale", dit Patrick Chevallereau, chercheur à l'IRIS, consultant international en défense et sécurité.

"La Russie pourrait tirer avantage du retrait américain du traité."
Patrick Chevallereau
Chercheur à l'IRIS, consultant international sur les questions de défense et de sécurité

Le geste de Donald Trump n'est pas partagé au sein de son propre camp. "Le général James Mattis, ancien Secrétaire d'État à la Défense, y était opposé", précise Patrick Chevallereau.

Les États de l'Otan ne seraient pas les seuls à pâtir de la fin du traité. L'Ukraine, un pays ne disposant pas de capacités d'observation comparables à la Russie, perdrait beaucoup avec la disparition du traité. "La Russie pourrait tirer avantage du retrait américain du traité", ajoute l'expert.

Stratégie du chaos

Pour certains observateurs, le traité "Ciel ouvert" serait obsolète en raison des nouvelles capacités satellitaires. "C'est en partie vrai, mais ici, c'est l'aspect symbolique de confiance mutuelle qui est mis à mal", dit Patrick Chevallereau. 

"Ces actions donnent des coups de boutoir au lien transatlantique, affaiblissent l'Union européenne, l'Otan et divisent la société américaine."
Patrick Chevallereau
Chercheur à l'IRIS, consultant international sur les questions de défense et de sécurité

La décision de Donald Trump s'inscrit dans une stratégie du chaos.

"Ces actions affaiblissent le lien transatlantique, l'Europe, l'Otan et divisent la société américaine", affirme l'expert. Le retrait des États-Unis du traité risque aussi d'accroître, à terme, la dépendance des Européens vis-à-vis des capacités militaires américaines

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